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<>Des "boursiers" aux "malgré nous" des études longues
Retour à enseignement : quelle démocratisation ?
Des "boursiers" aux "malgré nous" des études longues
Dans l'état ancien du
système scolaire, les enfants d'origine populaire qui réussissaient
à l'école étaient une petite minorité, incarnée par la
figure historique du « boursier » (versus l'héritier). Ces «
miraculés scolaires » , pour reprendre l'expression de Bourdieu
et Passeron, avaient réussi les concours d'entrée en sixième
et obtenu le droit de poursuivre des études financées par les (rares)
bourses de la République. Pour eux, le « retour » de
l'investissement scolaire apparaissait avec évidence sous la
forme d'une réussite professionnelle - instituteur, professeur,
médecin, avocat, écrivain - qui attestait d'une véritable
promotion sociale et marquait l'appartenance nouvelle aux classes
moyennes ou supérieures. Aujourd'hui, dans le contexte de
poursuite d'études et d'élimination des barrières scolaires,
cette figure du boursier a largement disparu du paysage du système
d'enseignement. La carrière scolaire des élèves est devenue
beaucoup plus linéaire par la conjonction de divers processus
: report du palier d'orientation de la classe de cinquième à
celle de troisième (c'est actuellement tout le sens de la
relance du débat autour du collège unique), fin du BEPC comme
diplôme de fin d'études, abaissement sensible de la barrière
d'entrée en classe de seconde. Les classements anciens, qui permettaient
de hiérarchiser les groupes, ont perdu de leur force, les
coupures ne sont plus fortes et irréversibles, laissant place à
un monde du flou. C'est en particulier dans les établissements
scolaires fréquentés par les élèves de classes populaires que
l'espérance de vie scolaire s'est mécaniquement allongée et
que les rites de passage de la carrière scolaire (conseils de
classe, entrée en seconde) ont perdu de leur force de consécration.
Pour les élèves « moyens » (et qui se définissent comme tels),
la voie est libre pour une routinisation de leurs carrières
scolaires qui, dorénavant, se déroulent sans accroc et sans événements
marquants. Processus qui se rejoue au lycée, une fois levé le
petit obstacle de la seconde, comme l'illustre de manière
symptomatique la suppression du redoublement en classe de première.
C'est ce que les enseignants appellent le « passade automatique
» en classe de terminale, qui, de fait, les prive de tout
pouvoir de sanction et d'une forme d'incitation au travail
scolaire.
Les lycéens au cursus scolaire « moyen » ou « faible » au
collège se retrouvent, sauf exception, évincés rapidement de
la compétition scolaire au lycée. Ils redoublent la classe de
seconde et/ou se trouvent relégués en première dans les
sections les moins prestigieuses du lycée, vivant souvent cette
expérience comme une forme d'« exclusion de l'intérieur » (1). Les plus fragiles d'entre eux et/ou
les moins soutenus par leurs familles arrêtent leurs études au
bout de quelques années, quittant alors le lycée de guerre
lasse (cf. l'expression « j'ai démissionné » pour justifier
l'arrêt des études); d'autres, peu convaincus du sens de la
poursuite d'études, consacrent une part croissante de leur
temps libre à un « travail à côté ». Les plus « largués
» scolairement, malheureux au lycée, développent des attitudes
qui expriment à des degrés variés un refus de l'école :
retards et absences répétés, freinage scolaire, « triche »
organisée et systématique aux devoirs, organisation de chahut
anomique, ennui ostentatoire, provocation des « profs » (2), chasse aux « fayots » et mise à l'écart
de tous ceux qui peuvent s'apparenter à des bons élèves, etc.
Il y a là, au sein même de l'institution, une inversion des
valeurs scolaires, la manifestation d'une culture anti-école à
l'intérieur des lycées de la périphérie, comme le montrent
par exemple l'élection des « perturbateurs » comme délégués
de classe ou, dans les filières intermédiaires (littéraires ou
sciences économiques et sociales), la disparition des « têtes
de classe qui, disent les professeurs, pouvaient tirer les autres
» , la présence en nombre croissant d'élèves structurellement
en difficulté qui peinent à « sauver la face » en classe...
Stéphane Beaud
Extrait du livre "80 % au bac
et après ? Les enfants
de la démocratisation scolaire." La Découverte 2002, pp.
23-25.
(1) P. Bourdieu et P. Champagne, "Les exclus de l'intérieur"
La misère du monde, Seuil 1993.
(2) On comprend mieux, dans cette configuration scolaire, comment le discours "antiprofs" d'un Claude Allègre a pu porter auprès de ces élèves qui étaient, si l'on peut dire, structurellement préparés à le recevoir et à y adhérer, comme le montre la multiplication de petits accrochages ou d'incidents avec les professeurs. Ce sont, par exemple, des élèves d'un lycée de la banlieue nord de Paris, les plus distancés dans leur travail scolaire, qui, 'se sentant plus forts et légitimés, se mettent à reprocher à leurs enseignants, à telle ou telle occasion, leurs absences ou leurs retards, comme s'ils saisissaient au bond la parole ministérielle pour "se venger" contre leurs profs de leur mal-être en classe et de leur profond sentiment de ne pas être à leur place dans le système scolaire.
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