Gérard Manset, les paroles de 89 chansons
Illustration par Enki Bilal de l'album hommage (tribute) Route Manset 1996
1 Entrez dans le rêve Jean-Louis Murat 5:27 2 La Route de terre Nilda Fernández 4:22 3 Animal on est mal Alain Bashung 3:52 4 Prisonniers de l'inutile Francis Cabrel 5:15 5 Solitude des latitudes Françoise Hardy 4:45 6 Il voyage en solitaire Cheb Mami 5:11 7 Quand les jours se suivent Pierre Schott 3:50 8 Rouge-gorge João Bosco 5:42 9 On ne tue pas son prochain Brigitte Fontaine 2:51 10 Y'a une route Dick Annegarn 3:34 11 C'est un parc Salif Keïta 5:35Gérard Manset 89 pour atteindre une chanson (89 sur cette page !) faire "Ctrl" + "F" et taper ou copier le titre d'une chansonSource : http://paroles-de-chansons.abazada.com/ (adresse plus valide) -------------------------------------------------------------------------------- 1. 2870 2. A qui n'a pas aimé 3. Ailleurs 4. Amis 5. Animal on est mal 6. Attends que le temps te vide 7. Avant l'exil 8. Banlieue nord 9. C'est un parc 10. Celui qui marche devant 11. Chambres d'Asie 12. Cheval cheval 13. Comme un guerrier 14. Deux pigeons 15. Deux voiles blanches 16. Donne-moi 17. Elégie funèbre 18. Entrez dans le rêve 19. Est-ce ainsi que les hommes meurent ? 20. Et l'or de leur corps 21. Face aux objets 22. Filles des jardins 23. Finir pêcheur 24. Golgotha 25. Il faut toujours se dire adieu 26. Il rentre à huit heures du soir 27. Il voyage en solitaire 28. Ils
29. Je suis Dieu 30. Jeanne 31. Jésus 32. L'arc-en-ciel 33. L'enfant qui vole 34. L'épée de lumière 35. L'oiseau de paradis 36. L'une et l'autre 37. La ballade des équinodermes 38. La dernière symphonie 39. La femme-fusée 40. La liberté 41. La mer n'a pas cessé de descendre 42. La mer rouge 43. La mort d'Orion 44. La neige est blanche 45. La pie noire 46. La route de terre 47. La terre endormie 48. La toile du maître 49. La vallée de la paix 50. Le jour où tu voudras partir 51. Le lieu désiré 52. Le masque sur le mur 53. Le moment d'être heureux 54. Le paradis terrestre 55. Le pont 56. Les enfants des tours 57. Les îles de la Sonde 58. Les vases bleues 59. Long long chemin 60. Lumières 61. Manteau rouge 62. Marchand de rêves 63. Maubert 64. Mauvais Karma 65. Mon amour 66. Ne change pas 67. On ne tue pas son prochain 68. Paradis 69. Pas mal de journées sont passées 70. Pour un joueur de guitare 71. Prisonnier de l'inutile 72. Quand le jour se lève 73. Quand les jours se suivent 74. Quand tu portes 75. Que deviens-tu ? 76. Revivre 77. Rien à raconter 78. Rouge-Gorge 79. Royaume de Siam 80. Solitude des latitudes 81. Territoire de l'Inini 82. Ton âme heureuse 83. Toujours ensemble 84. Tu t'en vas 85. Un homme une femme 86. Un jour, être pauvre 87. Vies monotones 88. Vivent les hommes 89. Y'a une route -------------------------------------------------------------------------------- 2870 Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Rien qu'un enfant triste Qui sait qu'il existe, Un navire ancré dans le ciel Qui vit dans l'ombre du soleil, Une table mise au centre d'une vie nouvelle. Un jardin désert, Une ville en verre Qu'elle lui couvre les épaules, A cheval sur un tas de tôles, Qu'elle soit pour lui, la vue, la vie et la parole. Un escalier vide. Son sang se vide. Dans une cage on le glisse. Les murs sont blancs, les murs sont lisses. Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année Deux mille huit cent soixante . Rien qu'un enfant triste Qui sait qu'il existe, Un navire ancré dans le ciel Qui vit dans l'ombre du soleil, Qui n'entendra jamais l'appel De vie, de mort ou de détresse. Une tour immense, Le froid, le silence, Des cris de haine et de vengeance, Le navire qui se balance, Un million d'années lumière plus loin Qu'un enfant triste sans défense. Rien qu'un enfant triste Tombé sur la piste Qui mène en haut de l'édifice, La peau tendue, le ventre lisse, Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année Deux mille huit cent soixante . A qui n'a pas aimé Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 A qui n'a pas connu l'amour, N'a pas aimé, A qui n'a pas touché Ses lèvres embaumées, N'a pas senti sur lui Son regard lourd, Ses yeux de maladie, De fièvre désarmée. A qui n'a pas touché du doigt La plaie profonde, La déchirure de l'être aimé Que tout inonde, L'or qu'est devenu Sans qu'on l'ai voulu Le quotidien des choses De la banalité, Comme une plante arrachée A la terre, au fumier, Comme une main Qu'on a lâchée Mais c'est sans doute là-haut, Dans la félicité, Que ceux là seront atteints De cécité Et réunis sans devoir se cacher, Aveugles sur le monde Et sur sa cruauté Comme une fleur arrachée A la terre, au fumier, Comme une main Qu'on a lâchée. A qui n'a pas subi sur lui Cette caresse, A qui n'a pas touché du doigt Cette herbe épaisse Qui frissonne et se courbe Comme avant Mais ces trous sont ses yeux Par où passe le vent Et tout ceci finit par m'être indifférent. Peut-être disparaître Dans le pli du néant, D'avoir été ensemble, De n'être plus Que ce qui dans les larmes Et dans l'eau se dilue Comme une plante arrachée A la terre, au fumier Qui par sa tige reste attachée Et ne peut ni grandir ni périr ni passer, Simplement dépérir, A qui n'a pas aimé. Ailleurs Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Ailleurs, ailleurs, Ailleurs, on croit, le monde est meilleur Et rien ne fait peur, Rien ne fait peur. Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur, Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur. Y a pas de vélomoteurs. On se lève de bonne heure. On est de bonne humeur. On vit, on meurt Et personne ne pleure. On fait des colliers de fleurs Et les enfants chantent en chur. Ailleurs, ailleurs, Ailleurs, on croit, le monde est meilleur Et rien ne fait peur, Rien ne fait peur. Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur. Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur. Y a pas de détracteurs, Pas d'objets de valeur, De cambrioleurs. On vit, on meurt Et personne ne pleure. On fait des colliers de fleurs Et les enfants chantent en chur. Ailleurs, ailleurs, Ailleurs, on croit, le monde est meilleur Et rien ne fait peur, Rien ne fait peur. Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur. Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur. On parle avec les pêcheurs De coquillages et de fleurs, De poissons de couleur. Les enfants jouent pendant des heures Mais aucun ne pleure. Y a ni vaincus ni vainqueurs Et tout le monde chante... Amis Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Amis Qui tournez la tête Sans savoir Ou peut-être Sans y croire, Amis, Plus jamais peut-être Nous n'aurons. Dimanches et fêtes S'en iront. Amis Qui tournez la tête, Dites-moi : Où peut-elle être ? Ici C'est le temps qui s'arrête Comme un oiseau sans tête, Comme un oiseau sans tête. Amis Qui l'avez trouvée En train de pleurer, Assise, Qui l'avez prise, Amis, Vous aurez peut-être, Demain, Un oiseau sans tête Dans la main. Amis, A quoi sert d'aimer S'il faut le dire, Le répéter, S'il faut l'écrire ? Amis, A quoi sert d'aimer S'il faut le dire, Le répéter, S'il faut l'écrire ? Animal on est mal Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Animal, on est mal On a le dos couvert d'écailles On sent la paille Dans la faille Et quand on ouvre la porte Un armée de cloportes Vous repousse en criant : " Ici, pas de serpent ! " Animal, on est mal. Animal, on est mal. Animal, on est mal. On a deux cornes placées Sur le devant du nez. On s'abaisse. On s'affaisse. On a la queue qui frise. On a la peau épaisse. On a la peau grise Et quand on veut sortir Avec une demoiselle, On l'invite à dîner. Quand elle vous voit, Que dit-elle ? " Il ne vous manque qu'une bosse. Vade retro, rhinocéros ! " Animal, on est mal Animal, on est mal Animal, on est mal On assiste à l'opération de la girafe. La voilà qui se retrouve le cou plein d'agrafes. Elle appelle au secours On veut lui mettre un pantalon Mais il est trop court Animal, on est mal On pond ses ufs dans le sable Et quand on passe à table Les chevaux-vapeurs On pris peur De se retrouver loin de leur étable. Animal, on est mal Animal, on est mal Animal, on est mal Et si on ne se conduit pas bien On revivra peut-être dans un peau d'un humain Animal, on est mal Animal, on est mal Et Dieu reconnaîtra les siens... Attends que le temps te vide Paroles et Musique: Gérard Manset 1974 Attends Que le temps te vide Comme un uf. Sors de ta coquille Comme un chien Dans un jeu de quilles. Oublie d'où tu viens. Le fer ou la grille, Le bâtiment neuf Comme une arme brille Dans ta main. Sur le mur humide, Trace Ton chemin Mais n'oublie pas Que le temps te changera. Non, n'oublie pas Que le temps... Attends Que la vie t'ait prise Dans sa main, Que ton poing se brise Contre le sien. L'habitude est prise. On sait d'où tu viens Mais le fer ou la grille, C'est la porte qui s'ouvre enfin, L'ombre d'une fille Qui court le long d'un train. Dans ce jeu de quilles, On te tire, On te tient Mais n'oublie pas Que le temps te changera. Non, n'oublie pas Que le temps... Dans ce jeu de quilles On te tire... Avant l'exil Paroles et Musique: Gérard Manset 1989 Juste avant l'exil, Juste avant l'exil, On pose un dernier regard sur sa ville, Les colliers de fleurs que les hommes enfilent Et plus loin, sur le bord du quai, Le secret que personne ne sait, C'est qu'on est né ici Et qu'on sait ce qu'on va laisser, Alors on reste assis Juste avant l'exil. Ça semblait facile De tout quitter. On était le loup sans son collier, L'arbre sans son espalier Mais quand le sable a quitté le sablier, Que le marbre et la pierre se sont brisés, Que le chêne a fini quand même par retomber, On se retrouve comme on est né A nouveau dans un monde damnés, A nouveau dans un monde damnés, Sans rien ni personne pour nous aider. Juste avant l'exil, Juste avant l'exil, Avant le dernier regard sur la ville, Dans le bruit des trains qui défilent Et là-bas, sur le bord du quai, Comme la flamme d'un briquet, Dans une main qui tremble, Ce visage, on le connaît : Il nous ressemble. Juste avant l'exil, Que cherche-t-il vers l'horizon ? Le dessein dans la forme d'une maison Ou peut-être la guérison. Banlieue nord Paroles et Musique: Gérard Manset 1989 On passe au bord d'une grande cheminée De brique et de pierre. La pluie la neige se sont mises à tomber Sur les manteaux d'hiver. Plus moyen de voir autre chose que la misère Dans cette ville de hasard et de parkings déserts. Les enfants des îles qui dansent sous la lumière, Sous la grande lumière Des parkings déserts, Où Reviennent Traîner le long des épaves Les chevelures sans foulard Dans filles grandies trop tard Qui s'endorment sur le sol, Dans les caves, les entresols, Revivant toujours l'histoire Prises par les gamins du square. {Refrain:} Mon dieu, montrez-vous quand même, Le jour des communions, des baptêmes. Bénissez les robes blanches Que les souillures un jour balayeront Comme une avalanche. On passe au pied d'une grande tour carrée Avec ses miradors. La pluie, la neige se sont mises à tomber. On y pense encore. C'est là qu'on a vécu et, de toute manière, Les enfants des îles étaient tous nos frères Et qu'on le veuille ou non, on n'peux plus s'en défaire, Sous la grande lumière Des parkings déserts Où Reviennent, Comme des chats tombés d'une gouttière, Les visages tristes et sans paupières Des enfants qui jettent des pierres. {au Refrain} Et la nuit, dans les draps, La seule chose qu'on n'veux pas Et qu'on craigne encore, Mais qui nous glace d'effroi, C'est banlieue nord. On a beau tout faire, Quand on remue la terre Et ça bouge encore. C'était banlieue nord Et ça saigne encore. C'est un parc Paroles et Musique: Gérard Manset 1975 C'est un parc où vont les bêtes Et l'eau leur coule sur la tête. Au milieu, des chevaux légers. Les animaux sont mélangés. C'est un piège où tomberont Nos enfants quand ils grandiront Et quand le chasseur s'en ira Sur une civière, on dira : C'est un parc où vont les bêtes Et quelqu'un s'en souvient peut-être. Les fruits trop murs, les arbres creux, C'était le verger du Bon Dieu. C'est un parc où vont les bêtes Et l'eau leur coule sur la tête. Au milieu, des chevaux sauvages. Chacun se cabre sous l'orage. C'est un piège où tombera Le loup, le chien, l'homme et le rat Et quand quand les chasseurs s'en iront A genoux, nous leur chanterons : C'est un parc où vont les bêtes Et quelqu'un s'en souvient peut-être. Les fruits trop murs, les arbres creux, C'était le verger du Bon Dieu. Celui qui marche devant Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 Celui qui marche devant, Tu le connais depuis longtemps. Tu le vois de dos et dedans. Il chante dans le mauvais temps Et ça n'est pas toi qui l'entends. Ça n'est jamais le bon moment. Il poussait ses amis jadis. Il n'est plus rien, le sol est lisse, La route noire comme un réglisse. Les arbres témoins d'autrefois Lui font de leurs cheveux de bois, Le soleil et l'ombre à la fois. Tu ne l'aimes plus beaucoup Mais tu le suivras jusqu'au bout. Souviens-toi, quand tu l'as connu, Que si souvent vous alliez nus. Vois ce qu'il est devenu. C'est toi qui traînes la valise Des années que tu y as mises. Le temps sur toi n'a plus de prise. Il reste le cuir et la peau, La veste, le manteau Que tu lui mettais sur le dos. Ferme les yeux, repenses-y. Que ton cur fasse mal aussi Comme le sien d'en être ici. Tu ne l'aimes plus beaucoup Mais tu le suivras jusqu'au bout Des souvenirs Jusqu'au bout, Jusqu'au bout. Celui qui marche devant, Tu le connais depuis longtemps. Celui qui marche devant, Tu le connais depuis longtemps. Celui qui marche devant, Tu le connais depuis longtemps. Celui qui marche devant, Tu le connais depuis longtemps. Chambres d'Asie Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie, Papier des murs des chambres des hôtels moisis, Chevelures des rideaux déchirés, des néons tristes Et plus rien d'autre pour te prouver que tu existes. Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie, Papier des murs des chambres des hôtels moisis, Chevelure immobile et chaude des longues nuits, Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit. Chambres d'Asie, retournes-y, la nuit le jour, Murs moisis, peau de velours. Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie, Papier des murs des chambres des hôtels moisis, Chevelure immobile et chaude des longues nuits, Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit. Chevelure des rideaux tirés des fenêtres closes, Reflet dans les murs, des corps qui reposent, Bruit des clés des verrous des barreaux des portes de fer Et couloir allumé le jour et la nuit comme en en enfer, Comme en enfer, mais comment faire, retournes-y quand même, Murs moisis, ou l'on te dit qu'on t'aime. Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie, Papier des murs des chambres des hôtels moisis, Souvenir inutile et triste des longues nuits Et mordre dans les draps des chambres d'Asie Comme on mord dans un fruit. Chambres d'Asie, retournes-y, un jour ou l'autre, Emmènes-y la peau d'un autre. Cheval cheval Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Cheval d'hier Avec tes yeux verts, Cheval d'un soir Avec tes yeux noirs, Cheval, cheval Pour ce que les hommes valent. Cheval, cheval, Chevaux, chevaux, Evite-le bien, ce lasso. Ta crinière, tes yeux de veau, Le grand dessin de ton manteau, La fumée sort de tes naseaux. Cheval, cheval, Chevaux, chevaux, Evite-le bien, ce lasso. Quelqu'un derrière un rideau T'a vu passer, pris dans ton dos. Cheval, cheval, Chevaux, chevaux. A côté d'un cheval, qui de nous Peut vivre un seul instant sans se rompre le cou ? A côté d'un cheval, qui de nous Peut vivre quand quelqu'un le tient par le cou ? Non, non, non, Non, non, non, non, Non, Non, non, non, non, Non, non, Non, non, non, non, non, non, non... A côté d'un cheval qui tombe à genoux, Tu verras qu'il se tient beaucoup mieux que nous. A côté d'un cheval qui comprend tout, Tu peux monter dessus, tu peux monter dessous. Non, non, non, Non, non, non, non, Non, non, Non, non, non, non, Non, non, Non, non, non, non, non, non, non... Non, non, non, non, non, non, non... A côté d'un cheval, qui de nous Peut vivre un seul instant sans se rompre le cou ? A côté d'un cheval, qui de nous Peut vivre quand quelqu'un le tient par le cou ? Non, non, non, Non, non, non, non, Non, non, Non, non, non, non, Non, non, Non, non, non, non, non, non, non... Comme un guerrier Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 Comme un guerrier Qui perd son bras, Son il au combat, A chercher le choc, Fendre le roc Comme un guerrier qui tombe. Un pied dans la tombe, On se fait mal Et sifflent les balles, Le vent, la mitraille, Le pont, les rails. Dessous la rivière Rapide et fière Rapide et fière. Une barque t'attend Et l'indienne est dedans Avec ses cheveux noirs, Ses dents d'ivoire. On a rien à se dire. Ensemble, on va fuir, Ensemble, on va fuir. Comme un guerrier, Le crâne bandé, Qu'a plus qu'une heure à vivre Sur la toile du sac, Quand la fièvre monte Au fond du hamac, C'est comme un guerrier qui raconte sa vie. Nous prendrons nos fusils, Marcherons sur l'Asie Afin de voir s'ils sont heureux, Afin de voir s'ils sont heureux. Comme un guerrier, Condamné, condamné, Le crâne rasé, Sous la pluie, l'averse, Y a le pont qui traverse. Dessous la rivière, Rapide et fière. La barque t'attend Et l'indienne est dedans Avec les fusils, De la poudre et du plomb. Et y a le garçon blond Qu'on traîne avec soi Malgré ses cheveux de soie. Nous prendrons nos fusils. Nous savons nous battre aussi Afin de voir s'ils sont heureux, Afin de voir s'ils sont heureux. Comme un guerrier Qui perd son bras, Son il au combat Mais quand tu t'éveilles, Que tu vois la bouteille, La lampe brisée Sous la moustiquaire, Alors, t'as perdu la guerre Et l'indienne est partie. Elle a jamais vu la mer. Tu lui avais promis. Elle en a marre de la misère. Elle voulait voir les lumières de la ville. Elle voulait voir les lumières de la ville. Comme un guerrier Condamné, condamné, Avec son il de verre Mangé par les vers, Percé de flèches empoisonnées, Condamné, condamné, Avec les ailes brisées. Tu resteras seul Avec des mouches plein la gueule, Les semelles collées Tu sentiras dans ton dos Glisser les anneaux Du serpent froid Ce s'ra la dernière fois. Sur la grande rivière, Le paradis sur la Terre. T'as l'indienne qui court, Qui hurle à l'amour, Aux pierres aux ronces, Et qu'a pas de réponse, Et qu'a pas de réponse. Alors, tu te sens si vieux, La main devant les yeux. Le mal te guette Et ce soir peut-être, Sous le million d'étoiles, A pleurer sur le sac de toile, A pleurer sur le sac de toile. Deux pigeons Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Tous les grands serments sont ainsi. Un jour de soleil, un jour pluie, Dans le vent, s'en iront aussi, Dans le vent, s'en iront aussi. Deux pigeons s'aimaient d'un amour tendre. La trahison peut-elle attendre, La trahison et le coup bas ? Y a-t-il un bonheur ici-bas ? La trahison et le verglas Toujours l'hiver sonne le glas Des amours fragiles ou secrètes Que le monde en son sein secrète. Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre Mais le filet peut bien se tendre, Tout est gibier qu'on plumera. Y a-t-il un bonheur ici-bas ? Deux voiles blanches Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 Et l'aube amène la pluie, la brume. Dans l'eau du port brille la lune. Un sac posé sur une dune Et dans les tasses, le café fume. Oublie les folies, les rancunes. La mer est remplie d'algues brunes. Avec le temps les gestes meurent Et rien ne reste, rien ne demeure. La femme, la fille, le garçon pleurent. Il va s'en aller tout à l'heure... Y aura toujours deux voiles blanches Sur la mer, Quelque part, n'importe où, A l'autre bout de la terre. Y aura toujours deux voiles blanches, Voiles rondes... Et l'aube amène la pluie, la brume. Les hommes ont les cheveux qui fument Comme des chevaux couverts d'écume. La mer est chargée d'algues brunes. Ouvre les fenêtres une à une Au comptoir du café des dunes. Avec le temps les gestes meurent. Y a plus de soleil, y a plus de couleurs. La femme, la fille, le garçon pleurent. Il va s'en aller tout à l'heure... Y aura toujours deux voiles blanches Sur la mer, Quelque part, n'importe où, A l'autre bout de la terre. Y aura toujours deux voiles blanches, Voiles rondes... Quelque part à l'horizon, A l'autre bout du monde... Donne-moi Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 Donne-moi la préférence, Que mon cortège enfin s'avance Qui vient te prendre Le vont descendre Tout l'équipage De rois, de pages. Donne-moi la préférence. Ils seront tes amis d'enfance Et tous les jours, Tes gens de cour Et tous les ans Tes courtisans. Donne-moi la préférence Et tu deviendras reine de mon existence Et le monde aura tout donné Pour te garder Aussi longtemps que tu seras celle dont j'ai rêvé. Laisse-moi te répéter Que comme on prie dans une chapelle, Tu as compris que si je t'appelle, C'est pour la vie, C'est pour la vie. Donne-moi la préférence. Viens vivre au creux des bras immenses Des ailes noires De mon manoir, Au pied des joncs De mon donjon. Donne-moi la préférence. Nous prendrons les chemins de France Qui mènent autour Du pied des tours Et de l'étang Où je t'attends. Donne-moi la préférence. Nous prendrons les chemins de France Qui mènent autour Du pied des tours Et de l'étang Où je t'attends. Donne-moi la préférence. Elégie funèbre Paroles et Musique: Gérard Manset 1970 Couvrez-moi de fleurs s'il le faut. Laissez venir l'homme à la faux Et si me coudre les paupières Au moins ne me riez derrière Moi. Laissez me parler à l'oreille Et faire miel de moi l'abeille Et dans mon ombre, laissez vivre, Quand bien même le bateau ivre Sombre. Croyez-moi, dans ce monde-ci, Jamais on ne m'a dit merci. Où que ce fut, où que ce soit, Qui que ce fut, qui que ce soit, S'en fut. C'est pour ma chair fragile et morte Que je prie de vous de la sorte Qu'on ne m'ait pas en terre admis Sans que l'on y descende aussi... Que reste ici de mon passé Dans ce caveau frais repassé L'habit de noce et le carton De ma langue et de mon menton L'os. L'ongle à peine de désigner Faisant main comme l'araignée, Les yeux se taisent et la cornée Dessous l'arcade cimentée Pèse. Couronnez-moi de fleurs mauves Si voyez que ma vie se sauve Et des ténèbres ayez raison, Lirez lumières de l'oraison Funèbre. Prenez soin de moi si pouvez, Faites de vos bouches un ave, Que Dieu le dépose ou l'apporte S'il fut seul au pied de ma porte Close. Couvrez moi de fleurs s'il le faut. Laissez venir l'homme à la faux. Couvrez moi de fleurs s'il le faut... Entrez dans le rêve Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Ramenez le drap sur vos yeux et Entrez dans le rêve, Reprendre la vie des autres où on l'a laissée Quand le jour s'achève, Voir les couleurs, voir les formes, Enfin marcher pendant que les autres dorment, Voir les couleurs, voir les formes. Les villes sont des villes bordées de nuit Et peuplées d'animaux qui marchent sans bruit, Toujours, dans votre dos, la peur vous suit. Ramenez le drap sous vos yeux et Entrez dans le rêve. Allumez l'écran merveilleux Quand le jour s'achève. Retrouver l'amour blessé Au fond du tiroir où on l'avait laissé, Retrouver l'amour blessé, Découper le monde à coup de rasoir Pour voir au cur du fruit le noyau noir. La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire. La vie n'est pas la vie. La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire. Mieux vaut le drap du désespoir Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire alors Mieux vaut le drap du désespoir. Ramenez le drap sur vos yeux. Allumez l'écran merveilleux, Quand le jour s'achève. Est-ce ainsi que les hommes meurent ? Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 Depuis bien longtemps déjà, J'ai cessé d'écrire, Cesser de lever les yeux, Cessé de relire. Dans le parc, devant la grille, Les hommes arrivent Et juste une trace de pas Le long des rives, Juste une trace de pas Le long des rives. Depuis bien longtemps, Je ne dirige plus les musiciens. Depuis bien longtemps, Laissé pendu l'habit de magicien Dans le parc, devant la mer. Les robes blanches, Enfants fragiles comme du verre, Jouent sous les branches, Enfants fragiles comme du verre, Jouent sous les branches... Est-ce ainsi que les hommes meurent ? Et leur parfum, au loin, demeure. Depuis bien longtemps déjà, J'ai cessé de vivre, De toucher du bout des doigts La tranche des livres. Dans le parc, devant la rive, Des bruits étranges, Bruissements d'ailes, lumières, Cheveux des anges, Le bruissements des ailes, les lumières, Les cheveux des anges... Depuis bien longtemps déjà, Le seul souvenir D'une miette de vie encore Que je respire, Dans le parc devant l'allée, Le vide immense. Bruits des pas sur le gravier, De mon enfance, Les bruit des pas sur le gravier, Les ombres dansent... Est-ce ainsi que les hommes meurent ? Et leur parfum, au loin, demeure, Et leur parfum, au loin, demeure. Et l'or de leur corps Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 L'esprit des morts veille Et quand tu t'endors La lampe allumée Et l'or de leur corps Le drap grand ouvert Cascades et rivières Chevaux sur les plages Sable sous les pieds Et lagons bleutés. L'esprit des morts veille Qui frappe à la porte Et toi allongé Dans ton demi-sommeil, Et l'or de leur corps Partout t'accompagne, Quand glisse le pagne, Couleur des montagnes Du sable et de l'eau. D'où venons-nous, Que sommes-nous, Où allons-nous... ? L'esprit des morts veille, L'ange aux ailes jaunes Sur fond de montagne Et sentier violet, La femme à la fleur Quand te maries-tu ? Dans la grande cabane Qu'il a fait construire A Hiva-Oa, là où il mourut... Face aux objets Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Face aux objets qui se brisent, A la haine, à la méprise, Le regret n'est-il pas pire Que le souvenir, l'absence De toute émotion, tout silence, Toute forme d'existence Sur laquelle on n'a pas prise, Comme un voilier dans la houle, Un ULM dans la foule, Comme un objet qu'on déroule, Le souvenir de l'absence ? Face aux objets sans importance, Aux objets qui parlent et qui dansent Du mensonge à l'indicible, Face aux choses qui sont la cible De toutes les formes de silence, Qui vous critiquent et vous le disent, Vous reprochent votre existence, Ne vaut-il pas mieux l'oubli, Le simple objet que l'on déplie, Que l'on range dans sa volière Face aux objets qui sont la cible De toute forme d'indicible ? Face aux objets de la misère, Aux objets qui parlent et qui gèrent A ce néant qui nous digère, Ne vaut-il pas mieux la paix Que toutes ces formes et ces objets Alignés dans leur tannière, Qui nous guettent de toute manière ? Face aux choses qui se répètent, Dont la destinée serait faite A portée de nous, l'ignorance La fin, la déliquescence, Où tout objet n'a plus de sens, Ne faut-il qu'on en appelle A la médiation, l'essence, Ne faut-il qu'on en appelle A la médiation, l'essence, Atteindre à la reconnaissance ? Filles des jardins Paroles et Musique: Gérard Manset 1989 Souviens-toi, C'était comme ça. On les suivait Pas à pas, Les filles des jardins, A l'ombre des colonnes, Loin de tout, Entourées de femmes et d'hommes Aux tempes grises, De femmes et d'hommes. C'était comme ça. On les montrait du doigt. On leur parlait pas. Les filles des jardins, Quand elles étaient assises, Vêtues de voiles, de simples chemises, Dans l'ombre bleue-grise. Pourquoi ont-elles changé ? Le fruit est-il mangé ? Sommes-nous des étrangers Qui savent même plus nager, Rejoindre la rive ombragée ? C'était comme ça. Souviens-toi. Le temps courait Entre nos doigts. Les filles des jardins, Quand on suivait leur jeu, Jusqu'au soir, sans savoir Où se posaient leurs yeux Comme de petits lacs Ombrageux, Souviens-toi : Ça nous brûlait les yeux Comme du feu, Dans l'ombre bleue-grise, Comme du feu, Dans l'ombre bleue-grise. Finir pêcheur Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Un jour, finir pêcheur Parce que ça grandit l'homme. Heureux comme ça, Pas gagner plus d'argent. Le matin, me lever, Pas connu, pas guetté, Parce que ça fait mal, Ça fait mal a l'homme, La célébrité. Finir dans l'eau salée, Juste savoir compter, Vider le sablier Et puis tout oublier Parce que ça grandit l'homme, De vivre sans parler, Vivre sans paroles Et d'apprendre à se taire, Regarder sans voir Les enfants qui dansent Au bord du miroir. Mais c'est toujours trop loin, Toujours dans le noir, Inaccessible, Pareil au cur de la cible. Un jour, finir pêcheur, Que personne s'en souvienne, L'écrive ou le dise, Vider sa valise Et brûler les journaux, Les tapis, les photos, Sans rien vouloir apprendre Pour que les enfants sachent Qu'on va quelque part Quand on oublie tout, Qu'on oublie les coups, Qu'on déplie, qu'on secoue, Que la folie s'attrape, Qu'on déchire la nappe, Maladie tout à coup Que tu portes à ton cou Comme un collier de fleurs, De larmes et de couleurs. Un jour, finir pêcheur, Mollusque divin, Peau de parchemin. Mais c'est toujours trop loin, A portée de la main, Inaccessible, Pareil au cur de la cible. Un jour, finir pêcheur, Tuer le mal de l'homme, Se libérer de tout, Prendre dans la mer Les coraux, les vipères, Et tout ça dans la main, Sans lumière et sans gaz Et sans barbe qu'on rase, Un jour, finir pêcheur, Avaler le compteur, Regarder sans voir Le calendrier Qui tombe en poussière. Qu'elle est loin, la terre. Qu'elle est loin, la terre. Le calendrier Qui tombe en poussière. Qu'elle est loin, la terre. Qu'elle est loin, la terre. Golgotha Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Ils montent le long de la colline, Chacun le front couvert d'épines, Par centaines. Ils seront payés de leur peine. Ils viennent Car c'est la fin de la semaine, Les riches, les pauvres Et ceux qui le deviennent. Où allez vous donc ? Vous tomberez de haut Quand vous saurez Ce qu'il vous faut pleurer. Les femmes ont les mains Croisées sur la poitrine, Croyant encore A la charité divine. Par centaines, Elles seront payées de leur peine. Elles se nomment toutes Marie-Madeleine. Où allez vous donc ? Vous tomberez de haut Quand vous saurez Ce qu'il vous faut pleurer. Dans l'orage et la pluie, Chaque homme monte en croix Et chaque femme suit En refermant les bras, Par centaines, En attendant qu'un jour, ils reviennent. Souvenez vous de ce que disent Ceux qui s'aiment Que l'éternelle vie. On la trouve en soi-même. Où allez vous donc ? Vous tomberez de haut Quand vous saurez Ce qu'il vous faut pleurer. Où allez vous donc ? Vous tomberez de haut Quand vous saurez Ce qu'il vous faut pleurer... Il faut toujours se dire adieu Paroles et Musique: Gérard Manset 1981 Il faut toujours se dire adieu Et devant les jardins déserts, Se regarder partir, Ramasser le mouchoir qui tombe à terre Et tourner le dos. Il faut toujours se dire adieu, Remettre son sort entre les mains de Dieu Parce qu'on sait pas toujours Quand l'avion se pose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose Parce qu'on sait pas toujours Quand l'avion se pose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose. Il faut toujours se dire adieu Et devant les arbres mouillés, Se regarder comme on est Et tourner le dos. Il faut toujours se dire adieu, Remettre son sort entre les mains de Dieu Parce qu'on sait pas toujours Quand l'avion se pose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose Parce qu'on sait pas toujours Quand l'avion se pose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose Et qu'on a peur de perdre Et peur de rater quelque chose. Il faut toujours se dire adieu, Remettre son sort entre les mains de Dieu. Il faut toujours se dire... adieu. Il rentre à huit heures du soir Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Il rentre à huit heures du soir Sans même dire au-revoir A ses amis qui travaillent Sur le même chantier que lui. On dit qu'il n'est pas heureux, Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut, Que quand il prend son dernier train, En montant dans le wagon, il a faim. Il y avait l'année dernière, Au milieu de sa misère, Une fille qui le voyait souvent, Une fille. On dit qu'il n'est pas heureux, Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut Mais il ne parle que d'elle. Il dit la vie est cruelle. Il voyage dans... Il rentre à huit heures du soir Sans même dire au revoir A ses amis qui travaillent Sur le même chantier que lui. On dit qu'il n'est pas heureux, Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut, Que quand il prend son dernier train, En montant dans le wagon, il a faim. Il voyage dans les nuages, Sans regarder le paysage. La vie passe sur son visage Et dans ses yeux Comme une image. Il rentre à huit heures du soir Sans même dire au revoir, Il rentre à huit heures du soir Sans même dire au revoir, Il rentre à huit heures du soir Sans même dire au revoir... Il voyage en solitaire Paroles et Musique: Gérard Manset 1975 Il voyage en solitaire Et nul ne l'oblige à se taire Il chante la terre Il chante la terre Et c'est une vie sans mystère Qui se passe de commentaire Pendant des journées entières Il chante la terre Mais il est seul Un jour L'amour L'a quitté, s'en est allé Faire un tour D'l'autr' côté D'une ville où y avait pas de places pour se garer. Il voyage en solitaire Et nul ne l'oblige à se taire Il sait ce qu'il a à faire Il chante la terre Il reste le seul volontaire Et puisqu'il n'a plus rien à faire Plus fort qu'une armée entière Il chante la terre Mais il est seul Un jour L'amour L'a quitté, s'en est allé Faire un tour D'l'autr' côté D'une ville où y avait pas de places pour se garer. Et voilà le miracle en somme C'est lorsque sa chanson est bonne Car c'est pour la joie qu'elle lui donne Qu'il chante la terre. Ils Paroles et Musique: Gérard Manset 1970 Ils ont le même aspect que nous Quand nous sommes A genoux. Droits comme le temple d'Angkor, Leur tête Sur leur corps. On ne nous aimera jamais Et si la pluie coule désormais De nos visages, Pareil au fond d'un marécage, Nos idées se libèrent Et il nous faut tourner la page, Et il nous faut tourner la page. Il en est qui viennent au monde En riant. Leur dents tombent. On leur donne la religion Qui passe Dans la région. Si notre ciel est toujours gris Et si notre ventre est rempli De pourriture, Ce n'est pas tant la nourriture Mais plutôt L'exemple De tous les dieux de nos temples, De tous les dieux de nos temples. Il en existe deux par an Qui cherchent Leurs parents. On ne nous aimera jamais Et si la pluie coule désormais De nos visages... Si notre ciel est toujours gris Et si notre ventre est rempli De pourriture... On ne nous aimera jamais... On ne nous aimera jamais... Je suis Dieu Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Je suis Dieu Et je joue avec des bouchons de liège. Je suis Dieu. J'ai dans ma chambre autant de lits que de sièges. Je suis Dieu Dans mon cercueil. Je suis Dieu Dans mon fauteuil. Je n'ai pas le moindre souci de la vie. Je suis Dieu Et je peux grimper le long des murs. Je suis Dieu Mais j'ai mal au pieds dans mes chaussures. Je suis Dieu Dans mon cercueil. Je suis Dieu Dans mon fauteuil. Je n'ai pas le moindre souci de la vie. On m'a dit : On n'a d'yeux que pour Dieu. J'en suis heureux. Je suis Dieu. C'est odieux D'être Dieu. C'est ennuyeux. Je suis Dieu. Je suis Dieu. A l'horizon, j'aperçois un train d'enfer. Je suis Dieu. Je m'allonge sur la voie, La tête en l'air. Je suis Dieu Dans mon cercueil. Je suis Dieu Dans mon fauteuil. Je n'ai pas le moindre souci de la vie. Je suis Dieu. Si vous me voyez, Arrêter-vous. Je suis Dieu Dans le rue. Je traverse dans les clous. Je suis Dieu Dans mon cercueil. Je suis Dieu Dans mon fauteuil. Je n'ai pas le moindre souci de la vie. On m'a dit : On n'a d'yeux que pour Dieu. J'en suis heureux. Je suis Dieu. C'est odieux D'être Dieu. C'est ennuyeux. Je suis Dieu. Je suis Dieu Et je joue avec des bouchons de liège. Je suis Dieu. J'ai dans ma chambre autant de lits que de sièges. Je suis Dieu Et je fais tomber les gens dans des pièges. Je suis Dieu Et je joue... Jeanne Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 Quand elle revint chez les siens, Les gens l'attendaient sur le port, Buvant le vin des musiciens, Entourés d'hommes et de chiens Fidèles aux longs cordages Et qui tenaient debout leurs fusées. On lui mit autour du cou La dent du dernier cheval mort Qu'on avait amené chez nous Et dont on dit qu'il bouge encore. En elle-même, au fond du puits Du temps qui s'est passé depuis Alors autour des barques folles, Les flammes rouges montent du sol Et devant l'évêque des mots. On parle d'elle à demi-mot. On dit de Jeanne revenue, Rendant au ciel sa lame nue Que chaque démon qu'elle abat, C'est celui qu'elle avait mis bas Quand elle revint chez les siens. Les gens l'attendaient sur le port, Fumant l'herbe des magiciens, Jouant sur des violons anciens. Au creux de leur âme s'envole La chanson de Jeanne la folle. On dit que Jeanne est revenue, Que c'est le démon toute nue Et devant l'évêque des mots, On la condamne à demi-mot. A côté d'eux, la Marne roule Et, de son écharpe, elle enroule Magiciens sans cérémonie Qui montent le creux de son lit. Alors, tout est bien Et, de la Marne au Rhin, Les hommes et les chiens Tout le long du canal Suivent Jeanne au bûcher bancal. Quand elle revint chez les siens Vivante et tous les autres morts, Il s'en trouvait peut-être bien Qui l'attendaient, qui l'aiment encore. Au fond du puits volent les cendres Où l'on voit son âme descendre. On dit que Jeanne reviendra Portant sa tête dans un drap. Autour des barques qu'on a mises, Montera l'eau de la Tamise Et chanteront les vagues bleues, Crachant des anges comme il pleut, Des faux, des fourches et des pieux. C'est pour le jugement de Dieu Et chanteront les vagues bleues, Crachant des anges comme il pleut Des faux, des fourches et des pieux. C'est pour le jugement de Dieu Et chanteront les vagues bleues, Crachant des anges comme il pleut Des faux, des fourches et des pieux. C'est pour le jugement de Dieu. Jésus Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Tu m'as bien compris, Jésus. La connaissance et l'amour. Tu m'as bien compris, Jésus. La connaissance et l'amour. Tes disciples, je les ai vus. Y'en a qui courent toujours. Les mêmes cheveux que Jésus, Le même habit de velours, lourd, lourd, lourd. Tu m'as bien compris de travers, de travers. Avec tes amis, Vide ton verre, Vide ton verre. Tout's celles et tous ceux qui n'ont pas eu La connaissance et l'amour, Tu les entendras crier, Jésus. Serais-tu devenu sourd, sourd, sourd ? Tu m'as bien compris, Jésus. La connaissance et l'amour. T'étais bien d'accord, Jésus. T'as pas fait grand chose pour, pour, pour. Tu m'as bien compris de travers, de travers. Avec tes amis, Vide ton verre, Vide ton verre. Tu m'as bien compris, Jésus. Ça peut pas durer toujours. Laisse-toi tomber des nues. Vide tes poches et cours, cours, cours, cours. Tes disciples, je les ai vus. Y'en a qu'appellent au s'cours Avec la main tendue, Jésus. T'as pas l' temps d' leur faire un discours. Tu m'as bien compris de travers, de travers. Avec tes amis, Vide ton verre, Vide ton verre. Tu comprends tout de travers, de travers, Tu comprends tout de travers, de travers, Jésus. L'arc-en-ciel Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Au-dessus d'un précipice, Une petite fille Regarde les nuages Où le vent brille. Elle a quitté Sa famille. Elle a les yeux Qui brillent. Le vent semble amoureux De ses cheveux. Elle est debout dans le soleil, Dans la pluie dans le vent sans pareil. Elle attend depuis si longtemps de voir un arc-en-ciel, Un arc-en-ciel. Au milieu d'un champ de blé, Une petit fille Ramasse les épis qui sont coupés. Elle s'amuse à jeter dans le vent Des brindilles Qui volent comme un oiseau blessé. Elle est debout dans le soleil, Dans la pluie dans le vent sans pareil. Elle attend depuis si longtemps de voir un arc-en-ciel, Un arc-en-ciel. Il est tombé tant de pluie Qu'elle n'a pas compris Qu'au fond de l'eau Brillait le soleil. Elle est tombée dans le puits Et l'on trouve depuis Quelques cheveux blonds Sur la margelle. Elle est là-haut, Dans le ciel, Dans la pluie dans le vent Sans pareil. Elle attend depuis si longtemps Un arc-en-ciel. Et l'on m'a dit Que Dieu l'aimait bien, Et l'on m'a dit Qu'Il ne lui refusait rien, Et l'on m'a dit Que Dieu l'aimait bien, Et l'on m'a dit Qu'Il ne lui refusait rien, Et l'on m'a dit Que Dieu l'aimait bien... L'enfant qui vole Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 J'ai suivi l'enfant qui vole Au-dessus de la sciure. Pour elle, pas d'école, Pas de chaussures. Quand les feuilles tombent, Le cheval s'arrête Et le nain, triste, Allume le bord de la piste. J'ai suivi l'enfant qui vole, Qui cambre les reins, Debout dans la camisole, Le maillot de satin. Quand le matin vient, Qu'elle quitte la piste, Que le nain, triste, L'emmène. J'ai suivi l'enfant qui glisse Au-dessus des visages, Rêvé de son ventre lisse Comme un coquillage, Quand le matin vient Qu'elle quitte la piste Que le nain, triste, L'emmène. L'épée de lumière Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 Chanson pour mon manteau, Ce que je porte sur le dos, Ce qui me fait rêver, Sans quoi je ne suis rien. Chanson pour mon manteau. Sa vie, c'est pas un cadeau. Dans les couloirs de métal, La porte grande ouverte sur le pont de cristal Et je porte avec moi, sur le côté droit, le crayon, L'épée de lumière est pointée devant moi, le canon Et je porte avec moi... le crayon, L'épée de lumière... le canon Qui sert aux hommes, Qui sert aux hommes. Chanson pour mon manteau, Ce que je porte sur le dos, Comme un tank, la tête dans les épaules. Chanson pour mon manteau. Sa vie c'est pas toujours drôle Dans les couloirs de métal. Aveugle et sourd quand la voix vous parle Et je porte avec moi, sur le côté droit, le crayon, L'épée de lumière est pointée devant moi, le canon Et je porte avec moi... le crayon, L'épée de lumière... le canon Qui sert aux hommes, Qui sert aux hommes, Qui sert aux hommes, Qui sert aux hommes. L'oiseau de paradis Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 S'il chante, c'est qu'il est deux, C'est qu'il est heureux Dans son monde à lui. Il me l'a dit, L'oiseau de paradis. Si tu vas chez lui, Tu verras qu'il parle peu Mais demande lui Qu'il chante mieux. {Refrain:} L'oiseau de paradis Chante toute la nuit Dans sa cage à demi Emplie d'eau de vie. L'oiseau de paradis Chante toute la nuit, Fermant sa porte au bruit Du monde qui l'ennuie. S'il chante, c'est qu'il est deux, C'est qu'il est heureux Dans son monde à lui. Laisse le lui. Ne mets pas de l'hui- -le sur le feu, Sur son toit de tuiles, Son carré de ciel bleu Mais demande lui Qu'il chante mieux. {Refrain, ad libitum} L'une et l'autre Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 L'une était belle Comme une perle. L'autre était pâle Comme une opale. Chevelure de lune, Chevelure brune, De la seconde, Chevelure blonde. Est-ce une idée Ou bien une réalité ? Tout me revient en mémoire. Ce soir plus que jamais, J'aimerais les revoir. L'une est la vierge, Cire d'un cierge, L'autre une ivoire En robe noire. L'une s'avance D'un pas de danse. Mains sur les hanches, L'autre se penche. Est-ce une idée Ou bien une réalité ? Tout me revient en mémoire. Ce soir plus que jamais, J'aimerais les revoir. Tout me revient en mémoire. Ce soir plus que jamais, J'aimerais les revoir. Tout me revient en mémoire. Ce soir plus que jamais, J'aimerais les revoir... La ballade des équinodermes Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 C'est la fin de ce monde-ci Et de sa chair en dent de scie, Tout est profondément perdu. Sait-on ce que l'on a connu ? Des singes ou des équinodermes De cette faim sous notre derme De cet épilogue frileux, Plus misérable que galeux. Que sait-on de ce monde-ci ? De quoi peut-il être transi, Sinon de notre opposition A ce qui naît et nous contraint ? Voici que continue le train Où notre place était acquise Et c'est ainsi que va l'effroi Entre les banquettes exquises Et les reliefs d'un buffet froid Sur une table qui s'enlise. Que va-t-il arriver Si notre faim va à l'encontre De ce qui demeure et qui contre Et du bijou et de l'écrin Magnifique enfant de là-bas Qui fut simulacre et combat ? Que peux-tu provoquer de plus Que le chaos, que le trépas, La mortitude et le méplat ? C'est la fin de ce monde-ci Et de sa chair en dent de scie Tout est profondément perdu. Sait-on ce que l'on a connu ? Des singes ou des équinodermes, De cet enfant sous notre derme, A qui l'on a touché la joue Plus misérable que frileux, Plus molécule que galeux ? Nous sommes des équinodermes A la muqueuse qui se ferme Sur un fond de monde perdu Et nous nous battrons à mains nues. Nous sommes des équinodermes Dont la carapace renferme Un vin, venin douloureux Et nous nous battrons d'autant mieux. C'est la fin de ce monde-ci. On s'en ira en Italie Où doit bien être notre lit, Quelque part sous un pin marin, Quelque part sous le romarin. Le marbre est confident du monde Et ce jour-là, sur notre tombe, Un oiseau des plus audacieux Mangera la chair de nos yeux, Mangera la chair de nos yeux. La dernière symphonie Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Rachitique dans le caveau atomique, Il écrit sur du papier à musique Sa dernière symphonie. La musique, Goutte à goutte, Magnifique, S'écoule du ventre De la basilique, La dernière symphonie. Seul, dit-il, J'écris ma symphonie Car je sais que Au loin le désert, Plus rien sur la terre, Des larmes de pierre, Le monde à l'envers. On cherche dans la terre. La nourriture est familière Et l'on sait que Au loin le désert, Le monde à l'envers, Plus rien sur la terre, Des larmes de pierre. La tête la première, On entre dans la fourmilière Car on sait que Là-haut sur la terre, Au loin, le désert, Des larmes de pierre, Le monde à l'envers. Je cris, dit-il, j'écris Les derniers instants de ma vie Car je sais que Là-haut sur la terre, Au loin, le désert Des larmes de pierre, Le monde à l'envers, Le monde à l'envers, Le monde à l'envers... La femme-fusée Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Elle est là Devant la voiture. Elle est debout Grandeur nature. On monte le long de son dos. Elle est habillée très comme il faut. On se presse autour. On attend son tour. On voudrait la prendre dans ses bras. Qui essayera Se brûlera. C'est une femme Tout feu tout flammes. C'est la femme-fusée Qui vient de se poser. Elle a franchi le fossé Qui le séparait de la terre. Elle a peut-être posé Pour un photographe de Jupiter. C'est la femme-fusée Qui vient de s'envoler. Elle est là Devant la voiture Et tout autour Ça sent la friture. On voit la fumée s'envoler De ses narines dilatées. C'est la femme-fusée Qui fait l'amour Avec un de ses passagers. Elle a des tuyères en acier. De longues flammes rouges S'en échappent Et le mazout coule De son ventre par nappes. C'est la femme-fusée Qui vient de s'envoler. Elle a franchi le fossé Qui le séparait de la terre. Elle a peut-être posé Pour un photographe de Jupiter. Mais c'est la femme-fusée Qui vient de se refuser. Elle emmène son nouveau-né A la voie lactée. Elle a disparu dans le ciel Et tous ses admirateurs sont en éveil Pour la voir revenir Dans les siècles à venir, Pour la voir revenir Dans les siècles à venir, Pour la voir revenir Dans les siècles à venir, Pour la voir revenir Dans les siècles à venir, Pour la voir revenir Dans les siècles à venir... La liberté Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Quand tout l' monde aura choisi la liberté, On aura plus besoin de papiers Pour faire signer les gens, les idées, Les hommes et les femmes entre eux, Les hommes jeunes, les hommes vieux, Les éternels miséreux, Les malheureux. Quand tout le monde aura choisi la liberté, Quand tous les autres se seront écartés... écartés, Quand tout l' monde aura choisi la liberté, Quand tu seras toi du bon côté, N' sois plus jamais debout le dernier. Les hommes et les femmes non plus, Les hommes riches et ceux qui n'ont plus rien, Les éternels miséreux, Les malheureux. Quand tout le monde aura choisi la liberté, Quand tout le reste sera écarté... écarté, Quand tout le monde aura choisi la liberté, La liberté, La liberté. La mer n'a pas cessé de descendre Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 La mer n'a pas cessé de descendre. Après le goût du sel, goût de cendre. La mer n'a pas cessé de descendre. Après le feu de joie, c'est la cendre Et le vent n'a pas cessé de gémir, La pluie de tomber, le bois de pourrir. Non le vent n'a pas cessé de gémir Au lieu de se taire, de s'endormir. Alors le mal n'a pas cessé de grandir, La pluie de chanter, le ciel de rire. J'avais ton cur à portée de la main, Toujours le même par le même chemin Et ton visage sur l'horizon, Toujours le même à vouloir avoir raison, Oui le même à vouloir avoir raison. La mer n'a pas cessé de descendre, Les yeux de pleurer, les bras de se tendre. La mer n'a pas cessé de descendre. Il faut de l'eau pour éteindre la cendre Et le vent n'a pas cessé de gémir Dans la gorge de celui qui va mourir. Non, le vent n'a pas cessé de gémir. Y a plus rien dans le filet que tu tires. Alors le mal n'a pas cessé de grandir, Le jour de tomber, le ciel de noircir. Maint'nant y a trop d'eau, on ne peut plus revenir. La mer me pousse, la mer me tire. Oui, y a trop d'eau entre nous. L'eau des larmes du collier de ton cou, L'eau des larmes du collier de ton cou, L'eau des larmes du collier de ton cou. La mer n'a pas cessé de descendre. Après le goût du sel, goût de cendre. Elle est si loin qu'on ne peut plus l'entendre Et je commence aujourd'hui à comprendre. Elle est si loin qu'on ne peut plus l'atteindre Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre, Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre. La mer rouge Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 Si tu t' retournes dans ta tombe, T'entends la monnaie qui tombe. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Où tu pêchais les perles de nacre On trouve des vieux clopes, Des pneus Dunlop. Y'en a qui font la Mer Rouge en stop. Au fond des volcans, plus de lave. Au fond des barques, plus d'esclaves. Où tu pêchais les perles roses Du soir au matin, y a les jets qui s' posent Au milieu des massifs qu'on arrose. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Au fond de l'eau, y a plus rien qui bouge. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Où sont les secrets de la Mer Rouge ? Où sont les secrets de la Mer Rouge ? Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Où tu pêchais les perles rares, Des ploucs installent Leur planche à voile Pour faire un pique-nique sous les étoiles. Moi-même, un jour, j'ai voulu Tout vérifier, j'ai tout vu, J'ai tout lu, Parcouru L'étendue. J'ai rien reconnu. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Où tu pêchais les perles de nacre, Juste à la même place Y a un palace On t' sert ton whisky sur de la glace. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Au fond de l'eau, y a plus rien qui bouge. Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred, Mon pauvre Henri, mon Fred, Où sont les secrets de la Mer Rouge ? Où sont les secrets de la Mer Rouge ? Si tu t' retournes dans ta tombe, T'entends la monnaie qui tombe. La mort d'Orion Paroles et Musique: Gérard Manset 1970 Où l'horizon prend fin, Où l'il de l'homme jamais n'apaisera sa fin, Au seuil enfin de l'univers, Sur cet autre revers, Trouant le ciel de nuit D'encre et d'ennui Profond, Se font et se défont les astres. Par delà les grands univers Où les colonies de la terre Prolifèrent Et dans la grande nébuleuse noire Dont, voici dix mille ans, fut l'histoire. Depuis qu'ils cheminaient par dix et cent de milles Pour délaisser la terre et ses anciennes villes, Depuis qu'ils voulaient voir Ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire, Depuis donc et déjà tant de siècles passés Qu'ils avaient délaissé La terre, Ce peuple solitaire S'éprit de ses vestiges Et voulu en revoir la tige. Or, pendant que coulaient Tous ces millions d'années Sur la planète mère, Les survivants damnés Redoraient le parvis De leur vie, Cependant que croulait interminablement Un bruit de poussière et de vent Et que s'affaissait le béton Que coulait le peuple d'Orion. On a vu bien d'autres étoiles depuis, Allumées comme au fond d'un puits. Sur Orion que la mort attend, Un prêtre fait asseoir les hommes à genoux Et le peuple incompris Prie. Orion ne reverra plus jamais le pays Et la lune, sa sur, aura bien loin d'ici Des ailes. Les cieux comme un taudis, Privés de leur dentelles Baissent les yeux Au milieu des cerisiers blancs, Sur son cheval, Le prêtre a des ciseaux d'argent. Il a les mains couvertes de papier doré Et le devant de son visage est décollé. Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés Et leurs cheveux comme des tresses Qui cachent le soleil, Les fleurs sont comme des oreilles, décollées. Nous, Même si nos membranes fragiles Nous rendent un peu moins agiles Ensemble, S'il faut venger nos morts, S'il faut souffrir encore, Nous incinèrerons leurs corps Si on veut de nous encore, encore, Si on veut de nous encore, encore. Et l'autel est dressé Sur ses deux mains, sur ses bras blessés, Regardant vers le nord, Les mains tendues comme une plante carnivore. Et du plus loin que l'on entende les rires Déjà morts au sortir de leur bouche de cire, Il faut les laisser faire. Ce ne sont que des mammifères Dans ce monde de prose Où rien ne tient quand on le pose. Nous, Même si nos yeux sont trop clairs, Nous retournerons sur la terre Ensemble. Nous franchirons les mers De notre planisphère, Reprendrons nos mines de fer Si on nous laisse faire, Si on nous laisse faire. Nous, Même si nos membranes fragiles Nous rendent un peu moins agiles Ensemble, S'il faut venger nos morts, S'il faut souffrir encore, Nous incinèrerons leurs corps Si on veut de nous encore, Si on veut de nous encore. Orion, Sentant sa fin venir, Dressa ses habitants contre leurs souvenirs, Contre leurs souvenirs. Depuis longtemps, Depuis longtemps Riche de tout, Ce peuple parasite Auquel nous rendions visite Souvent fit notre faillite. D'où il les avait mis sur le sol d'Orion, Il pointa ses canons la tête la première Vers l'horizon puis vers la terre. Par delà les plus hauts monts, Au milieu des goémons, Vit Salomon, Pareil aux preux chevaliers teutoniques, Comme les lépreux sataniques, Et dont la descendance princière et millénaire, Pour toujours, un jour quitta la terre. C'est au creux d'une lagune Dont il cheminait les dunes Qu'un soir de lune, Descendant du ciel en spirales, Tombèrent les anges des étoiles. Tenant à peine debout, Ensevelis par la boue, Le sable mou, Leur semblant comme autant de serpents, Ils détruisirent tout en un instant. Depuis longtemps, Depuis longtemps Riche de tout Comme un coquillage Dont la coquille est sans âge, Salomon ignorait d'autres rivages. Par delà les plus hauts monts, Au milieu des goémons, Vivait Salomon, Pareil aux preux chevaliers teutoniques Comme les lépreux sataniques, Et dont le descendance princière et millénaire Pour couvrir son corps creusa la terre. Les fossoyeuses marines Trouveront dans sa poitrine Tant de vermines Qui malgré les prêtres d'Orion, Se nourrissant de lui, revivront. Depuis longtemps, Depuis longtemps Jaloux de tout, Debout dans leurs caravelles, Ce peuple aux formes nouvelles Fit tomber nos citadelles D'un coup d'aile. Orion ne reverra plus jamais le pays Et la lune, sa sur, aura, bien loin d'ici, Des ailes. Orion n'aura jamais s'il faut, pleuré, grandi, Quoiqu'aura bien vécu du moins à ce qu'on dit Sans elle. Les cieux comme un taudis Privés de leurs dentelles Baissent les yeux. Nous, Par le droit que nous donne notre âge Réduisons nos fils à l'esclavage, Ensemble. Si demain chacun d'eux nous ressemble, Il faudra faire en sorte Qu'aucun d'eux ne ressorte Du monde dont nous fermons les portes. Que la légende d'Orion Soit morte. La neige est blanche Paroles et Musique: Gérard Manset A force de se regarder, Ne pas comprendre, ne pas s'aimer, Vraiment, le temps nous est compté, Vraiment, le temps nous est compté. Alors, puisque le mal est fait Que le trou grandit, le lit défait, Chacun se regarde, chacun se tait, Chacun se regarde, chacun se tait. {Refrain:} C'est un homme dont le corps se penche. Comme un arbre mort, il tend les branches Mais le froid est là, la neige est blanche, Mais le froid est là, la neige est blanche, La neige est blanche. Il s'en va demain, continue sa route. Tout le long de son chemin, chaque pas lui coûte Pour se détacher de toi, coûte que coûte, Pour se détacher de toi, coûte que coûte. {au Refrain} Toi qui t'en va pour ce pays là Où tu dis que les gens sont beaux, Que veux-tu de plus que tu n'aie pas, Que veux-tu de plus que tu n'aie pas ? {au Refrain} La pie noire Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Cueille les fruits de ton verger. Laisse la pie noire s'envoler. Amène l'eau, amène-les Sur une chaise et mange-les. Cueille les fleurs de ton quartier. Laisse les couloirs, les fumées. Qu'arrive-t-il au monde entier Depuis ce matin ? Un homme au visage allongé, Dans une ville, découragé. Parle l'homme sans bouger, Laisse l'habit noir à ses pieds. Chaud le soleil et chaud l'été Sous une tonnelle ombragée, Qu'arrive-t-il au monde entier Depuis ce matin ? Vis dans la campagne, oublié. Cueille les fruits de ton verger Et quand la neige aura neigé, Laisse la pie noire s'envoler. Qu'arrive-t-il au monde entier Depuis ce matin ? La route de terre Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 Quand tu descendras de ta maison Faite de bois, de terre ou de joncs Au bout du monde Au pays de lumière, Ferme les yeux, pense à la chanson Qu'il te chantait, y a pas de raison Au bout du monde Dans le vent, la poussière. Sur cette route de terre Qui fait le tour de la terre, Sur cette route ou y a jamais d'hiver, C'est par là qu'il reviendra Prendra l'enfant dans ses bras, Prendra l'enfant dans ses bras. Quand tu descendras de ta maison, Vois le soleil monter sur l'horizon, Eclairer le monde Dans le vent, la poussière. Compte les jours, compte les saisons, Il reviendra, y a pas de raison, Du bout du monde, Debout dans la lumière. Sur cette route de terre Qui fait le tour de la terre, Sur cette route ou y a jamais d'hiver, C'est par là qu'il reviendra Prendra l'enfant dans ses bras, Prendra l'enfant dans ses bras. La terre endormie Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Sans que l'on sache vraiment Ni pourquoi ni comment Nos pas nous ramènent Sur le chemin qui mène A la terre endormie, Son marbre abîmé, Son arbre endolori, Sa branche brûlée A la terre endormie. Dans quel monde étais-je Pour me croire certain, Qu'il vente ou qu'il neige, Qu'on ait froid, qu'on ait faim, Que la vie serait telle Qu'elle fût une fois Ou sembla-t-elle Le restera Que la vie serait telle ? Mais la ville est éteinte. Le parc est glacé Comme l'est ton étreinte, Ton bras délacé. Il reste à marcher Sur la terre endormie, Mille fois retrouvée, Retroussée, Mille fois salie, Trahie, Sur la terre endormie. Et le reste est écrit D'une encre impénétrable, Faite d'iniquité Comme d'inéluctable. Dans le parc glacé, Ton pas s'impatiente Ou s'est impatienté, Puisque tout te hante Sur la terre endormie. Dans quel monde suis-je Pour me croire épargné Quand tout n'est que voltige, N'est que subterfuge ? Dans quel monde fus-je Dont on m'a tiré ? Quel orbe étoilé, Mille fois assailli, Et mille fois souillé, Mille fois souillé ? La toile du maître Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 La toile du maître Mesure deux mètres Cinquante centimètres. La toile du maître Ne convient peut-être Qu'à celui qui l'a faite. Des mains de toutes les couleurs, Des fleurs étranges Qui changent de visage Qui changent de paysage. On dirait qu'il a voulu Représenter le ciel De son lit. On dirait qu'il a laissé Tomber des ailes Sur ta vie. Puisqu'il a voulu faire Le monde à son idée, Les yeux fermés Le plus simple est encore De ne rien lui donner Mais de lui pardonner, Oui, de lui pardonner, Lui pardonner, Oui, de lui pardonner. La toile du maître Mesure deux mètres Cinquante centimètres. La toile de maître A comme diamètre Six mille kilomètres. Des mains de toutes les couleurs, Des fleurs étranges Qui changent de visage Qui changent de paysage. Peut-être que son uvre Serait refusée Dans les musées Mais il faut que chacun Puisse s'y amuser. Puisqu'il nous a dépeint ce monde, Qu'il a peint chaque matin, Le plus simple est encore De s'y abandonner Et de lui pardonner, Oui, de lui pardonner, Lui pardonner, Oui, de lui pardonner. Des mains de toutes les couleurs, Des fleurs étranges Qui changent de visage, Qui changent de paysage. La vallée de la paix Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Face aux grandes étendues, Il a marché longtemps. Il a peut-être connu Ton masque éclatant, Soleils et firmaments Qui forcent le respect, Spectre revenant De la vallée de la paix, De la vallée du doute. Il a marché tête nue, Continué la route Face aux grandes étendues Où le pire est à craindre. Le meilleur derrière soi Dans le jour qui va poindre Sur la vallée de la soie, Tipies en Totems Masques éclatants Dans la vallée de la paix Où le doigt de l'ombre s'étend. Il a marché quand même, Il a marché longtemps Quand les crépuscules reviennent. Il sait ce qui l'attend Dans la vallée de la paix. Cavaliers s'avancent, Nuages... Désespoir de tout ce que l'on sait, Laissez venir, laissez passer Ceux dont l'amour s'est renversé Vallée... N'importe quel taudis Où la plante a pu prendre, Le fruit a mûri, La racine s'étendre, Cratères en volcans, Il a payé son dû. Sable sous les paupières, Cimes descendues, Face aux grandes étendues De la misère humaine, Tous les muscles tendus Et le tympan qui saigne, Dans la douleur qu'il fait sienne, Il a quand même obtenu Des astres qui nous mènent Que la vallée soit nue Dans la vallée de la paix. Cavaliers s'avancent. Laissez venir, laissez passer Ceux dont l'amour s'est renversé. Vallée... N'importe quel taudis Où la plante a pu prendre, Le fruit a mûri, La racine s'étendre Dans la vallée de la paix. Les chevaux s'embrassent Où l'herbe ne meure jamais Quand les cavaliers passent Dans la vallée de la paix. Les chevaux s'embrassent Où l'herbe ne meure jamais Quand les cavaliers passent Où les chevaux... Où les chevaux... Où les chevaux s'embrassent, Où les chevaux s'embrassent, Où les chevaux... Où les chevaux... Le jour où tu voudras partir Paroles et Musique: Gérard Manset 1979 Il n'y aura plus de trains dans les gares Le jour où tu voudras partir. Au milieu d'enfants endormis Dans les jardins, dans les lits, Il n'y aura plus d'avions dans les airs. La ville sera comme un désert. Rien que des enfants enlacés Pour t'empêcher de passer. Il n'y aura plus de fleurs sur les tables. L'enfant posera son cartable, La tête dans les mains pour pleurer. Il t'entendra t'éloigner. En attendant que les incendies et le bruit de ville s'éteignent, Tu mettras de l'eau sur le front de ceux que tu aimes et qui saignent Au milieu d'enfants inconnus Et de loups de chiens perdus. Il faudra bien qu'un jour, tu te souviennes De cette ville qui fut la tienne Avec ses enfants endormis Sur le marbre des fontaines. En attendant que les incendies et le bruit de ville s'éteignent, Tu mettras de l'eau sur le front de ceux que tu aimes et qui saignent Au milieu d'enfants inconnus Et d'oiseaux tombés du nid. Le lieu désiré Paroles et Musique: Gérard Manset 1991 Le menton creusé, La barbe de deux jours, Sur le lieu désiré Il reviendra toujours. Ainsi les choses passent Et les quartiers se vident Et lui revient, livide Et la chemise ouverte Dans l'allée déserte, Et la chemise ouverte, dans l'allée déserte. Mais c'est sûr, le vent soufflera toujours Pour effacer les traces, laver les blessures Et, quelles que soient les marques et les brûlures, Cadenasser les portes et les serrures. Le menton creusé, La barbe de deux jours, Vous le verrez passer Sur le banc glacé, Venir se placer, Attendre. Le jour Vagabond va Finir par s'arrêter, Se poser là-bas, Comme une chienne met bas, Innombrable portée De son rêve ici-bas, Mais c'est sûr, le vent soufflera toujours Comme un masque de fer dans un gant de velours, Comme un masque de fer Dans un gant... Le masque sur le mur Paroles et Musique: Gérard Manset 1980 Il a tout vendu, tout donné Dans la maison abandonnée. On entend ses pas résonner Y a plus qu'une ampoule allumée Et y a le masque sur le mur Qui fait froid dans l'dos, Qui fait froid dans l'dos. Et y a le masque sur le mur Qui dit jamais un mot, Qui dit jamais un mot, Non, qui dit jamais un mot, Qui dit jamais un mot. Quand il est parti, là-bas, Il s'avait pas, savait pas Qu'on en revient pas, On en revient pas... Il a tout vendu, tout donné, L'a juste gardé que son collier Qui vient des Indes, La dernière page de son cahier, Tu peux pas lire, tout est rayé, Tu peux pas lire. Et y a le masque sur le mur Qui fait froid dans l'dos, Qui fait froid dans l'dos. Et y a le masque sur le mur Qui dit jamais un mot, Qui dit jamais un mot, Non, qui dit jamais un mot, Qui dit jamais un mot. Il a tout donné, tout vendu. Y a qu'une photo qui reste pendue Avec des femmes, des enfants nus. C'est là-bas qu'ils se sont connus, C'est là-bas qu'ils se sont... Et y a le masque sur le mur... Qui dira jamais un mot, Qui dira jamais un mot... Le moment d'être heureux Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Quand on est malheureux, Quand il faut fermer les yeux, On sait bien qu'un jour, tout changera, On sait bien qu'un jour, il reviendra, Le moment d'être heureux, Le moment d'être enfin deux, Le moment d'être enfin heureux, Le moment d'être heureux. Quand on est malheureux, On se tait ou on parle peu. On sait bien qu'un jour, tout changera, On sait bien qu'un jour, il reviendra, Le moment d'être heureux, Le moment d'être enfin deux, Le moment d'être enfin heureux, Le moment d'être heureux. On sait bien qu'un jour, il reviendra, Le moment d'être heureux, Le moment d'être enfin deux, Le moment d'être enfin heureux, Le moment d'être heureux. Quand on est tous les deux, On se regarde dans les yeux. On sait bien qu'un jour, on sera vieux Et qu'il reviendra pour tous les deux, Le moment d'être heureux, Le moment d'être enfin deux, Le moment d'être enfin heureux, Le moment d'être heureux. Le paradis terrestre Paroles et Musique: Gérard Manset 1970 Hier, en traversant la rue, Je me suis reconnu Tête nue, Méconnu. J'ai changé de trottoir avec dix ans de plus. Je me suis rattrapé Quelques instants plus tard. C'est bizarre. Je suis passé devant moi sans me voir. Le paradis terrestre, Voyez ce qu'il en reste. C'est une terre aride. Les yeux perdus au fond des rides, C'est un chemin plus difficile qu'on ne croit, C'est un chemin de croix. Je me suis rattrapé ce soir-là dans une impasse Où l'on passe Tête basse. Je me suis retourné pour bien me voir en face. Je me suis pris la gorge. J'ai serré, J'ai serré. J'essaierai D'être meilleur ou pire à l'avenir, Mais qui sait ce qu'il va devenir... Le paradis terrestre, Voyez ce qu'il en reste. C'est une terre aride. Les yeux perdus au fond des rides, C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie, C'est un chemin de croix. Hier, en traversant la rue, Je me suis souvenu D'avoir vu Tête nue, Quelqu'un qui ne me semblait pas inconnu. Je ne me suis revu qu'une fois l'année dernière. J'avais l'air D'être en l'air, A quelques centimètres au-dessus de la terre. C'est une terre aride, Les yeux perdus au fond des rides. C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie, C'est un chemin de croix. C'est une terre aride, Les yeux perdus au fond des rides. C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie, C'est un chemin de croix. Le pont Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Aujourd'hui ou demain, On a tous rendez-vous avec le destin Et quand il te tient, Il n'a pas dit son dernier mot. Il vole vite, vole vite, dans ton dos, Ton dos. Et je me souviens que, quand on s'est connu, J'avais le cur vide, je ne l'ai plus Et quand je passe Le pont, Je me dis : "Tiens bon." Et je parle peu, personne ne sait ou je vis. Y a que mon ombre qui me suit Et quand je passe Le pont, Elle me dit : "Tiens bon." Au-dessous, c'est le vide, Au-dessous, c'est le vide Et t'as besoin de vivre encore, Et t'as besoin de vivre encore Et pas un jour, loin d'elle ou loin d'ici, Sans être encore à sa merci, Et tout est ainsi, Pas moyen de se défendre, Sans voir le pont, le pont se fendre, Pont se fendre, Se fendre... Mais moi, je sais bien Qu'hier, aujourd'hui ou demain, Et sur la tête, sur les mains, Si je passe Le pont, Elle me dira : "Tiens bon." Et je tiens bon, Ah oui, je tiens bon Et je tiens... bon Alors je tiens, Oui je tiens. Les enfants des tours Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 Il faudra bien qu'on pense un jour Aux enfants qui poussent dans les tours, Sur les trottoirs, sous les néons Ceux qu'on ramasse dans les cartons. Où sont les vastes terrains vagues, Tout est silence. Les murs de briques, les tas de sable De mon enfance. Les enfants nus, visage de charbon Suivant les sentiers dans la grisaille De nos maisons de France. J'y pense maintenant, Puisque ça n'a plus cours, Que seuls les chiens restent Au fond des cours Et que les écoliers, Pareil aux écolières, On leur met le collier. Il faudra bien qu'on pense un jour Aux enfants qui poussent dans les tours, Sur les trottoirs, sous les néons, Ceux qu'on ramasse dans les cartons. Où sont les vastes terrains vagues, Tout est silence. Les murs de briques, les tas de sable De mon enfance. Les enfants nus, visage de charbon Suivant les sentiers dans la grisaille De nos maisons de France. J'y pense maintenant, Puisque ça n'a plus cours, Plus d'importance, Qu'on est devenu sourd Et que les écoliers, Pareil aux écolières, On leur met le collier. Les enfants nus, visage de charbon Suivant les sentiers dans la grisaille De nos maisons de France. J'y pense maintenant, Puisque ça n'a plus cours, Plus d'importance, Qu'on est devenu sourd Et que les écoliers, Pareil aux écolières, N'ont plus la moindre chance Que l'on avait hier Et que les écoliers, Pareil aux écolières, N'ont plus la moindre chance... Les îles de la Sonde Paroles et Musique: Gérard Manset 1980 T'as pas vu les îles de la Sonde, Les poissons volants qui retombent Sur le fond de la barque ronde, T'as pas vu les îles de la Sonde. T'as pas vu les îles de la Sonde, Les femmes au sourire de Joconde Comme au premier matin du monde. T'as pas vu les îles de la Sonde. Mais tu peux partir quand même. Y a des poissons qui t'emmènent. Poissons d'argent, Poissons volants, Poissons de feu, Poissons de glace, Poissons aux ongles qui cassent. T'as pas vu les îles de la Sonde. Elles t'attendent à l'autre bout du monde. Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre, Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre. Mais tu peux partir quand même. Y a des poissons qui t'emmènent, Poissons d'argent, Poissons volants, Poissons qui plongent, Poissons qui nagent, Poissons venus du fond des âges, Poissons aux longues chevelures, Dauphins bleus sur fond d'azur. Les vases bleues Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 A force de penser aux autres, On a les dents serrées, la tête haute. Cartes, billes et crayons sont centre du monde. On s'en sert en serrant son poing comme une bombe. On marche de travers comme un crabe Et la mer descend. Adieu les vases bleues, les pas traînants, Sables mouvants, sables heureux, Sables de vent de vases bleues. Comme un casque on s'endort avec sa chevelure, Une chemise au corps, au cur une blessure, Prisonniers aux pieds pris dans le courant qui passe, Une valise pleine ou vide à marée basse On marche de travers comme un crabe Et la mer descend. Adieu les vases bleues, les pas traînants, Sables mouvants, sables heureux, Sables de vent de vases bleues. On marche de travers comme un crabe Et la mer descend. Adieu les vases bleues, les pas traînants, Sables mouvants, sables heureux, Sables de vent de vases bleues. Hommes, bêtes et femmes sont en guerre Et la mer descend. Vies perdues dans les vagues de fer Et la mer descend. On oublie de vider son verre Et la mer descend. On marche de travers comme un crabe Et la mer descend. On marche de travers comme un crabe Et la mer descend. Adieu les vases bleues, les pas traînants, Sables mouvants, sables heureux, Sables de vent de vases bleues, Sables de vent de vases bleues. Long long chemin Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 {Churs:} Rien n'égale Un ciel sans une étoile Où rien ne changera Où tu t'endormiras. Si tu veux trouver celui que tu aimes, C'est un long long problème Et tous les matins sont les mêmes, Qu'ils soient de plumes ou de paille Ou de tessons de bouteilles, Qu'ils soient d'ombre ou qu'ils soient de soleil, Si tu veux trouver l'autre demain, C'est un long long chemin. Où que tu ailles, Il y aura de l'eau, de la paille, Il y aura de l'eau, de la paille Et de l'herbe tendre au creux des reins Sur ton chemin. Il y aura de l'eau, du soleil, Il y aura de l'eau, du soleil. Aucun jour, aucune nuit ne seront pareils Mais, c'est un long long chemin. C'est comme une épine au creux de ta main. C'est un long long chemin, C'est un long long long long long long long long long long long chemin Car trouver celui qu'on aime, C'est un long long problème. C'est un long long long long long long long long long long long problème. C'est un long long long Long long long {x3} Où que tu ailles, Il y aura de l'eau, de la paille, Il y aura de l'eau, de la paille Et de l'herbe tendre au creux des reins. Tout au long du chemin, Le long long long Long long long {x3} Long Alors, quand ce sera lui, Court au devant de lui. Tu seras comme dans ses bras Libre, près de son cur ouvert. Lumières Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Mais où sont passées les lumières Qui nous guidaient ? Peut-être étions-nous trop fiers Pour baisser la tête. Le monde a tourné sans nous, Sans nous attendre. Les ténèbres sont partout Couvertes de cendres. Mais souviens-toi Que l'on s'aimait quand même. Nous étions si jeunes, si fiers Et, comment le dire, Nous avons perdu la lumière, L'étoile qui caressait nos paupières. Tout m'est égal. Et quand même On se souvient, On se rappelle De quelque chose Qu'on pose près du lit, D'une lumière Qui brillait la nuit. Mais où sont passées les lumières Qui nous guidaient ? Devenus statues de pierre, Qu'avons nous fait ? Les instants, comme des clous de fer Qu'on enfonce Et rien que le bruit de la mer Pour seule réponse. Souviens-toi, c'était hier, Mais aujourd'hui, Le lion secoue sa crinière. Peur de la nuit, Gratte le fond de la rivière Où il venait boire. Nous avons perdu la lumière. Nous sommes dans le noir. Mais où sont passées les lumières Qui nous guidaient ? Le lion secoue sa crinière A chaque coup de fouet Derrière les barreaux de fer, Sans illusion. Derrière les barreaux de fer, De sa prison. Manteau rouge Paroles et Musique: Gérard Manset 1987 Puisqu'on m'a demandé de tenir son bras Et de voir l'aiguille s'enfoncer, On n'a pas toujours de la chance On se penche, on tombe, on avance. On enfile le manteau rouge, et les arbres bougent et le ciel va tomber. On sait pas demain, quel jour, quelle heure, ça va s'arrêter. On se cache, on rampe, on avale, on se donne du mal à tenir debout. On regarde en face, et le danger passe, alors y a qu'a tendre le cou. De l'autre côté de la frontière, Où les bananiers sont tombés, On trouve des casques et des civières, Les jeeps des brancardiers. On est tous pareils, on n'a rien d'autre à faire Que d'écrire sur un bout d'papier La vie qu'on mène à l'autre bout d'la terre Pendant qu'on voit les bombes tomber Mais, de l'autre côté de le riviêre, T'as des hommes qui mangent des chiens, Des femmes qu'ont peur de la lumière, Qu'ont plus de lait dans les seins. On s'dépêche, on arrive et on passe devant. Y a p'être quelque chose à voir. On s'arrête au bord du trou brûlant. T'as quelqu'un qui vend à boire. On enfile le manteau rouge, et les arbres bougent et le ciel va tomber. On sait pas demain, quel jour, quelle heure, ça va s'arrêter. On se cache, on rampe, on avale, on se donne du mal à tenir debout. On regarde en face, et le danger passe, alors y a qu'a tendre le cou Mais de l'autre côté de la frontière, Où les bananiers sont tombés On n'a pas toujours de la bière. On s'demande c'qui s'est passé. Mais, ferme les yeux, éteint la p'tite lumière, Qu'on se souvienne plus de rien, Ni des femmes tombées dans les rizières, Ni les enfants morts de faim. Un jour dans un fauteuil avec un cigare 'Bord de la Méditerranée, T'as des tas d'gens qui viendrons pour me voir Pour me d'mander de raconter Mais y aura rien de plus pourri que ma mémoire. Je n'saurai même plus compter. Ma vie s'ra plus qu'un grand trou noir Avec des cadavres enterrés. On enfile le manteau rouge... Marchand de rêves Paroles et Musique: Gérard Manset 1981 Marchand de rêves Avec ta barque creuse Entourée de femmes malheureuses, Marchand de rêves Au bord du lac de sang, Y a plus personne debout Quand le soleil descend Et tous les enfants jaunes Aux yeux de faune Comme des ballons qui crèvent Marchand de rêves. Marchand de rêves, Va t'en plus loin encore Jeter ta poudre dehors. Y a plus personne debout dans les rues. Y a plus personne dans les rues d'Angkor. Au milieu des danseuses Aux lèvres recourbées, On voit les ongles, les doigts De ceux qui sont tombés. Marchand de rêves, Au bord du lac de sang Y a plus personne debout Quand le soleil descend Avec ta poudre rouge, Tes yeux d'or, ta barque Et les enfants qui bougent encore Au fond du sac. Marchand de rêves Va t'en plus loin encore. Au fond de yeux fendus Dans les yeux d'or Y a plus personne debout.. Marchand de rêves, Va t'en plus loin Frappe plus fort Dans un silence de mort. Y a plus personne debout dans les rues... Marchand de rêves, Va t'en plus loin, toujours Avec ta barque sur la grève. Marchand de rêves Laisse tomber au fond du sac Les têtes coupées Qui chantent encore. Y a plus personne debout Dans les rues d'Angkor. Maubert Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 Tout à l'heure, en prenant le métro, Un homme était couché sur le dos Avec un casque, entouré de clodos. Ça sentait l'urine On voyait des mecs assis comme dans une vitrine Alors j'ai dit : "Marque donc sur le mur Comment tu t'appelles Et les raisons pour lesquelles T'en as marre de voir tout ça. Marque donc sur le mur Combien il reste encore de jours, de mois, d'années De siècles à tirer." Tout à l'heure, en prenant le métro, J' me disais qu'on était tous égaux, Comme des harengs qu'on sort de son frigo. D' l'aut' côté du quai J' voyais des mecs plantés Tous debout comme des laquais Alors j'ai dit : "Marque donc sur le mur Comment tu t'appelles Et les raisons pour lesquelles T'en as marre de voir tout ça Marque donc sur le mur Combien il reste encore de jours, de mois, d'années De siècles à tirer." Je pars tout seul en avant avec petit Robert. Rendez-vous tout à l'heure à Maubert. Si on se perd en route, Bye-bye quand même Et saute en marche et cours, cours Dis-moi que tu m'aimes. Dis-moi que tu m'aimes. Et chaqu' jour en prenant le métro, J' me dis qu'on est tous pareils Et qu' ça fait froid dans l' dos. D' l'aut' côté du quai, D' l'aut' côté du quai, D' l'aut' côté du quai, On n' trouve pas plus de soleil Et pas plus de monnaie. Alors j'ai dit : "Marque donc sur le mur Comment tu t'appelles Et les raisons pour lesquelles T'en as marre de voir tout ça. Marque donc sur le mur Combien il reste encore de jours, de mois, d'années De siècles à tirer." Je pars tout seul en avant avec petit Robert. Rendez-vous tout à l'heure à Maubert. Si on se perd en route, Bye-bye quand même. Et saute en marche et cours, cours Dis-moi que tu m'aimes. Je pars tout seul en avant avec petit Robert. Rendez-vous tout à l'heure à Maubert. Si on se perd en route, Bye-bye quand même. Et saute en marche et cours, cours Dis-moi que tu m'aimes. Et saute en marche et cours, cours Dis-moi que tu m'aimes, Dis-moi que tu m'aimes. Mauvais Karma Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 C'est grand, c'est grand. On voit toujours du sable Tout blanc tout blanc Mais le monde est fermé quand même Dans un écran. On voit bouger les hommes, les femmes, les enfants Dans un écran Mais quelqu'un joue là-bas, Tire le manche vers le bas. Les choses vont et viennent, S'allument et s'éteignent Et sont heureuses et saignent Interminablement, Sur cet écran, sur cet écran. Pas d'avenir, pas de passé, Pas la moindre raison de vivre, Aucune raison d'exister, Pas d'avenir, pas de passé non plus Mais d'une rive à l'autre, Faut traverser, Ne jamais regarder par la vitre arrière Les lézards enlisés sous les bancs de pierre, Les buffles ensablés le long des rivières, Les tempes dégagées, les cheveux en arrière, Les tempes dégagées, les cheveux en arrière, Regarde et voit passer ténèbres, Regarde et voit passer ténèbres, ténèbres et lumières, Mauvais Karma Et depuis dix mille ans, la trace d'un doigt Qui pousse la roue, La roue de la loi, Claque la porte et tremble. Pas d'avenir, pas de passé non plus, Mais où sont les routes, Les routes effacées, Que sont devenues toutes Nos pensées ? Ce monde va sans doute se briser. Que sont devenues toutes nos vies passées, Les marches sur lesquelles on a tous dansé, Nos actes, nos gestes, nos pensées ? Dans la peau de qui de qui se sont enfoncées, Dans la peau de qui de qui se sont enfoncées. Regarde et voit passer ténèbres, Regarde et voit passer ténèbres, ténèbres et lumières, Mauvais Karma. Au fond d'un verre, la trace d'un doigt Comme un visage qui te resssemble, Claque la porte et tremble Tremble, tremble... Mon amour Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Comme à ces bains de nuit Durant l'été, Chacun portait en lui Sa vérité. La statue de sel Etait celle Qui semblait être la plus belle D'entre elles Mais la lune suspendue Elle a fondu. Je n'ai pas su lui dire Les mots pour la retenir. Mon amour, Je t'aimerai pour toujours, Pour toujours. Mon amour, Je t'aimerai pour toujours, Pour toujours. On avait vu Le miracle de loups Qui ne sont pourtant Pas meilleurs que nous. Les flocons sur sa taille fine Comme s'il tombait des hermines Des nues Mais lorsque la neige a fondu Elle était nue. Je n'ai pas su lui dire Les mots pour la retenir. Mon amour, Je t'aimerai pour toujours, Pour toujours. Mon amour, Je t'aimerai pour toujours, Pour toujours... Ne change pas Paroles et Musique: Gérard Manset 1972 Près des vielles maisons de pierres Au front couvert, Ne dis pas ton nom, Non, non, non. Nombreuses sont les nuits entières Où s'élèvent nos prières. Un jour, tu descendras devant lui des horizons nouveaux, Les quatre roues de ses chevaux, Des ruisseaux coulant de ses mains. Aussi longtemps qu'il te tiendra Dans ses bras, surtout ne parle pas Mais quand son visage tombera, Soudain le silence te dira Creuse au fond de toi, Creuse, mais ne change pas, Ne change pas, Ne change pas, Ne change pas Et quand le silence reviendra, Sur ta monture, tu l'emmèneras Près des vielles maisons de pierres Au front couvert Et tu oublieras son visage. Alors tu comprendras. Peut-être, il me ressemblera Et quand nos ensembles tomberont, Seuls entre nous, nous nous dirons Creuse au fond de toi, Creuse, mais ne change pas, Creuse, mais ne change pas, Ne change pas. Mais quand nos visages glisseront, De nous, nous nous en irons. Creuse un abri sous la terre, Près des vielles maisons de pierres Au front couvert. Nous aimerons Longtemps enlacés sous la terre. Glacés, nos ongles pousseront. Le lierre sera notre maison, Les feuilles mortes et les fougères, Les animaux à fourrure et le sang des ruisseaux Nous tendront les bras Et toi Creuse au fond de toi, Ne change pas, Ne change pas... On ne tue pas son prochain Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 On ne tue pas son prochain. Ça ne se fait pas. Ça n'est pas bien. On attend Que la table soit mise Et l'on se présente Et l'on mise Sur la mort proche Et la mort est proche Et quand il meurt, Ses enfants demeurent Et son héritage, On se le partage. On ne tue pas son prochain. Ça ne se fait pas. Ça n'est pas bien. On ne tue pas son prochain. Ça ne se fait pas. Ça n'est pas bien. Mais on ne tue pas son prochain. Ça ne se fait pas. Ça n'est pas bien. Et quand on l'a tué, Qu'en fait-on ? Le corps desséché, Où le met-on ? Dans le frigidaire Ou bien de l'essence ? Et si la décence Nous l'autorise, Dans la cheminée, On le fait brûler. On ne tue pas son prochain. Ça ne se fait pas. Ça n'est pas bien... Paradis Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Je suis né dans un monde austère, Plus lugubre qu'un monastère Où être en vie, c'est être à naître, Tout connaître. Il parait que c'est par ici Que vit le Mahatma, le maître. Peut-on le toucher, le connaître, N'est-il qu'hérésie ? On croit toucher du doigt le paradis. On en sort abîmé, on en sort sali. Gardez vous des honneurs De ce monde-ci, De l'éclat De ce monde-là. Je me suis armé d'un coutelas, D'une lame à double tranchant. Cette douleur, écoute-la, Ecoute son chant. Je veux qu'on m'amène ici-bas La vérité et son contenu. Cette phrase trop longtemps tenue "Personne ne m'aime" On croit toucher du doigt le paradis. On en sort abîmé, on en sort sali. Gardez vous. Je me suis armé d'un coutelas. Cette douleur écoute-la. Comédie. On croit toucher du doigt le paradis. On en sort abîmé, on en sort sali. Gardez vous des honneurs De ce monde-ci, De l'éclat De ce monde-là. Gardez vous de la nuit Qui règne ici-bas De l'éclat de ce monde. Pas mal de journées sont passées Paroles et Musique: Gérard Manset 1977 (c) 1977 EMI MUSIC Pas mal de journées sont passées depuis que l'on s'est quittés Pas mal de journaux sont parus depuis que l'on s'est pas vus Pas mal de chambres d'hôtel ont vu le jour Pas mal de bombes et pas mal de discours Pas mal de coupures de courant depuis que j'ai foutu le camp Pas mal de présidents jetés depuis que je t'ai quittée Ma p'tit' fille T'as les yeux qui brillent de plaisir Tu sais pas quand ça va finir Quand tu sortiras de l'enfance Y aura plus d'Angleterre plus de France Comme pas mal de bombes sont tombées je suis rev'nu te chercher Le monde a rien perdu ni gagné mais dépêche-toi de t'habiller On va partir ensemble à la voile Plus loin qu'la lune et plus loin qu'les étoiles Y a pas mal de miracles tu sais Y reste plus qu'à prier ... Pour un joueur de guitare Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 On l'assoit sous un banc, sous un saule. Quelqu'un l'a pris par l'épaule. Une petit' flaque au milieu de ses yeux bleus, Il pleurait tout à l 'heure, ça va mieux. Il semblerait quand même aller un peu mieux. Il sort un paquet de Gauloises bleues. Maint'nant il pleut plus, l' ciel est gris. Il va rentrer tout à l'heure chez lui. De sa chambre, en haut, on voit tout Paris. Il va s' laisser tomber sur son lit. Il essaiera de plus penser à rien. Pourtant tout d' même, il comprend pas bien. Tu sais, pour un joueur de guitare, L'amour, il vaut mieux qu' ça vienne plus tard, Sans ça, ça peut donner comme un coup d' cafard. On s' réveille un matin, c'est trop tard. Il comprend pas bien où est le problème. Il voulait simplement qu'elle l'aime, Alors si y a même plus d'amour sincère, Qu'est-ce qui va rester sur la Terre ? Qu'est-ce qui va rester sur la Terre demain Pour nous les pauvres musiciens ? Alors il s'assoit devant son miroir. Il change les cordes de sa guitare. Il pense qu'vaut mieux qu' ça vienne plus tard, L'amour, pour un joueur de guitare. En fait il a même plus de goût à rien. Il s' demande se qu'il va faire demain. Tu sais, pour un joueur de guitare, L'amour, il vaut mieux qu' ça vienne plus tard, Sans ça, ça peut donner comme un coup d' cafard. On s' réveille un matin, c'est trop tard. Pour elle, il aurait pu jouer tout' la vie. Maint'nant il en a plus la moindre envie. Il r'garde l'horizon, les toits de Paris. Il pense qu'il faut gagner sa vie. Pour elle, il aurait pu jouer... Prisonnier de l'inutile Paroles et Musique: Gérard Manset 1985 Nous avons marché le long des sentiers. Parmi nous, certains sont tombés Et tous les autres que deviennent-ils ? Nous sommes prisonniers de l'inutile. Derrière nous, campagnes et villages Ensevelis sous le lierre sauvage Ou seul un chien peut-être vit tranquille. Nous sommes prisonniers de l'inutile. Nous sommes prisonniers des liens qui nous attachent Et nous souffrons. Dans notre cur, comme une tache, Quelque chose qui grandit et qui se cache. Nous sommes prisonniers des liens qui nous attachent. Quelques croix sont plantées sur le chemin Que les bourreaux nous montrent de la main, Disant : "De l'autre monde, que reste-il ?" Nous sommes prisonniers de l'inutile. Au-delà de nous, dans le ciel de plomb, Y a-t-il un Dieu, quelqu'un nous l'appelons ? Nous oublier, comment le peut-il ? Nous sommes prisonniers de l'inutile. Quand le jour se lève Paroles et Musique: Gérard Manset 1994 Quand le jour se lève, On refait sa vie. On entend le chant Et la mélodie Des jours passés. Quand le jour se lève, On refait sa vie. On visite à deux ce qu'on a vu seul. L'oiseau merveilleux qu'on a relâché A pris son vol, L'oiseau merveilleux Dans le formol. Rivières, Fontaines N'ont plus d'algues, N'ont plus d'algues. Fonds de vase, Fonds de vase, Tout ceci repoussera. Fonds de vase, Fonds de vase, Libellule s'envolera. Quand le jour se lève, On refait sa vie. Un château la-bas, Une barque ici Qu'on va pousser. Quand le jour se lève, Tout est effacé. Tout est méduse ou murène, Sur l'océan désolé. Tout est semblable aux arènes, Aux chrétiens écartelés, Au divin dissimulé Entre les brûlures du sel. Toi qui m'a connu, Qui m'a encensé, Au moins sais-tu Ce qui va se passer Dans quelque temps, Quand le jour sera levé pour longtemps ? Fontaines, Rivières N'ont plus d'herbes, N'ont plus d'herbes. Fonds de vase, Fonds de vase, Tout ceci repoussera. Fonds de vase, Fonds de vase, Libellule s'envolera. Quand les jours se suivent Paroles et Musique: Gérard Manset 1981 Quand les jours se suivent, Quand il faut les vivre En entier, sans rien omettre, Sans oublier de mettre Ce qu'il faut d'amour, d'humanité, De risque, de richesse ou de pauvreté, Quand les jours se suivent, Quand il faut les vivre Comme des bêtes qui tirent le soc, Dont les cornes s'entrechoquent, Alors je dis : "Si ces jours sont des jours d'amour, Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours, Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours." Quand les jours se suivent, Quand il faut les vivre En entier, sans rien omettre, Sans oublier de mettre Ni le poivre ni le sel, Des jours les plus noirs, Ni le sucre ni le miel des jours d'espoir, Quand les jours se suivent Comme dans les pages, les pages d'un livre, Quand il faut toujours, toujours les compter Comme les pions sur le bord de l'échiquier, Alors je dis : "Si ces jours sont des jours d'amour, Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours, Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours." Comme des bêtes qui tirent le soc Dont les cornes s'entrechoquent, Quand les jours se suivent, Quand il faut les vivre. Quand tu portes Paroles et Musique: Gérard Manset Quand tu portes Sur tes épaules Le fardeau Le plus beau, Quand ta main tremble De savoir qu'il te ressemble. Quand tu sais que c'est lui Qui pleure au cur de la nuit Quand tu te lèves, Brûlant de fièvre Que ta main tremble De savoir qu'il te ressemble. Tu sais que dans ses veines, Le sang est le même, Le sang est le même Quand il coule, C'est le long tapis de ta vie Qu'on déroule. Quand tu sais que c'est lui Qui pleure au cur de la nuit, Quand il tousse Dans son lit de mousse, Quand il t'appelle, Que, toujours, tu te rappelles, Souviens toi que c'était lui, Fragile au cur de la nuit Et quand un jour, Du haut d'une tour Tu le verras partir, Comme tout l'monde sans rien dire... Que deviens-tu ? Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Millions de vies cachées dans des maisons de tôle, Fourmi portant le monde sur tes épaules Qui plie mais ne rompt pas comme le saule, Fourmi portant le monde sur tes épaules. Maisons châteaux, Murs de sable, murs de vent, Souffle de l'avenir nous soulevant Comme une feuille d'arbre pourrissant, Jaune et dorée sous le soleil couchant Comme un chien qui s'est tût Et toi que deviens-tu ? Je te demande : Et toi que deviens-tu ? Maisons châteaux, Murs de sable, murs de vent, Cristal taillé plus pur que le diamant Qui devient sous nos doigts Sable tout simplement, Sable dans nos paupières Nous endormant, Comme un film s'arrête. Et toi que deviens-tu ? Je te demande : Et toi que deviens-tu ? Revivre Paroles et Musique: Gérard Manset 1991 On voudrait revivre. Ça veut dire : On voudrait vivre encore la même chose. Refaire peut-être encore le grand parcours, Toucher du doigt le point de non-retour Et se sentir si loin, si loin de son enfance. En même temps qu'on a froid, quand même on pense Que si le ciel nous laisse on voudra Revivre. Ça signifie : On voudrait vivre encore la même chose. Le temps n'ai pas venu qu'on se repose. Il faut refaire encore ce que l'on aime, Replonger dans le froid liquide des jours, toujours les mêmes Et se sentir si loin, si loin de son enfance. En même temps qu'on a froid, qu'on pleure, quand même on pense Qu'on a pas eu le temps de terminer le livre Qu'on avait commencé hier en grandissant, Le livre de la vie limpide et grimaçant Où l'on était saumon qui monte et qui descend, Où l'on était saumon, le fleuve éclaboussant, Où l'on est devenu anonyme passant, Chevelu, décoiffé, difforme, Chevelu, décoiffé, difforme se disant On voudrait revivre, revivre, revivre. On croit qu'il est midi, mais le jour s'achève. Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve. On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève Mais ça ne se peut pas, Non ça ne se peut pas, Non ça ne se peut... Rien à raconter Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Je n'ai rien à raconter. Je vis un éternel été Ni gris, ni bleu, ni mérité Qui dure depuis tant d'années. Je n'ai rien à raconter. Je suis l'arroseur arrosé, Le cordonnier le plus mal chaussé, Le chien auquel on passe un collier. Je n'ai rien à raconter Non plus Aux autorités. Je n'en peux plus. Je suis un cheval fatigué Qu'on mène à la salle des pas perdus. Je n'ai rien à raconter. Tant pis. A l'humanité, J'ai rien compris. Je suis un animal fatigué Qui traîne la patte, laissez passer. Je n'ai rien à raconter. Les faits divers, les nouveautés, Le Figaro, l'Humanité. Voyez la personne à côté. Je n'ai rien à raconter. J'ai rien voulu, rien demandé. Je ne suis pas, n'ai pas été Ni l'inventeur, ni l'inventé. Rouge-Gorge Paroles et Musique: Gérard Manset 1976 Rouge-gorge, Ouvre ta gorge rouge Gorge. Viens manger du pain dans la main De celui qui t'aime. Ouvre tout grand les ailes Et vole ainsi au-dessus des moulins De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, De la vie, de la vie, de la vie, De la... Rouge-gorge, Ouvre ta gorge rouge Gorge. Continue de chanter l'été, La gorge serrée. Ouvre tout grand les yeux A mille lieux au-dessus des moulins De la vie, de la vie, de la vie, De la vie, de la vie, de la vie, De la... Rouge-gorge, Gorge rouge et fatiguée, Combien faudra-t-il te donner Pour que tu puisses monter En haut de l'escalier Du dernier des paliers alignés De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, De la... ? Rouge-gorge, Ouvre ta gorge rouge Gorge. Viens manger du pain dans la main De celui qui t'aime. Ouvre tout grand les ailes Et vole ainsi au-dessus des moulins De la vie, de la vie, de la vie, de la vie, De la vie, de la vie, de la vie, De la... Rouge-gorge, Ouvre ta gorge rouge Gorge Ouvre ta gorge rouge Gorge Ouvre ta gorge rouge Gorge Ouvre ta gorge rouge Gorge Ouvre ta gorge rouge Gorge Ouvre ta gorge rouge Gorge... Royaume de Siam Paroles et Musique: Gérard Manset 1975 Je t'ai vu dans la rue assise Avec ton enfant sous ta chemise, Les épaules nues couvertes d'or. Pour plaire à ton Dieu, tu danses encore. La rivière coule au pied du temple de l'aurore. Personne ne pleure ni se plaint. La nuit les rues sont chaudes et les enfants jouent Avec leur grands yeux sans paupières, La peau bronzée, leur ventre clair. La rivière coule au pied du grand Bouddha de pierre. Royaume de Siam, Chemin qui mène au peuple heureux. Royaume de Siam, Celui qui voit le monde par tes yeux, Celui-là peut-être il peut être heureux. Je t'ai vu dans la cité étrange, Porte du ciel, ville des anges, Avec l'amour, la liberté, Mange la mangue et boit le thé. Ta rivière coulera sans s'arrêter. Je t'ai vu dans la rue assise Avec ton enfant sous ta chemise. Tu dansais toujours. Tu danses encore. La rivière coule au pied du temple de l'aurore. Royaume de Siam, Chemin qui mène au peuple heureux. Royaume de Siam, Celui qui voit le monde par tes yeux, Celui-là peut-être il peut être heureux. Solitude des latitudes Paroles et Musique: Gérard Manset 1989 Solitude des latitudes Se glisse dans tes draps. Solitude Ce soir te quittera. Solitude, Solitude. La nuit semble douce et magique, Ça ressemble aux Amériques, Ce qu'on lit quand on est enfant, Belliou-la-Fumée, Croc blanc. La nuit semble douce et tranquille Mais tu trembles, que t'arrive-t-il ? Solitude et feu qui s'éteint, Coup de feu dans le lointain. Solitude des latitudes Se glisse dans tes draps. Solitude Ce soir te quittera. Solitude des longitudes, Solitude. La nuit semble douce et tranquille. Ça ressemble à une ville Dont on rêve quand on est enfant. Carthage et ses éléphants. La nuit semble douce et pourtant, Tu te réveilles de temps en temps. Solitude et feu qui s'éteint Coup de feu dans le lointain. Te glisse entre les doigts Solitude... Territoire de l'Inini Paroles et Musique: Gérard Manset 1991 Chaud comme un nid Territoire de l'Inini, Tout est fini, S'enfonce vers l'infini, Tronc équarri Glisse sur le Maroni, Piroguiers aguerris, Chaman qui les guérit, Pluie sans répit Sur le rio Kamopi, Seins ronds comme des fruits, Nagent nus dans l'Inini. Danse et magie Ont duré toute la nuit. Cendres sur l'abattis Et l'avion est reparti. Dans la cabane pour la nuit Contre des perles et des fusils, Femmes livrées sans un bruit, Pluies sur l'abattis Dans le village endormi, Fièvres, maladies Et l'avion est reparti. Pleure et prie, Arawak, Guarini Guayara, Galibi Pour les indiens Du fond de leur sinistre nuit. C'est comme un bout De paradis Qui tient debout. Pleure et prie, Arawak, Guarini, Guayara, Galibi, Pour les indiens d'Amazonie... Ton âme heureuse Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Parle-moi de ton âme heureuse, De ta vie aventureuse. Parle-moi de ton âme heureuse, De ton front, de tes joues creuses. Parle-moi de ton âme heureuse, De ces femmes merveilleuses Qui t'ont suivi, bienheureuses Sur les eaux tumultueuses. Parle-moi de ta vie ce soir. As-tu quelqu' enfant quelque part ? Parle-moi de ton âme noire, De la sinistre mémoire De ta vie aventureuse. Souviens-toi de la mer immense Et du sable de ton enfance. Qu'as-tu fait de ton innocence Dans ta vie vide de sens ? Souviens-toi de la mer immense Et du sable de ton enfance. Souviens-toi de la mer immense Et du sable de ton enfance. Toujours ensemble Paroles et Musique: Gérard Manset 1982 On se parlera toujours ensemble. On se comprendra toujours ensemble. Toutes les journées se ressemblent. On s'ennuiera toujours ensemble. On sera tristes toujours ensemble. On sera gais toujours ensemble. Si le ciel a la voix qui tremble, On restera quand même ensemble. Si le ciel a la voix qui tremble, On s'endormira quand même ensemble. On s'envolera vers les nuages. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux De la cage. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux. On s'envolera vers les nuages. On n'emmènera pas de bagages. Adieu la Terre, dernier voyage. Dans l'azur, le grand virage. On s'envolera toujours ensemble. On quittera les marches du temple. Si le ciel a la voix qui tremble, On s'endormira quand même ensemble. Si le ciel a la voix qui tremble, On restera quand même ensemble. On s'envolera vers les nuages. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux De la cage. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux. On s'envolera vers les nuages. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux De la cage. On pourra briser les barreaux, Les barreaux, les barreaux. Tu t'en vas Paroles et Musique: Gérard Manset 1968 Tu lui dis que tu t'en vas, Qu'il ne pourra plus jamais te revoir. Il agite son mouchoir Et toi tu tends le bras. Tu sais que tu ne le reverras jamais, Qu'il ne te dira plus qu'il t'aime Et que dans cette chambre Où vous avez passé Tant de nuits enlacés Dans le passé, Personne ne se souviendra Comme il te serrait dans ses bras, Comme il avait besoin de toi, Comme il avait besoin de toi. Tu lui dis que tu t'en vas, Qu'il ne pourra plus jamais te revoir. Il agite son mouchoir Et toi tu tends le bras. Tu sais que tu ne le reverras jamais, Qu'il ne te dira plus qu'il t'aime Et que dans la pénombre De vos nuits sans nombre Où chacun retombe à chaque seconde, Tu n'auras plus le droit De t'endormir dans ses bras, Non, de t'endormir dans ses bras, De t'endormir dans ses bras. Tu lui dis que tu t'en vas, Qu'il ne pourra plus jamais te revoir. Il agite son mouchoir Et toi tu tends le bras. Il agite son mouchoir Et toi tu tends le bras... Un homme une femme Paroles et Musique: Gérard Manset 1978 Attends qu'il te tienne, Que ses nuits soient les tiennes, Qu'il te demande le pire, Qu'il t'oblige à sourire, Qu'il te retourne sans plaisir, Qu'il n'ait plus de désir, Qu'il te regarde et qu'il ait peur, Qu'il te laisse un jour en pleurs, Qu'il se détourne, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme. Attends qu'il t'attrape Qu'il te pousse, qu'il te frappe Qu'il te renvoie d'où tu viens Par le premier train, Le plus rapide et le plus loin, Ta tête dans tes mains, Qu'il te condamne à vivre encore Avec sa marque sur le corps, Qu'il t'abandonne, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme. Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme. Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme, Un homme une femme. Un jour, être pauvre Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Un jour, être pauvre, Détaché de tout Sans pleurer de rien, Sans rire de tout, Comme un enfant qui repose Dans la vérité des choses. S'écarter de tout, sortir, Se tenir debout Comme un enfant sort du ventre et hurle, S'écarter de tout. Un jour, être pauvre, Détaché du reste, De l'autre coté du mur. Pas le moindre geste, Pas la moindre trace de haine, Pas la moindre trace de fêlure, trace de brûlure, Le moindre sentiment d'oubli. De l'autre coté du mur, Pas la moindre trace de fêlure, trace de brûlure, Le calme au fond du lac. Un jour, être pauvre Sur un quai désert, Etre un bateau vide. Tout le monde à terre. Comme un enfant qui repose Dans la vérité des choses, S'éloigner de tout, apprendre A tenir debout Sur la mer immense et douce, apprendre, A tenir debout. Vies monotones Paroles et Musique: Gérard Manset 1984 Nous avons des vies monotones, Rien dans le cur, rien dans la main. Comme on ne dit plus rien à personne, Personne ne nous dit plus rien. Nous avons des vies monotones, Des maisons vides et fermées, Des portes lourdes et blindées Que n'ouvriront plus jamais personne. Mais comme il faut bien qu'on vive, S'asseoir avec le même convive, C'est pas le festin qu'on croyait, Pas de fusée, pas de vin, pas de sorbet, Y a plus qu'à tirer la nappe à soi, Continuer chacun pour soi. Nous avons des vies monotones, Rien dans le cur, rien dans la main, Comme on n'attend rien de personne, On n'a plus réponse à rien. Nous avons des vies monotones, Entourés d'hommes et de chiens, Ceux qui mangent dans notre main, Ce sont ceux-là qu'on abandonne Mais comme il faut bien qu'on vive Ce soir avec le même convive, C'est pas la fête qu'on croyait Où sont les lumières qui brillaient. Y a plus qu'à tirer la nappe à soi, Continuer chacun pour soi. Nous avons des vies sans mélange Qui s'en iront de tous côtés, Raides et droites comme une planche Sur l'océan de pauvreté. Vivent les hommes Paroles et Musique: Gérard Manset 1970 Si notre ciel est toujours gris Et si notre ventre est rempli De pourriture, Ce n'est pas tant la nourriture Qu'il en soit ainsi par l'exemple Et tous les dieux de nos temples. Sous leur crâne en poussière, On dirait qu'ils sont fiers De leurs idées. Sur leurs chevaux rayés Les canons enrayés De la beauté, Vivent les hommes. N'oubliez pas non plus Qu'on ne reconnaît plus Ses amis. Les rides entrecroisées, Le visage froissé De brebis, Vivent les hommes. Ils ont petits, grandis, démesurés. N'essayez de les mesurer. Ils ont des horizons plus hauts que des maisons De dix étages et bien plus hauts que les nuages. Ils ont des horizons plus hauts que des maisons De dix étages et bien plus hauts que les nuages. Le chagrin les domine Comme un vieux puits de mine Abandonné. Les profonds souterrains Qui leur creusent les reins, Condamnés, Vivent les hommes. Chaque jour affairés Le long des voies ferrées De banlieue, Les voilà qui s'installent A table, les mains sales, Au milieu. Ils ont petits, grandis, démesurés N'essayez de les mesurer. {Ils ont des horizons plus hauts que des maisons De dix étages et bien plus hauts que les nuages.} {x2} Y'a une route Paroles et Musique: Gérard Manset 1974 Y a une route. Y a une route. Tu la prends. Qu'est-ce que ça t'coûte ? Y a une route. Y a même un chien qui court, La tête entre les mains. Y a une route. Tu sais, y a pendant des années Des gens qu'ont vécu l'dos tourné Sur une route abandonnée Avec des marronniers sauvages Qui jettent leurs fruits plein l'paysage. Y a une route comme une blessure. On verrait l'os de ton visage. Y a une route. Y a une route Avec des champignons qui poussent Et qui font la neige et la mousse. Y a une route qui coupe la brousse. Y a une route emplie d'oiseaux Aux yeux malades Qui regardent vers l'équateur D'où vient la fumée qui fait peur, D'où vient la fumée qui fait peur. Y a une route. Y a une route. On marche dessus. Y a pas d'tapis Y a des fleurs comme des anémones Qu'attendent la pluie. Y a une route. Tous les dix ans, y a un marin Qui jette l'ancre au café du coin, Qui parle de voyage et plus loin, Après la route, faut prendre le train. Tu descends dans le p'tit matin Avec ta valise à la main. Y a tellement d'bruit q't'as plus d'oreilles Pendant qu'la fumée mange le ciel. Puis finalement tout est pareil parc'qu' Y a une route. Tu la longes ou tu la coupes. Tu t'allonges et t'passe dessus Ou tu t'lèves et on t'tire dessus. Y a une route. C'est mieux que rien. Sous tes semelles c'est dur et ça tient.