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Sarkozy succombe à " La rumeur "
La première version de cette page date de fin 2004
Le texte attaqué | Les phrases incriminées | La procédure juridique |
L'arrêt de la cour de cassation de 2007 | L'arrêt de la cour de cassation de 2010Les infos par "La rumeur" | Présentation de l'affaire | La relaxe dans la presse en 2004
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MAJ 2010 (reproduction du site La Rumeur)
25 juin 2010 : la cour de cassation relaxe définitivement Hamé dans l'affaire opposant La Rumeur au ministère de l'Intérieur.
Communiqué de La Rumeur
Ce 25 juin 2010, la Cour de Cassation a rendu un arrêt qui relaxe définitivement Hamé, dans l’affaire qui l’oppose depuis huit ans au ministère de l’Intérieur. En effet, en 2002, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait porté plainte contre le leader du groupe de rap La Rumeur, visant certains passages d’un article intitulé « Insécurité sous la plume d’un barbare », publié à la veille des élections présidentielles. Depuis, Hamé avait été relaxé en 2004 devant le tribunal de première instance, décision encore confirmée en 2006 devant la Cour d’Appel de Paris. Malgré tout, l’Etat ne s’arrêtait pas là, et décidait aussitôt de se pourvoir en cassation. En 2008, le rappeur comparaissait à nouveau devant la Cour d’Appel de Versailles, qui persistait, et relaxait à son tour Hamé. Et pour la première fois, en matière de droit de la presse, l’Etat décidait de se pourvoir une deuxième fois en cassation. L’arrêt de la Cour de Cassation, qui marque aujourd’hui la fin d’une procédure interminable pour Hamé, vient finalement confirmer tous les jugements rendus dans ce dossier, et consacrer l’indépendance des magistrats placés dans cette affaire face à un pouvoir politique qui a poussé l’acharnement jusqu’à la caricature.
MAJ 2009 (reproduction du site La Rumeur)
Source : http://www.la-rumeur.com/index.php
10 novembre 2009 : Le dossier est renvoyé devant l'Assemblée plénière de la Cour de cassation. Celle-ci ne se réunira pas avant plusieurs mois. Si la relaxe prononcée par la Cour d'appel de Versailles est cassée, alors la Cour d'appel qui devra rejuger l'affaire sera tenue d'adopter la position de la Cour de cassation.
26 septembre 2008 : L'état se pourvoit pour la seconde fois en cassation suite à la troisième relaxe prononcée le 23 septembre par la Cour d'appel de Versailles.
Pour en savoir plus :
- A télécharger, cet historique de l'affaire (format pdf), rédigé par le site Acontresens.
- Des comptes-rendus de l'audience en appel du 3 juin 2008 sont toujours à lire auprès d'Acontresens et Libération.
- L'arrêt de la Cour d'appel de Versailles suite à cette audience est disponible (format pdf)
- La presse internationale en parle. Un article retraçant l'histoire du procès a été publié par le International Herald Tribune le 24 septembre, à lire en anglais. Un autre article publié le 27 septembre est à lire en espagnol sur le site du journal El País. Enfin le site du Monde Diplomatique propose depuis le 30 septembre un récapitulatif de l'affaire.APPEL DE SOUTIEN (pour signer l'appel http://www.la-rumeur.com/index.php)
Nous artistes, intellectuels, et citoyens, nous déclarons solidaires du groupe de rap La Rumeur, poursuivi avec acharnement et malgré deux relaxes, depuis cinq ans par le ministère de l’intérieur pour avoir publié un texte mettant en cause les violences policières depuis plusieurs décennies en France.
Nous le faisons au nom du principe fondamental de la liberté d’expression. Mais aussi parce que nous estimons qu’il est urgent que s’ouvre enfin un débat sans tabou sur les pages sombres de l’histoire de la police française.
La justice doit reconnaître qu’il n’est pas diffamatoire de revenir sur les massacres d’octobre 1961, de Charonne, ou les bavures commises depuis les années 80.
Premiers signataires : Noir Désir, Mouss et Hakim (Zebda), Kader Aoun, Jacky Berroyer, Benjamin Biolay, Cali, Esther Benbassa (directrice d'études à EPHE-Sorbonne), Denis Robert (écrivain), Olivier Cachin (journaliste), Christophe Honoré (réalisateur), Raphaël Frydman (réalisateur), Erik Blondin (gardien de la paix), Geneviève Sellier (universitaire), Philippe Manoeuvre (rédacteur en chef de Rock & Folk), Bruno Gaccio (auteur), Lydie Salvayre (écrivain), François Bégaudeau (écrivain), Bernard Comment (écrivain, éditeur) ..
MAJ 2008 (reproduction du site La Rumeur)
Le nouveau procès en appel intenté par le ministère de l'intérieur contre Hamé a eu lieu le mardi 3 juin à 14h devant la Cour d'appel de Versailles.
Des comptes-rendus de l'audience sont à lire auprès d'Acontresens et Libération (cet article en pdf)
Le verdict sera prononcé le 23 septembre 2008.
Source : Le site du groupe http://www.la-rumeur.com/
MAJ 2007 (reproduction du site La Rumeur)
MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR CONTRE HAMÉ-LA RUMEUR
(le 20/10/2007 http://www.la-rumeur.com/actualites.php)Le groupe de rap La Rumeur déplore que la vindicte se poursuive cinq ans après la plainte déposée par Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'intérieur. Compte tenu de son précieux attachement à la liberté d'expression (" Je préfère un excès de caricature à un excès de censure "), l'actuel président de la République aurait pu demander l'arrêt des poursuites contre le texte de Hamé.
Le tribunal correctionnel de Paris avait pourtant considéré en première instance que Hamé se bornait à présenter " des bavures commises par les représentants de l'ordre (…), dont la réalité n'est, en elle-même, pas contestable, puisque souvent à l'origine de rapports et de commissions officielles, comme plus fréquents dans les quartiers et cités de banlieue " et qu'une telle opinion relevait de la liberté d'expression.
La Rumeur ne renie rien, ni l'insécurité dont ont été victimes des générations d'immigrés, ni les discriminations et bavures dont ils font encore l'objet.
La Rumeur entend faire du procès devant la Cour d'appel de Versailles des états généraux d'une histoire trop souvent rejetée dans le silence. La justice reconnaîtra-t-elle les pages sombres de la police française ? Ou considèrera-t-elle diffamatoire d'évoquer les massacres d'octobre 1961 et Charonne, ou les violences mortelles commises depuis les années 80 ?Dominique Tricaud (avocat à la Cour) - Hamé
Sarkozy succombe à " La rumeur "
Autopsie d'une rumeur
Les faits :
1- Un groupe de hip-hop "La rumeur" distribue en même temps que son premier disque un fanzine.
2- La radio Skyrock intente une action en justice pour diffamation contre ce fanzine.
3- Skyrock perd mais transmet le fanzine à la police.
4- Sarkozy en pleine campagne électorale porte plainte contre un article de ce même fanzine.
5- Sarkozy perd et ferme sa gueule.
Commentaires :
Cette histoire est révélatrice d'au moins deux vérités, la première c'est la collusion entre les médias (ici skyrock) et les pouvoirs (ici le gouvernement), la deuxième c'est la politique de terreur qu'exerce les pouvoirs politiques et policiers à l'encontre des jeunes et des plus démunis.
Mais c'est aussi un exemple de politique-spectacle, de politique politicienne et de démagogie.
Sincèrement qui aurait lu ce fanzine sans cette publicité ?
Conclusion :
La justice n'est pas encore complètement asservie aux pouvoirs politiques et policiers et ce malgré la pression de tous les instants.
Grâce à cette affaire nous avons découvert un auteur Mohamed Bouroka (Hamé), il faut donc absolument lire l'article attaqué. (plus bas sur cette même page)
Pour aller plus loin se reporter à l'auteur Loïc Wacquant et à quelques pages de ce site :Pierre Bourdieu : la misère du monde
Etc.
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La presse en 2004 sur la relaxe
AFP - Un des rappeurs de "La Rumeur" relaxé
17 décembre 2004
Mohamed Bouroka, dit "Hamé, l'un des membres du groupe de rap "La Rumeur" a été relaxé vendredi par le tribunal correctionnel de Paris. Il était poursuivi par le ministère de l'Intérieur pour des propos dénonçant des "policiers assassins". "Les rapports du ministère de l'Intérieur ne feront jamais état des 'centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des 'assassins n'ait été inquiété", avait écrit "Hamé", 29 ans, dans un fanzine diffusé lors de la sortie d'un album du groupe en 2002. Le tribunal a estimé que les critiques formulées contre la police "étaient générales et que ces propos relevaient de la liberté d'expression".
Libération 13 novembre 2004
A la barre, le rappeur s'explique : "On était au plus fort de la campagne présidentielle 2002 et on décrivait les jeunes des quartiers comme des hordes de barbares, des sauvages. Dans cet article, je voulais dénoncer les insécurités qui frappent les populations les plus fragiles, le chômage, l'alcool, l'échec scolaire... Les humiliations policières ne sont qu'une insécurité supplémentaire. Dans mon article, je n'ai pas cherché à faire de la police un bouc émissaire."
Paris-Normandie
Du palais de justice de Rouen, pour le groupe Sniper, au tribunal correctionnel de Paris, pour La Rumeur, les poursuites judiciaires contre des rappeurs pour des textes hostiles à la police, illustrent " le fossé " entre forces de l'ordre et jeunes des quartiers populaires, " deux mondes qui ne se rencontrent plus que par le conflit " selon Hamé, du groupe La Rumeur.
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Les phrases qui choquent Sarközy et les "policiers"
" Les rapports du ministère de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété. "
" La réalité est que vivre aujourd'hui dans nos quartiers c'est avoir plus de chance de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières"
"La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique "Touche pas à mon pote !" "
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LE TEXTE ATTAQUÉ
Insécurité sous la plume d'un barbare
http://www.larumeur-records.com/main.html (lien originel mais qui n'est plus valide)
Le site du groupe : http://www.la-rumeur.com/
Une entrevue avec Mohamed Bouroka (Hamé) après le procès : http://www.acontresens.com/
Les paroles des chansons : http://www.abcdrduson.com/
Cet article fait l'objet d'une procédure pénale intentée à notre encontre par le ministère de l'intérieur pour "délit de diffamation publique envers la police nationale".
Ca y est, les partisans chevronnés du tout sécuritaire sont lâchés. La bride au cou n'est plus et l'air du temps commande aux hommes modernes de prendre le taureau par les couilles. Postés sur leurs pattes arrières, les babines retroussées sur des crocs ruisselant d'écume, les défenseurs de "l'ordre" se disputent à grands coups de mâchoires un mannequin de chiffon affublé d'une caquette Lacoste.
Sociologues et universitaires agrippés aux mamelles du ministère de l'intérieur, juristes ventrus du monde pénal, flics au bord de la crise de nerfs en réclamation de nouveaux droits, conseillers disciplinaires en zone d'éducation prioritaire, experts patentés en violences urbaines, missionnaires parlementaires en barbe blanche, journalistes dociles, reporters et cinéastes de "l'extrême", philosophes amateurs des garden-parties de l'Élysée, idéologues du marché triomphant et autres laquais de la plus-value ; et bien évidemment, la cohorte des responsables politiques candidats au poste de premier illusionniste de France tous, jour après jour, font tinter en prime-time le même son de cloche braillard : "Tolérance zéro" !!! "Rétablissement de l'ordre républicain" bafoué "dans ces cités où la police ne va plus".
Ils sont unanimes et hurlent jusqu'à saturation, à longueur d'ondes et d'antenne, qu'il faut "oser" la guerre du "courage civique" face aux hordes de "nouveaux barbares" qui infestent la périphérie de nos villes.
Qu'on en finisse avec le diable !!! L'ennemi intérieur, fourbe et infâme, s'est immiscé jusque dans nos campagnes et y a pris position. Ne craignons pas les contrats locaux de sécurité, les couvre-feux, l'abaissement de l'âge pénal à 13 ans, l'ouverture de nouveaux centres de détention pour mineurs, la suppression des allocations familiales aux familles de délinquants que la caillera se le tienne pour dit, la République ne laissera pas sombrer le pays dans le chaos apocalyptique des vols de portables, du recel d'autoradios ou du deal de shit sous fond de rodéos nocturnes
La République menacée, la République atteinte mais la République debout !!!
Quelle leçon d'héroïsme ! Quelle lucidité d'analyse !
Et quel formidable écran de fumée !! A la table des grand-messes, la misère poudreuse et les guenilles post-coloniales de nos quartiers sont le festin des élites.
Sous les assauts répétés des faiseurs d'opinion, les phénomènes de délinquance deviennent de strictes questions policières de maintien de l'ordre ; les quartiers en danger se muent en quartiers dangereux dont il faut se protéger par tous les moyens ; et les familles immigrées victimes de la ségrégation et du chômage massif, endossent la responsabilité du "malaise national".
La crème des auteurs de la pensée sécuritaire joue à l'idiot à qui on montre la lune du doigt et qui regarde le doigt. Exit les causes économiques profondes. Exit les déterminismes sociologiques. Exit le risque que le débat prenne un jour l'aspect d'un réquisitoire contre les vrais pourvoyeurs d'insécurité : ceux-là même qui ont réduit des centaines de milliers de familles à vivre avec 4 000 francs par mois ; ceux-là même qui appellent de leurs vux les plus chers la marche forcée vers " l'économie de marché débridée ".
Nous ne lirons pas, dans la presse respectable, que les banlieues populaires ont été, depuis une vingtaine d'années, complètement éventrées par les mesures économiques et sociales décidées depuis les plus hautes sphères de l'État et du patronat pour pallier à la crise sans toucher à leur coffre-fort.
Nous n'entendrons pas sous les luminaires des plateaux de télévision, qu'à l'aube maudite du mitterrandisme, nos parents et nos plus grands frères et surs ont été les témoins vivants d'une dégradation sans précédent de leur situation déjà fragilisée.
L'histoire officielle ne retiendra pas l'énergie colossale déployée par les gouvernements des trois dernières décennies pour effacer les réseaux de solidarité ouvrière enracinées dans nos quartiers (1). Pas plus qu'elle ne retiendra le travail de récupération et de sape systématique des tentatives d'organisation politique de la jeunesse des cités au milieu des années 80 (2).
Qui parmi les scribouillards du vent qui tourne s'indignera de l'opacité entretenue vis-à-vis de la vallée de larmes et de combats que fut l'histoire de nos pères et grands-pères ?
Parmi ces hommes de paille éructant la "croisade républicaine", combien déclareront la guerre du "courage civique" devant les ravages psychologiques du mépris de soi chez des générations qui atteignent la vingtaine avec 8 ans d'échec scolaire et 3 ans de chômage ? les logiques d'autodestruction (toxicomanie, alcoolisme, suicide ) où certains d'entre nous sont conduits par pur désespoir et complète perte de foi en l'avenir, mériteront-elles quelconque voix au chapitre de l'insécurité ?
Les pédagogues du dressage républicain n'auront pas en ce sens la critique fertile. Ils n'esquisseront nulle moue face à la coriace reproduction des inégalités sociales au travers des échelons du système scolaire, ni l'élimination précoce du circuit de l'enseignement de larges franges de jeunes qui ne retiennent de l'école que la violence qui leur a été faite.
Les rapports du ministère de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété (passage attaqué). Il n'y figurera nulle mention de l'éclatement des noyaux familiaux qu'ont provoqué l'arsenal des lois racistes Pandrau-Pasqua-Debré-Chevènement et l'application à plein rendement de la double peine. Les études ministérielles sur la santé refermeront bien vite le dossier des milliers de cancers liés à la vétusté de l'habitat ou au non-respect des normes de sécurité sur les chantiers de travail. La moyenne effroyablement basse de l'espérance de vie dans nos quartiers ne leur semblera être, elle aussi, qu'un chiffre indigne de tout commentaire.
Bref, ils n'agiteront jamais au vu de tous le visage autrement plus violent et criminel de l'insécurité.
Aux humiliés l'humilité et la honte, aux puissants le soin de bâtir des grilles de lecture. A l'exacte opposée des manipulations affleure la dure réalité. Et elle a le cuir épais. La réalité est que vivre aujourd'hui dans nos quartiers c'est avoir plus de chances de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières, (passage attaqué) d'instruction bâclée, d'expérience carcérale, d'absence d'horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite... c'est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres.
Les hommes et les femmes qui dirigent ce pays savent tout cela. Ils savent aussi que la libéralisation massive de la vie économique française est en très bonne voie. Ils savent que les privatisations, les fusions, les délocalisations de nombreux secteurs d'activité vont se généraliser comme va se généraliser la paupérisation. Ils savent que la nouvelle configuration du marché exige la normalisation du salariat précaire et l'existence d'une forte réserve de chômeurs et de sans-papiers. Et ils savent surtout que les banlieues populaires (parce qu'elles subissent de plein fouet et avec le plus d'acuité les mutations de la société française) sont des zones où la contestation sociale est susceptible de prendre de radicales formes de lutte si elle trouve un vecteur qui l'organise. On comprendra qu'il est de nécessité impérieuse d'installer toujours plus d'instruments de contrôle et de répression "éclair" au sein de nos quartiers.
On comprendra que le monde du pouvoir et du profit sans borne a tout intérêt à nous criminaliser en disposant de notre mémoire et de nos vies comme d'un crachoir.
Hamé (Avril 2002).
(1) Dans les années 60-70, les quartiers du monde ouvrier étaient encore traversés de réseaux de solidarité vivaces et actifs au travail ou sur les lieux de vie. Les milieux de l'immigration ouvrière ont toujours combattu en première ligne lors des grands conflits sociaux qui secouèrent la France.
En dépit de conditions de vie extrêmement pénibles : maigres salaires, logement extrêmement précaire (bidonvilles, caves, chambres insalubres à plusieurs ), situations de ségrégation, crimes xénophobes, déchirement intérieur de l'exil nos parents avaient conquis les instruments de lutte (cellules, partis, syndicats) indispensables à la formulation d'un rêve de progrès collectif et d'un avenir plus enviable à offrir à leurs enfants. Ils avaient conscience de participer à l'histoire et de maîtriser ne serait-ce qu'une parcelle de leur destinée.
Cette culture ouvrière politisée a volé en éclats sous l'impact des effets multiples de la crise (licenciements massifs, paupérisation, répression de fer des foyers de résistance et de grève, démantèlement, délocalisation des bastions ouvriers - Renault-Billancourt par exemple -, enfouissement rapide de la mémoire de ces luttes sous l'euphorie mitterrandienne, sauve qui peut individualiste ). Pour l'instant, rien ne l'a remplacée.
(2) Notamment au travers d'organisations comme SOS racisme, crée de toutes pièces par le pouvoir PS de l'époque pour contribuer à désamorcer le radicalisme des revendications de la Marche des beurs : l'égalité des droits devient l'égalité devant l'entrée des boîtes de nuit. La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique "Touche pas à mon pote !" (passage attaqué ) ou "Vive le métissage des couleurs !", etc.
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La procédure juridique
Une plainte est déposée le 3 juillet 2002 par les services de Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'Intérieur.
Tribunal correctionnel de Paris le 17 décembre 2004 : Relaxe I
Cour d'appel de Paris le 22 juin 2006 : Relaxe II
Cour de cassation de Paris le 11 juillet 2007 : Casse et annule
Cour d'appel de Versailles le 3 juin 2008, verdict le 23 septembre 2008 : relaxe III
Cour de cassation de Paris le 25 juin 2010 : relaxe IV
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L'arrêt de la cour de cassation du 11 juillet 2007
N°D06-86.024 FS-D ; N° 3982 ; VD ;11 JUILLET 2007 ; M. COTTE président,
R E P U B L I Q U E F R A N C A I S E
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AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
______________________LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique tenue au Palais de justice à PARIS, a rendu l'arrêt suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par :
- LE PROCUREUR GÉNÉRAL PRÈS LA COUR D'APPEL DE PARIS
Contre l'arrêt de la dite cour d'appel, 11e chambre, en date du 22 juin 2006, qui a renvoyé Mohamed Bourokba et Emmanuel de BURETEL de CHASSEY des fins de la poursuite du chef de diffamation publique envers une administration publique ;
La COUR, statuant après débats en l'audience publique du 26 juin 2007 où étaient présents : M. Cotte président, Mme Ménotti conseiller rapporteur, M. Joly, Mme Anzani, M. Beyer, Mmes Palisse, Guirimand, M. Beauvais, Guérin conseillers de la chambre, Mme Lazerges conseiller référendaire :
Avocat général : M. Di Guardia ; Greffier de chambre : Mme Krawiec ;
Sur le rapport de Mme le conseiller référendaire MENOTTI, les observations de la société civile professionnelle WAQUET, FARGE et HAZAN, avocat en la Cour et les conclusions de M. l'avocat général DIGUARDI ;
Vu les mémoires produits, en demande et en défense ;
Sur le premier et le second moyen de cassation, pris de la violation des articles 29, alinéas 1 et 30, de la loi du 29 juillet 1881 ;
Les moyens étant réunis ;
Vu l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 ;
Attendu que, selon ce texte, toute allégation ou imputation d'un fait portant atteinte à l'honneur et à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de la procédure que, sur plainte du ministre de l'intérieur, le ministère public a fait citer devant le tribunal correctionnel, du chef de diffamation publique envers une administration publique, Emmanuel de Buretel de Chassey, dirigeant de la société EMI, et Mohamed Bourokba, membre du groupe de rap " La rumeur " et auteur de propos publiés dans le livret promotionnel destiné à accompagner la sortie du premier album du groupe, intitulé " Insécurité sous la plume d'un barbare ", en raison de passages mettant en cause la police nationale en ces termes :
" Les rapports du ministre de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété " ;
" La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique " Touche pas à mon pote " ;
" La réalité est que vivre aujourd'hui dans nos quartiers c'est avoir plus de chance de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières " ;
Attendu que le tribunal correctionnel a relaxé les prévenus ; qu'appel a été interjeté de la décision par le ministère public ;
Attendu que, pour confirmer le jugement entrepris, l'arrêt énonce que le premier et le deuxième passages ne mettent pas en cause la police nationale, mais l'ensemble des acteurs politiques et sociaux des vingt ou trente dernières années, et que les propos litigieux ne peuvent caractériser le délit de diffamation en raison de leur imprécision et de leur caractère outrancier ;
Mais attendu qu'en prononçant ainsi, alors que constitue une diffamation envers une administration publique ne pouvant être justifiée par le caractère outrancier du propos, l'imputation faite aux forces de police de la commission, en toute impunité, de centaines de meurtres de jeunes des banlieues, la cour d'appel a méconnu le sens et la portée du texte susvisé ;
D'où il suit que la cassation est encourue de ce chef ; Par ces motifs, CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la cour d'appel de PARIS, en date du 22 juin 2006, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi,
RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Versailles, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la cour d'appel de Paris et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président le onze juillet deux mille sept ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et le greffier de la chambre ;
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Article 29
Créé par Loi 1881-07-29 Bulletin Lois n° 637 p. 125Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l'identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés.
Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure.---------------------------------------
L'arrêt de la cour de cassation du 25 juin 2010
Source : http://www.courdecassation.fr/
Arrêt n° 585 du 25 juin 2010 (08-86.891) - Cour de cassation - Assemblée plénière
Rejet
Demandeur(s) à la cassation : Le procureur général près la cour d'appel de Versailles, et autres
Le procureur général près la cour d'appel de Paris s'est pourvu en cassation contre l'arrêt de ladite cour (11e chambre) en date du 22 juin 2006 ;
Cet arrêt a été cassé le 11 juillet 2007 par la chambre criminelle de la Cour de cassation ;
La cause et les parties ont été renvoyées devant la cour d'appel de Versailles qui, saisie de la même affaire, a statué par arrêt du 23 septembre 2008 dans le même sens que la cour d'appel de Paris, par des motifs qui sont en opposition avec la doctrine de l'arrêt de cassation ;
Un pourvoi ayant été formé contre l'arrêt de la cour d'appel de Versailles (8e chambre des appels correctionnels), la chambre criminelle a, par arrêt du 10 novembre 2009, décidé le renvoi de l'affaire devant l'assemblée plénière ;
Le procureur général près la cour d'appel de Versailles invoque, devant l'assemblée plénière, le moyen unique de cassation, formulé dans un mémoire déposé au greffe de la Cour de cassation et annexé au présent arrêt ;
MM. X... et Y... invoquent, devant l'assemblée plénière, le moyen de cassation annexé au présent arrêt ;
Ce moyen unique a été formulé dans un mémoire déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Waquet, Farge et Hazan, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation ;
Un mémoire en défense a été déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Waquet, Farge et Hazan en réponse au mémoire du procureur général près la cour d'appel de Versailles ;
Le rapport écrit de M. Moussa, conseiller, et l'avis écrit de M. Salvat, avocat général, ont été mis à la disposition des parties ;
(...)
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Versailles, 23 septembre 2008), rendu sur renvoi après cassation (chambre criminelle, 11 juillet 2007, pourvoi n° 06-86.024), et les pièces de la procédure, que, sur plainte du ministre de l'intérieur, le ministère public a fait citer devant le tribunal correctionnel, du chef de diffamation publique envers une administration publique, M. M... X..., dit "Z...", membre du groupe de rap "A..." et auteur de propos publiés, sous l'intitulé "Insécurité sous la plume d'un barbare", dans le livret promotionnel destiné à accompagner la sortie du premier album du groupe, ainsi que M. E... Y..., dirigeant de la société éditrice du livret, en raison de passages mettant en cause la police nationale en ces termes ;
"Les rapports du ministre de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété" ;
"La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique ''Touche pas à mon pote'' ;
"La réalité est que vivre aujourd'hui dans nos quartiers, c'est avoir plus de chance de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières" ;
que le tribunal correctionnel ayant relaxé les prévenus, appel a été interjeté par le ministère public ;
Attendu que le ministère public fait grief à l'arrêt de renvoyer les prévenus des fins de la poursuite, alors, selon le moyen, "que constitue une diffamation envers une administration publique, ne pouvant être justifiée par le caractère outrancier du propos, l'imputation faite aux forces de police de la commission, en toute impunité, de centaines de meurtres de jeunes des banlieues" ; qu'en statuant ainsi qu'elle l'a fait, la cour d'appel a méconnu le sens et la portée de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 qu'elle a violé ;
Mais attendu qu'ayant exactement retenu que les écrits incriminés n'imputaient aucun fait précis, de nature à être, sans difficulté, l'objet d'une preuve ou d'un débat contradictoire, la cour d'appel en a déduit à bon droit que ces écrits, s'ils revêtaient un caractère injurieux, ne constituaient pas le délit de diffamation envers une administration publique ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
MOYENS ANNEXÉS
Moyen produit par le procureur général près la cour d'appel de Versailles
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881,
En ce que l'arrêt attaqué a renvoyé les prévenus des fins de la poursuite au motif qu'à défaut d'une articulation précise de faits de nature à être, sans difficulté, l'objet d'une preuve ou d'un débat contradictoire, les passages incriminés ne sauraient constituer que des propos injurieux,
Alors :
- que constitue une diffamation envers une administration publique, ne pouvant être justifiée par le caractère outrancier du propos, l'imputation faite aux forces de police de la commission, en toute impunité, de centaines de meurtres de jeunes des banlieues,
- qu'en statuant ainsi qu'elle l'a fait, la cour d'appel a méconnu le sens et la portée du texte susvisé et que l'arrêt encourt de ce chef la cassation.
Moyen produit par la SCP Waquet, Farge et Hazan, avocat aux Conseils, pour MM. X... et Y...
MOYEN DE CASSATION : violation de l'article 65, alinéas 1 et 2, de la loi du 29 juillet 1881, et des articles 591, 593 et 612 du code de procédure pénale, excès de pouvoir ;
EN CE QUE l'arrêt attaqué a rejeté l'exception de prescription résultant de l'absence d'effet interruptif des réquisitions aux fins d'enquête en date du 13 novembre 2002 ;
AUX MOTIFS QUE les premiers juges ont, à bon droit, énoncé que les réquisitions aux fins de poursuivre l'enquête en date du 13 novembre 2002 se référent formellement au soittransmis du 11 octobre 2002 et précisent qu'il y est renvoyé «expressément notamment au regard de mes réquisitions interruptives de prescription», satisfaisant ainsi aux exigences de l'article 65, alinéa 2, de la loi du 29 juillet 1881 (arrêt, p. 11) ;
ALORS QUE la juridiction de renvoi n'est saisie que dans la mesure de la cassation prononcée ; que par son arrêt n° 3982 du 19 juin 2007, la chambre criminelle de la Cour de cassation a censuré l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 22 juin 2006 qui, statuant au fond, avait confirmé le jugement du 17 décembre 2004 rendu par le tribunal correctionnel de Paris et avait relaxé les prévenus ; qu'en revanche, par son arrêt n° 3983 du 19 juin 2007, la chambre criminelle a uniquement annulé le pourvoi contre l'arrêt avant dire droit de la cour d'appel de Paris du 6 octobre 2005, qui avait écarté l'exception de prescription, et avait ordonné que la procédure se poursuive devant la juridiction saisie ; qu'il en résulte que la cour d'appel de Versailles n'était saisie que de l'appel contre le jugement du tribunal correctionnel de Paris du 17 décembre 2004 statuant au fond ; qu'en se prononçant néanmoins sur l'exception de prescription, la cour d'appel de renvoi a méconnu sa saisine et excédé ses pouvoirs ; que son arrêt encourt l'annulation ;
ET ALORS, EN TOUT ETAT DE CAUSE, QUE, avant l'engagement des poursuites, la prescription en matière de presse ne peut être interrompue que par des réquisitions aux fins d'enquête qui articulent et qualifient les faits à raison desquels l'enquête ou sa continuation est ordonnée ; que sont dépourvues d'effet interruptif les réquisitions aux fins d'enquête qui se bornent à renvoyer à de précédentes réquisitions d'enquêtes, articulant et qualifiant les faits objet de l'enquête, sans articuler et qualifier par elles-mêmes à nouveau les faits justifiant la continuation de l'enquête ; que les réquisitions en date du 13 novembre 2002, priant le commissaire de police «de bien vouloir poursuivre l'enquête dans les termes définis dans le précédent soittransmis daté du 11 octobre 2002 et auquel renvoie expressément le présent notamment aux regard (des) réquisitions interruptives de prescription», qui n'articulent ni ne qualifient les faits en cause sont dépourvues d'effet interruptif sur la prescription de l'action publique ; qu'il résulte des pièces du dossier que l'action publique est prescrite, aucun acte valablement interruptif de prescription n'étant intervenu dans le délai de trois mois après les dernières réquisitions interruptives de prescription en date du 11 octobre 2002 ; que la cassation aura lieu sans renvoi.
Président : M. Lamanda, premier président
Rapporteur : M. Moussa, conseiller, assisté de Mme Calvez, auditeur au service de documentation, des études et du rapport
Avocat général : M. Salvat
Avocat(s) : la SCP Waquet, Farge et Hazan
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