itécon


ESPRIT CRITIQUE : sommaire

American way of African Americans 
(11 janvier 2009)

 

Voir aussi sur une autre page : L'esclavage raconté à ma fille


American way of African Americans 
(11 janvier 2009)

L’élection de Barack Hussein Obama II, le 4 novembre 2008 à la présidence des États-unis d’Amérique, a déclenché en France une véritable admiration pour le modèle d’intégration de la « plus grande démocratie » du monde !

Un noir à la tête de la première puissance mondiale, quelle leçon pour la France !

Sans remettre en cause le caractère exceptionnel de cette élection, il faut répéter que la société des États-unis d’Amérique n’est pas un modèle d’intégration, bien au contraire !

Relevons tout d’abord que monsieur Obama n’est pas noir, c’est un métisse ou plus précisément un mulâtre puisque son père était un kenyan noir et sa mère une américaine blanche !

Mais aux États-unis, même le vocabulaire n’accepte pas les mélanges, ainsi on est soit noir, soit blanc, Barack Hussein Obama II est donc pour les américains, noir ou plus exactement afro-américain !

Intéressons-nous maintenant au « modèle » d’intégration de ce pays en privilégiant le sort réservé aux noirs.

En 2009, soit plus de 200 ans après l’abolition de l’esclavage dans certains états (en 1777 dans le Vermont, en 1780 en Pennsylvanie, en 1783 dans le Massachusetts et en 1865 pour l’ensemble des États-unis) et plus de 40 ans après la fin de la ségrégation (1964 : Civil Rights Act ; 1965 : Voting Rights Act) la situation des noirs est très inférieure à celle des blancs !

Ainsi d’après le dernier recensement de mars 2004 ( http://www.census.gov) les noirs par rapport aux blancs sont deux fois plus nombreux à être au chômage et sans diplôme ! Trois fois plus en dessous du seuil de pauvreté !

La proportion de la population à avoir plus de 65 ans est deux fois supérieure chez les blancs, ces derniers sont 50 % plus nombreux à être propriétaires de leurs logements !

Les blancs sont trois fois plus nombreux à avoir un salaire annuel de plus de 75 000 $ !

Proportionnellement les noirs sont presque sept fois plus nombreux en prison ! Alors qu’ils ne représentent que 13 % de la population pour 68 % de blancs, il y a plus de noirs que de blancs sous les verrous !

Voir le tableau ci-dessous pour le détail des chiffres et les sources.

A noter qu'il n'y a qu'un seul noir au sénat des États-Unis, soit un pour cent ! C'est monsieur Roland Burris en lieu et place de monsieur Obama ! http://www.senate.gov 

Les minorités au sénat http://www.senate.gov/...minority

Il est évident que la situation des noirs aux États-Unis est très mauvaise, mais la France ne présente sans doute pas un visage beaucoup plus reluisant, en particulier pour la population d'origine maghrébine !

Il est impossible de faire une comparaison sur des chiffres puisqu'on ne dispose pas en France de telles données, c'est illégal !

Pour conclure et aller plus loin, vous pouvez lire les analyses de Loïc Wacquant qui dit que "la probabilité cumulée sur une vie d'être " mis à l'ombre" dans une prison d'État ou fédérale est de 4 % pour les Blancs, 16 % pour les Hispanophones et 29 % pour les Noirs" 
ou encore lire l'effroyable clairvoyance d'Alexis de Tocqueville qui écrivait en 1835 "Si les Blancs de l'Amérique du Nord restent unis il est difficile de croire que les Nègres puissent échapper à la destruction qui les menace; ils succomberont sous le fer ou la misère." ! ! !

Lire ces analyses...un peu plus bas sur cette page.

 

Mars 2004 (sauf indication)

Total

Black alone or in combination

White alone, not Hispanic

écart blancs/noirs

Other (1)

Population

288 281

37 645

194 874

 

55 761

Imprisonment rates per 100,000 U.S. residents males, December 31, 2007 (2)

955

3 138

481

6,5 (3)

1 259

Number of prisoners, December 31, 2007 (2)

1 532 800

586 200

521 900

 

318 800

% > 65 ans

 

7,8

14,5

1,9

6,1

% >= Bachelor (Educational Attainment : Bachelor's degree or more)

 

17,7

30,6

1,7

22,2

% no diploma

 

13,5

6,7

0,5

13,1

% chômage

 

10,7

5,1

0,5

7,1

% salaire > 75 000 $ / an

 

5,7

15,6

2,7

8,3

% < seuil de pauvreté

 

24,3

8,2

0,3

19,5

% propriétaire de son logement

 

48,9

75,7

1,5

52,1

 

SOURCE: U.S. Census Bureau, Current Population Survey, Annual Social and Economic Supplement, 2004, Racial Statistics Branch, Population Division. Internet release date: March 2006

http://www.census.gov/population/www/socdemo/race/ppl-186_aoic.html

(1) Includes American Indian and Alaska Native alone; Asian alone; Native Hawaiian and Other Pacific Islander alone; White alone, Hispanic; and Two or More Races, except those combinations including Black.

(2) http://www.ojp.usdoj.gov/bjs/pubalp2.htm

(3) noirs/blancs

 

Haut de la page


Analyses

Loïc Wacquant

Punir les pauvres

Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale

Parution : 16/09/2004
ISBN : 2 7489 0023 5
364 pages
12 x 21 cm
20.00 euros

 

http://atheles.org/agone/contrefeux/punirlespauvres/index.html

 

Quatrième de couverture :

Le tour résolument punitif pris par les politiques pénales lors de la dernière décennie ne relève pas du simple diptyque «crime et châtiment». Il annonce l’instauration d’un nouveau gouvernement de l’insécurité sociale visant à façonner les conduites des hommes et des femmes pris dans les turbulences de la dérégulation économique et de la reconversion de l’aide sociale en tremplin vers l’emploi précaire. Au sein de ce dispositif «libéral-paternaliste», la police et la prison retrouvent leur rôle d’origine : plier les populations indociles à l’ordre économique et moral émergent.

C’est aux États-Unis qu’a été inventée cette nouvelle politique de la précarité, dans le sillage de la réaction sociale et raciale aux mouvements progressistes des années 1960 qui sera le creuset de la révolution néolibérale. C’est pourquoi ce livre emmène le lecteur outre-Atlantique afin d’y fouiller les entrailles de cet État carcéral boulimique qui a surgi sur les ruines de l’État charitable et des grands ghettos noirs. Il démontre comment, à l’ère du travail éclaté et discontinu, la régulation des classes populaires ne passe plus par le seul bras, maternel et serviable, de l’État social mais implique aussi celui, viril et sévère, de l’État pénal.

Et pourquoi la lutte contre la délinquance de rue fait désormais pendant et écran à la nouvelle question sociale qu’est la généralisation du salariat d’insécurité et à son impact sur les espaces et les stratégies de vie du prolétariat urbain.
En découvrant les soubassements matériels et en démontant les ressorts de la « pensée unique sécuritaire » qui sévit aujourd’hui partout en Europe, et singulièrement en France, ce livre pointe les voies possibles d’une mobilisation civique visant à sortir du programme répressif qui conduit les élites politiques à se servir de la prison comme d’un aspirateur social chargé de faire disparaître les rebuts de la société de marché.

Chercheur au Centre de sociologie européenne, Loïc Wacquant est professeur de sociologie et d’anthropolgie à la New School for social research et à l’Université de Californie-Berkeley. Il est notamment l’auteur de Les Prisons de la misère (Raisons d’agir, 1999) et Corps et âme. Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur (Agone, 2000).

 

Note : Le livre « Punir les pauvres » est décevant puisqu’il n’ajoute presque rien au précédent « Les prisons de la misère » au demeurant excellent.

Vous pouvez lire sur ce même site un "vieux" dossier sur les prisons aux États-Unis. (ouverture dans une nouvelle fenêtre)

 

Dans les deux extraits suivants les tableaux et les notes n’ont pas été restitués.

 

P 80-81

L'inefficacité des programmes de travail forcé est aussi patente que leur caractère punitif. Alors qu'ils sont périodiquement vantés comme le remède miracle contre l'épidémie de " dépendance" qui affligerait les pauvres, aucun d'eux n'a jamais permis à plus d'une poignée de participants d'échapper à la misère 40. Comme on va le voir dans le chapitre suivant, le dispositif du workfare sert avant tout à " dramatiser" l'impératif du salariat en adressant " un avertissement à tous les Américains qui travaillent plus pour des revenus moindres, quand ils travaillent : il existe un sort moins enviable et un statut plus bas que l'emploi le plus dur et le moins rémunérateur qui soit " 41. Et à embellir les statistiques des bureaux d'aide sociale en " maquillant" les assistés en salariés tout en fixant la population assistée dans les zones urbaines délabrées qui lui sont réservées.

La seconde composante de la politique de contention répressive des pauvres est le recours massif et systématique à l'incarcération [voir tableau 3]. Après avoir diminué de 12 % pendant la décennie 1960, la population condamnée à la réclusion dans les prisons d'État et les pénitenciers fédéraux (excluant les détenus des maisons d'arrêt des villes et comtés, en attente d'être jugés ou condamnés à de courtes peines) a littéralement explosé, passant de moins de 200 000 détenus en 1970 à près d'un million en 1995, pour une croissance jamais vue dans une société démocratique de 442 % en un quart de siècle. À l'instar du désengagement social de l'État, l'emprisonnement frappe prioritairement les Noirs: le nombre de reclus afro-américains a été multiplié par sept depuis 1970 après avoir chuté de 7 % durant la décennie précédente. Pour chaque période, la croissance de leur effectif surpasse celle de leurs congénères d'origine européenne. Pour la première fois de leur histoire, les pénitenciers des États-Unis renferment plus de Noirs que de Blancs: ces derniers pesaient 12 % dans la population du pays mais fournissaient 53 % des reclus en 1994, contre 38 % un quart de siècle plus tôt. Le taux d'incarcération des Afro-Américains a triplé en douze ans et s'élevait à 1 895 pour 100 000 en 1993, soit presque sept fois le taux des Blancs (293 pour 100 000) et vingt fois les taux communément enregistrés alors dans les pays européens 43.

La locomotive de cette croissance astronomique de la population carcérale est la politique de " Guerre à la drogue ", politique qui porte mal son nom puisqu'elle désigne dans les faits une guérilla de harcèlement pénal des revendeurs de rue et des petits consommateurs pauvres, dirigée contre la jeunesse noire des ghettos pour qui le commerce au détail de la drogue est la source d'embauche la plus accessible 44. C'est de surcroît une " guerre" qui n'avait pas lieu d'être déclarée vu que l'usage des stupéfiants était en rémission depuis plusieurs années lorsqu'elle fut lancée par Reagan en 1983 et qu'il était éminemment prévisible qu'elle s'abatte disproportionnellement sur les quartiers déshérités…

 

 

P 225 : 228

La prison comme substitut du ghetto

 

Les États-Unis ont, au cours de leur histoire, recouru non pas à une mais à plusieurs " institutions particulières" [à son origine, l'expression « institution particulière » désigne l'esclavage dans la société sudiste 1] afin de définir, de confiner et de contrôler les Afro-Américains. La première est l'esclavage comme moyen de l'économie de plantation et matrice originelle de la division raciale de l'ère coloniale à la guerre de Sécession 1. La seconde est le système dit de Jim Crow, régime légal de discrimination et de ségrégation du berceau au tombeau qui ancra la société agraire du Sud de la fin de la Reconstruction à la Révolution des droits civiques qui le renversa un long siècle après l'abolition de l'esclavage 2. Le troisième dispositif spécial grâce auquel l'Amérique a contenu les descendants des esclaves dans la métropole du Nord industriel est le ghetto, produit du croisement de l'urbanisation et de la prolétarisation des Afro-Américains de la Grande Migration de 1914-1930 aux années 1960, lorsque la mutation conjointe de l'économie et de l'État et la mobilisation collective des Noirs contre l'exclusion de caste, culminant avec la vague d'émeutes urbaines chroniquées par le rapport de la commission Kerner, le rendirent pour partie obsolète 3. On arguera ici que la quatrième " institution particulière " de l'Amérique est le nouveau complexe institutionnel composé des vestiges du ghetto noir et de l'appareil carcéral auquel le ghetto est venu se lier par un rapport étroit de symbiose structurale et de suppléance fonctionnelle.

Ainsi replacé dans la trajectoire historique complète de la domination raciale aux États-Unis, la " disproportionnalité " flagrante et croissante qui afflige les Afro-Américains en matière d'incarcération depuis trois décennies peut s'interpréter comme la résultante des fonctions " extra-pénales " que le système pénitentiaire a dû assumer suite à la crise du ghetto après les années 1970. Le principal moteur de l'expansion inouïe de l'État pénal américain à l'ère postkeynésienne et la raison de sa politique de fait de " promotion préférentielle" des Afro-Américains à l'entrée en prison (carceral affirmative action) n'est pas la criminalité: c'est la nécessité de renforcer un clivage de castes qui s'érode tout en soutenant le régime émergent du salariat désocialisé auquel sont voués la majorité des Noirs urbains du fait que leur manque de capital culturel solvable et auquel les plus démunis d'entre eux résistent en tentant de s'échapper dans l'économie informelle de la rue 4.

 

La "disproportionnalité raciale" dans l'incarcération

 

Trois faits bruts se détachent pour donner la mesure de l'impact disproportionné de l'incarcération de masse sur les Afro-Américains. Tout d'abord la composition ethnique de la population pénitentiaire s'est pratiquement inversée au cours du dernier demi-siècle: elle était blanche (" Anglo ") à 70 % au sortir de la Seconde Guerre mondiale, comparée à moins de 30 % aujourd'hui. Contrairement à une perception commune, la prédominance des Noirs derrière les barreaux n'est pas un phénomène ancré de longue date mais un développement nouveau et récent, le point d'inflexion se situant en 1988 : c'est cette année que le vice-président George Bush lança sa fameuse publicité électorale sur " Willie Horton " lors de la campagne présidentielle, faite d'images sinistres et menaçantes du violeur noir d'une femme blanche comme emblématiques du problème contemporain de la criminalité; c'est aussi la date après laquelle les hommes afro-américains fournissent plus de la moitié des admis en prison dans le pays 5.

Deuxième indicateur saillant : alors que la différence entre Blancs et Noirs dans les taux d'arrestation est restée stable, oscillant entre 29 % et 33 % pour atteintes contre les biens et entre 44 % et 47 % pour prévenus pour les violences contre les personnes entre 1976 et 1992 6, l'écart d'incarcération entre Blancs et Noirs s'est creusé rapidement durant le dernier quart de siècle, sautant de 1 pour 4 en 1980 à près de 1 pour 8 aujourd'hui. Cette tendance est d'autant plus frappante qu'elle s'est affirmée durant une période où un nombre significatif d'Afro-Américains sont entrés dans les rangs de la police, dans le corps judiciaire et dans l'administration pénitentiaire, et où les formes les plus flagrantes de discrimination raciale qui étaient routinières en matière de justice jusque dans les années 1970 ont été fortement réduites, à défaut d'être éradiquées 7.

Enfin, sur la base des taux d'emprisonnement du début des années 1990, la probabilité cumulée sur une vie d'être " mis à l'ombre" dans une prison d'État ou fédérale est de 4 % pour les Blancs, 16 % pour les Hispanophones et 29 % pour les Noirs 8. Compte tenu du gradient de classe qui affecte l'incarcération, ce chiffre suggère qu'une majorité des Afro-Américains de condition (sous-)prolétarienne purgeront une peine de privation de liberté supérieure à un an (et dans nombre de cas plusieurs longues peines) à un moment de leur existence d'adulte, avec toutes les disruptions familiales, professionnelles, et juridiques que cela implique, dont l'amputation des droits sociaux et civiques comme la perte temporaire ou permanente du droit de vote. Ainsi, en 1997, près d'un homme noir sur six dans le pays était exclu des scrutins en raison d'une condamnation pour une " felony" (atteinte passible d'une peine d'un an de prison) et plus d'un cinquième d'entre eux étaient interdits de vote en Alabama, Connecticut, Floride, Iowa, Mississippi, Nouveau-Mexique, Texas, Washington et Wyoming 9. Trente-cinq ans à peine après que le Mouvement des droits civiques eut enfin permis aux Noirs américains de conquérir l'accès effectif à l'isoloir, un siècle entier après l'abolition de l'esclavage, ce droit leur est retiré par le système pénal par le truchement de dispositions juridiques dont la constitutionnalité est à tout le moins douteuse et qui violent dans de nombreux cas (notamment dans les dix États qui pratiquent l'exclusion pénale du vote à vie) les conventions internationales sur les droits de l'homme dûment ratifiées par les États-unis.

 

Au-delà des spécificités de ce récent phénomène étasunien, on voudrait suggérer qu'une comparaison historico-analytique entre le ghetto et la prison peut aider à mettre en lumière les propriétés de l'un et de l'autre. Car il est clair que ces deux organisations ressortissent d'une même classe, à savoir les institutions d'enfermement contraint: le ghetto est une manière de " prison sociale" tandis que la prison fonctionne à la façon d'un " ghetto judiciaire ". Tous deux ont pour mission de confiner une population stigmatisée de sorte à neutraliser la menace matérielle et/ou symbolique que celle-ci fait peser sur la société dont elle a été pour ainsi dire extirpée. C'est pour cette raison que ghetto et prison tendent à développer des types de rapports sociaux et des formes culturelles qui affichent d'étonnantes similarités et des parallélismes méritant une étude systématique dans des contextes historiques et nationaux diversifiés…

 

Haut de la page


Alexis de Tocqueville

Voir sur ce même site une note de lecture sur ce livre

Voir sur ce même site l'intégralité du livre

 

DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE (1835)

 

Deuxième partie

CHAPITRE X

Quelques considérations sur l'état actuel et l'avenir probable des trois races qui habitent le territoire des États-unis.

 

POSITION QU'OCCUPE LA RACE NOIRE AUX ÉTATS-UNIS

DANGERS QUE SA PRÉSENCE FAIT COURIR AUX BLANCS

 

Aux États-Unis, le préjugé des Blancs contre les Noirs semble devenir plus fort à mesure qu'on détruit l'esclavage.

.../…

Les Indiens mourront dans l'isolement comme ils ont vécu; mais la destinée des Nègres est en quelque sorte enlacée dans celle des Européens. Les deux races sont liées l'une à l'autre, sans pour cela se confondre; il leur est aussi difficile de se séparer complètement que de s'unir.

.../…

Ceci vient de ce que chez les Modernes le fait immatériel et fugitif de l'esclavage se combine de la manière la plus funeste avec le fait matériel et permanent de la différence de race. Le souvenir de l'esclavage déshonore la race, et la race perpétue le souvenir de l'esclavage.

 

Il n'y a pas d'Africain qui soit venu librement sur les rivages du Nouveau Monde; d'où il suit que tous ceux qui s'y trouvent de nos jours sont esclaves ou affranchis. Ainsi, le Nègre, avec l'existence, transmet à tous ses descendants le signe extérieur de son ignominie. La loi peut détruire la servitude; mais il n'y a que Dieu seul qui puisse en faire disparaître la trace.

.../…

Ceux qui espèrent que les Européens se confondront un jour avec les Nègres me paraissent donc caresser une chimère. Ma raison ne me porte point à le croire, et je ne vois rien qui me l'indique dans les faits.

.../…

Le préjugé de race me paraît plus fort dans les États qui ont aboli l'esclavage que dans ceux où l'esclavage existe encore, et nulle part il ne se montre aussi intolérant que dans les États où la servitude a toujours été inconnue.

 

Il est vrai qu'au nord de l'Union la loi permet aux Nègres et aux Blancs de contracter des alliances légitimes; mais l'opinion déclare infâme le Blanc qui s'unirait à une Négresse, et il serait très difficile de citer l'exemple d'un pareil fait.

.../…

Ainsi le Nègre est libre, mais il ne peut partager ni les droits, ni les plaisirs, ni les travaux, ni les douleurs, ni même le tombeau de celui dont il a été déclaré l'égal; il ne saurait se rencontrer nulle part avec lui, ni dans la vie ni dans la mort.

.../…

C'est ainsi qu'aux États-Unis le préjugé qui repousse les Nègres semble croître à proportion que les Nègres cessent d'être esclaves, et que l'inégalité se grave dans les mœurs à mesure qu'elle s'efface dans les lois.

.../…

Quant aux Nègres affranchis et à ceux qui naissent après que l'esclavage a été aboli, ils ne quittent point le Nord pour passer au Sud, mais ils se trouvent vis-à-vis des Européens dans une position analogue à celle des indigènes; ils restent à moitié civilisés et privés de droits au milieu d'une population qui leur est infiniment supérieure en richesses et en lumières; ils sont en butte à la tyrannie des lois et à l'intolérance des mœurs. Plus malheureux sous un certain rapport que les Indiens, ils ont contre eux les souvenirs de l'esclavage, et ils ne peuvent réclamer la possession d'un seul endroit du sol; beaucoup succombent à leur misère; les autres se concentrent dans les villes, où, se chargeant des plus grossiers travaux, ils mènent une existence précaire et misérable.

.../…

Ainsi la population blanche croît par son mouvement naturel et en même temps par une immense émigration, tandis que la population noire ne reçoit point d'émigrants et s'affaiblit. Bientôt la proportion qui existait entre les deux races est renversée. Les Nègres ne forment plus que de malheureux débris, une petite tribu pauvre et nomade, perdue au milieu d'un peuple immense et maître du sol; et l'on ne s'aperçoit plus de leur présence que par les injustices et les rigueurs dont ils sont l'objet.

.../…

Un despote venant à confondre les Américains et leurs anciens esclaves sous le même joug parviendrait peut-être à les mêler: tant que la démocratie américaine restera à la tête des affaires, nul n'osera tenter une pareille entreprise, et l'on peut prévoir que, plus les Blancs des États-Unis seront libres, plus ils chercheront à s'isoler

.../…

Dans les Antilles, les Blancs sont isolés au milieu d'une immense population de Noirs; sur le continent, les Noirs sont placés entre la mer et un peuple innombrable, qui déjà s'étend au-dessus d'eux comme une masse compacte, depuis les glaces du Canada jusqu'aux frontières de la Virginie, depuis les rivages du Missouri jusqu'aux bords de l'océan Atlantique. Si les Blancs de l'Amérique du Nord restent unis il est difficile de croire que les Nègres puissent échapper à la destruction qui les menace; ils succomberont sous le fer ou la misère.

.../…

Haut de la page


[Accueil] [Notes de lectures] [Examens] [Lexiques] [Liens] [Statistiques] [Recherche] Plan du site [Archives] [Esprit Critique] [Trucs et astuces] [Création de site] ! Délire java ! Courriel :Sitécon


la copie est nécessaire le progrès l'exige.