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déplore le silence. Or il en est qui ne
cessent de parler, souvent " trop tôt
", sur l'immigration, sur la politique
dulogement, sur les relations de travail, sur la
bureaucratie, sur le monde politique, mais pour
dire des choses que l'on ne veut pas entendre, et
dans leur langage, que l'on n'entend pas. On aime
mieux, en définitive, prêter l'oreille, à tout
hasard, et non sans quelque mépris, à ceux qui
parlent à tort et à travers, sans s'inquiéter
outre mesure des effets que peuvent produire des
propos mal pensés sur des questions mal posées.
Et pourtant tous les signes sont là de tous les
malaises qui, faute de trouver leur expression légitime
dans le monde politique, se reconnaissent parfois
dans les délires de la xénophobie et du racisme.
Malaises inexprimés et souvent inexprimables,
que les organisations politiques, qui ne
disposent pour les penser que de la catégorie
vieillotte du " social ", ne peuvent ni
percevoir ni, à plus forte raison, assumer.
Elles ne pourraient le faire qu'à condition d'élargir
la vision étriquée du " politique "
qu'elles ont héritée du passé et d'y inscrire
non seulement toutes les revendications insoupçonnées
qui ont été portées sur la place publique par
les mouvements écologiques, antiracistes ou féministes
(entre autres), mais aussi toutes les attentes et
les espérances diffuses qui, parce qu'elles
touchent souvent à l'idée que les gens se font
de leur identité et de leur dignité, semblent
ressortir à l'ordre du privé, donc être légitimement
exclues des débats politiques.
Une politique réellement démocratique doit se
donner les moyens d'échapper à l'alternative de
l'arrogance technocratique qui prétend faire le
bonheur des hommes malgré eux et de la démission
démagogique
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qui accepte telle quelle la sanction de la
demande, qu'elle se manifeste à travers les enquêtes
de marché, les scores de l'audimat ou les cotes
de popularité. Les progrès de la "
technologie sociale " sont tels en effet que
l'on connaît trop bien, en un sens, la demande
apparente, actuelle ou facile à actualiser. Mais
si dal science sociale peut rappeler les limites
d'une technique qui, comme le sondage, simple
moyen au service de toutes les fins possibles,
risque de devenir l'instrument aveugle d'une
forme rationalisée de démagogie, elle ne peut,
à elle seule, combattre l'inclination des hommes
politiques à donner satisfaction à la demande
superficielle pour s'assurer le succès, faisant
de la politique une forme à peine déguisée de
marketing.
On a souvent comparé la politique à la médecine.
Et il suffit de relire la " Collection
hippocratique ", comme l'a fait récemment
Emmanuel Terray, pour découvrir que, pareil au médecin,
le politique conséquent ne peut se contenter des
informations fournies par l'enregistrement de déclarations
qui, en plus d'un cas, sont littéralement
produites par une interrogation inconsciente de
ses effets : " L'enregistrement aveugle des
symptômes et des confidences des malades est à
la portée de tout le monde : si cela suffisait
pour intervenir efficacement, il n'y aurait pas
besoin de médecins 1 ". Le médecin doit
s'attacher à découvrir les maladies non évidentes
(àdèlà), c'est-à-dire celles, précisément,
que le praticien ne peut " ni voir de ses
yeux ni entendre de ses oreilles " : en
effet, les plaintes des patients sont vagues et
incertaines; les signaux émis par le corps lui-même
sont obscurs et ne livrent leur
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1. E. Terray, La politique
dans la caverne, Paris, Seuil, 1990, p. 92-93. |
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