NOTES DE LECTURES
Cette note de lecture est à rapprochée de celle Keith Dixon avec un article également de Susan George.
Europe Inc.
Liaisons dangereuses entre institutions & milieux d'affaires européens
Pour commencer cette nouvelle rubrique, un livre de chercheurs européens de 1999 (une version plus récente mise à jour existe).
Ce livre montre comment les entreprises des pays riches et plus particulièrement les multinationales pèsent de tout leurs poids sur les gouvernements et sur les institutions internationales comme l'OMC, pour imposer un "modèle" économique qui sert d'abord et surtout leurs intérêts. Ce modèle qui se propage dans le monde entier comme une traînée de poudre est un marché mondial sans entrave, sans réglementation, sans droits de douane et sans impôts pour les entreprises. Ses "partisans" l'appelle libéralisme, alors qu'il est tout le contraire, c'est à dire la domination des marchés par seulement quelques entreprises (oligopoles) qui détruisent au maximum la concurrence pour imposer leurs choix et ainsi faire du chantage aux pays, aux régions et aux travailleurs. Les menaces de délocalisations et de non financement des hommes politiques permet de faire reculer tout ce que les citoyens avaient réussis à obtenir parfois au prix de leurs vies au cours des siècles précédents, laissant entrevoir un futur de soumission et d'esclavage !
Pour imposer cette politique, il est nécessaire de contraindre les populations réticentes par la force, c'est à dire la police, l'armée, c'est cet autre "modèle" venant des Etats-unis, "la tolérance zéro" qui remplace le traitement social par les prisons. Pour plus de détails sur ce point voir le dossier présent sur ce site : La tolérance zéro.
Ce qui suit est une sélection de quelques passages du livre, pour ceux qui le désirent, la version word du livre est téléchargeable sous forme de fichier zip de 284 ko : Europe Inc. ou en PDF
Bonne lecture, et partagée celle-ci avec vos connaissances.
Pour les abréviations ou notions économiques, vous pouvez consulter le lexique de ce site.
Observatoire de l'Europe industrielle
Europe Inc.
Liaisons dangereuses entre institutions & milieux d'affaires européens
Belén Balanyá, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma'anit, Erik Wesselius
Préface de Susan George
Traduit de l'anglais par Mickey Gaboriaud Collectif 1999
Extraits de la version intégrale récupérée le 17/07/2002 sur le site, http://www.atheles.org
Préfacepar SUSAN GEORGE
Un journaliste d'un grand quotidien économique français est venu récemment m'interroger au sujet de ceux qui s'opposent à la mondialisation, qu'il appelait les " anti-mondialisation ". Avant toute chose, il a fallu lui expliquer qu'à mon avis, la notion de " mondialisation " n'avait aucun sens si on ne lui associait pas un qualificatif tel que " impulsée et imposée par les multinationales ", car ce sont elles qui façonnent les règles du nouvel ordre mondial.
Croyais-je alors, me demanda-t-il, à quelque conspiration fomentée par ces firmes ? Pas du tout : nul besoin de conspiration. En revanche, ces entreprises géantes savent parfaitement définir ensemble leurs priorités économiques et politiques pour les faire triompher grâce à l'action efficace de leurs multiples lobbies.
Ah bon ? des lobbies ? Lesquels ? Eh bien, par exemple, lui disais-je, la Table Ronde des industriels européens [ERT], dont les 45 membres, PDG des plus importantes multinationales européennes, exercent une immense influence sur les décisions de la Commission européenne ; ou encore le Dialogue sur le commerce transatlantique [TABD], qui réunit dirigeants de grandes firmes des deux côtés de l'océan et responsables politiques nationaux et internationaux.
Voulait-il que je lui parle de Burson-Marsteller, compagnie de relations publiques dont l'accès aux dirigeants est réputé sans égal ? ou encore de la pénétration par le monde des affaires des Nations unies, associées à la Chambre de Commerce International dans le Geneva Business Dialogue ? ou peut-être du réseau des transports européens [TER] déjà réalisé aux trois-quarts, précisément selon les indications des firmes transnationales européennes ?
Mon interlocuteur, pourtant payé pour être au courant des affaires économiques et sociales européennes, n'avait jamais entendu parler d'aucune de ces organisations. Il n'est hélas pas le seul.
Si les organisateurs du Forum de Davos ne sont heureux que sous le feu des projecteurs, d'autres - qui influencent en permanence les grandes décisions politiques en Europe et ailleurs - cultivent une admirable discrétion.
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SUSAN GEORGECHAPITRE I
L'Europe des grandes firmes.../...
Bruxelles regorge aujourd'hui de manuvriers. Plus de 10 000 professionnels du lobbying hantent les couloirs de la Commission, du Conseil et du Parlement, la grande majorité d'entre eux issu d'agences de relations publiques, de lobbies de l'industrie ou de compagnies indépendantes. À l'image de Washington, berceau du lobbying industriel intensif, Bruxelles est devenue le foyer d'un nombre croissant de départements d'entreprise spécialisés dans les politiques gouvernementales, de lobbies, de bureaux d'études, de cabinets conseils politiques et d'agences de relations publiques.
L'éclosion de l'industrie du lobbying date de la fin des années 1980 et du début des années 1990, période durant laquelle la Commission européenne était essentiellement occupée à rédiger les quelque 300 directives qui allaient former le squelette du Marché unique. Les groupes industriels sautèrent sur cette occasion de modeler cet énorme travail d'harmonisation selon leurs intérêts particuliers, concentrant de plus en plus leurs efforts sur Bruxelles.
Actuellement, plus de 200 grandes firmes ont des départements de politiques européennes à Bruxelles. Parmi elles, beaucoup sont américaines ou japonaises. Pas moins de 500 lobbies allant de groupes importants et puissants tels la Table Ronde des industriels européens [ERT], la Fédération européenne de l'industrie chimique [CEFIC] aux groupements plus modestes et spécialisés tels que les Fabricants européens de bougies.
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La fusion-mania
Depuis la fin des années 1980, les politiques de libéralisation, déréglementation et privatisation promues par l'UE ont facilité les vagues de fusions et d'acquisition responsables de la concentration industrielle. Aujourd'hui, les grandes firmes européennes luttent de vitesse, plus frénétiquement encore, pour acheter leurs concurrents ou fusionner avec eux afin d'augmenter les économies d'échelle. Le record de 1997 (soit 384 milliards de dollars dépensés en fusions européennes - une augmentation de près de 50 % en un an) fut dépassé l'année suivante. Ces fusions sont motivées par la concurrence à l'intérieur du Marché unique, devenue de plus en plus féroce avec la chute des derniers obstacles qui la contenait. La monnaie unique a, elle aussi, accéléré la concentration du pouvoir économique dans les mains d'un nombre limité de méga-groupes industriels. La dernière tendance révèle une augmentation vertigineuse des fusions et des acquisitions transatlantiques, qui ont atteint le record de 256,5 milliards de dollars en 1998 - presque quatre fois le résultat de 1995 (69,4 milliards de dollars).
Parallèlement à leur aspect socialement, économiquement et écologiquement nuisible, ces continuelles monopolisations et concentrations industrielles affaiblissent progressivement la démocratie en Europe. Les méga-fusions - qui, du jour au lendemain, créent des Goliath industriels européens ou mondiaux - ne font qu'augmenter les capacités disproportionnées de chantage dont disposent les multinationales " européennes " et, par conséquent, leur influence sur les prises de décisions politiques. La façon dont ces firmes sont parvenues à occuper aussi bien les champs politiques qu'économiques afin de s'assurer influence et bénéfices optimaux fera l'objet des chapitres suivants.
.../...CHAPITRE X
La mondialisation régie par l'industrieMalgré une bonne dose de propos " rassurants " sur la mondialisation, les objectifs de la politique commerciale internationale et d'investissement de l'UE restent incroyablement rigides. Impulsées par l'appétit vorace des firmes européennes transnationales, ces politiques exigent un accès sans contraintes aux marchés européens et un démantèlement des réglementations locales dans le but de créer une base d'action de niveau mondial. Une logique similaire gouverne les politiques adoptées par les autres grandes puissances mondiales et les principaux blocs politiques ont uni leurs forces au sein de l'OMC pour faire tomber les barrières opposées au commerce et à l'investissement chez les nations moins industrialisées. Comme l'observe Josh Karliner : " On peut, dans une large mesure, considérer la triade Japon-Europe-États-Unis comme trois grands États industriels qui parfois coopèrent et parfois se font concurrence afin de promouvoir les intérêts de leurs entreprises multinationales à travers le monde. "
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Traversons l'Atlantique en tépinois
Le Dialogue sur le commerce transatlantique [TABD] constitue un exemple frappant de synergie politico-industrielle. À l'insu de la plupart des citoyens des deux côtés de l'Atlantique, l'UE et les États-Unis sont engagés, depuis 1995, dans la suppression systématique des barrières opposées au commerce et à l'investissement transatlantiques. Depuis le début, le Dialogue - qui rassemble plus de 100 dirigeants industriels européens et américains - joue dans ce processus un rôle majeur. Serviable, celui-ci identifie ce qu'il tient pour un frein au commerce, et les gouvernements, quels qu'ils soient, s'engagent généralement à éliminer les nuisances en question. À Washington comme à Bruxelles, l'accès de ce lobby au processus politique est remarquablement institutionnalisé.
Le Dialogue espère supprimer les " barrières non tarifaires " au commerce telles que les systèmes européens de labellisation écologique des produits, les restrictions de la mise sur le marché de produits génétiquement modifiés ou encore, aux USA, les dépenses publiques destinées à soutenir les économies locales. En 1998, ce processus très informel de déréglementation mutuelle a été actualisé et rebaptisé pour devenir le très officiel Partenariat économique transatlantique [TEP], dont la stratégie d'approche furtive consiste à éviter de parler de zone transatlantique de marché libre - ce dont il s'agit pourtant indéniablement.
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Malgré les promesses de " retombées favorables " de la croissance économique due au commerce international, le fossé entre riches et pauvres continue à se creuser. Sous sa forme actuelle, la mondialisation est responsable d'une aggravation spectaculaire des inégalités à l'échelle planétaire. En 1965, le revenu national moyen des pays du G7 était 20 fois plus élevé que celui des 7 pays les plus pauvres du monde. En 1995, il était 39 fois supérieur. Les inégalités et la polarisation des revenus sont également de plus en plus marquées à l'intérieur des frontières : la part des 20 % les plus fortunés de la population a augmenté dans la plupart des pays depuis le début des années 1980. La libération des forces de marché est responsable de ces tendances et cette situation persistera tant que l'économie ne sera pas soumise à de nouvelles réglementations.
Pourtant, selon les dirigeants de l'Union européenne, la solution réside dans l'augmentation de la libéralisation et l'expansion du marché. Et ceci bien que la part de la production mondiale exportée soit déjà actuellement de près de 25 % pour 7 % en 1950. Beaucoup de petits pays du Sud sont déjà dépendants du commerce international - certains pour environ 40 % de leur PNB -, ce qui les place dans une position extrêmement vulnérable. L'intensification des inégalités devient même, de façon frappante, un véritable problème dans les riches pays du Nord qui bénéficient généralement le plus du processus de mondialisation conduit par l'industrie. Bien que certains rapports de l'UE reconnaissent qu'à l'époque actuelle de turbulence " les travailleurs non qualifiés risquent de perdre leurs emplois ", l'Union persévère dans sa croyance en une mondialisation économique favorable aux sociétés européennes.
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Bien que les multinationales se présentent comme des créateurs de richesse et d'emplois, les chiffres viennent les contredire. En fait, la suppression d'emplois est l'une des caractéristiques principales d'une firme compétitive et rentable. Entre 1993 et 1995, le chiffre d'affaire global des 100 plus importantes multinationales a augmenté de 25 %. Elles ont, dans le même temps, réduit de 4 % leur main-d'uvre globale de 5,8 millions d'employés - soit plus de 225 000 personnes. La volonté des multinationales de fusionner, délocaliser, automatiser et centraliser la production et la distribution constituent autant de modalité de suppressions d'emplois. Une partie de la main-d'uvre obsolète sera peut-être employée par des sous-traitants, source de main-d'uvre " flexible " à laquelle les multinationales ont de plus en plus recours. Ces sous-traitants sont souvent adroitement mis en concurrence les uns avec les autres, entraînant des baisses de prix accompagnées de réductions de salaires et du déclin des conditions de travail. Les investissements directs à l'étranger des multinationales ne servent donc qu'à produire toujours plus avec toujours moins d'employés.
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La mondialisation et la déréglementation économiques ont engendré une cercle vicieux dans lequel la dépendance vis-à-vis des investissements force les travailleurs, les communautés et les gouvernements à participer à un système de plus en plus dur de concurrence sur les salaires, la fiscalité, l'écologie et tout autre processus susceptible de freiner l'investissement. La compétitivité internationale est en train de devenir le seul et unique indicateur de la santé d'une société. Ce qui va inévitablement provoquer la chute libre des normes sociales et écologiques, retardant ou bloquant les progrès désespérément attendus dans ces domaines. Si l'on tient compte de l'exploitation accrue des ressources naturelles (agriculture intensive, exploitations minières à outrance, pêche, sylviculture, etc.) et des énormes quantités d'énergie dépensées à transporter les produits d'un bout à l'autre de la planète, le caractère fondamentalement indéfendable de la mondialisation régie par l'industrie saute aux yeux.
La désagréable vérité sur les multinationales, c'est que le supplément de croissance, d'investissement, de monopolisation et de concentration sur lesquelles elles se fondent - au même titre que les pertes d'emplois et les dégradations écologiques qui en résultent - sont la preuve d'une déficience structurelle majeure du système économique néolibéral que nous connaissons aujourd'hui. Par chance, cependant, le nombre et l'influence de ceux qui exigent que cesse cette course sans fin à la déréglementation augmentent aussi bien en Europe que dans le reste du monde.
.../...CHAPITRE XII
L'AMIGALOMANIE : l'agenda mondial d'investissement industriel & l'opposition des mouvements de citoyens
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En négociant l'AMI (accord multilatéral sur les investissements) sans la participation des pays du Tiers-Monde, les gouvernements de l'OCDE - notamment les États-Unis, le Canada, le Japon et l'UE - avaient pour intention de garantir le " maximum " de protection et de droits aux investisseurs industriel. Sur les 500 plus grandes multinationales du monde, 447 ont leur siège dans des pays de l'OCDE et la plupart sont organisées en groupements tels que la Chambre Internationale de commerce [CIC], l'USCIB [Conseil américain des affaires internationales] ou l'ERT. Tous ces groupes de pression ont participé directement ou indirectement à l'élaboration de l'AMI.
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Depuis 1995, les gouvernements du monde entier modifient leur législation relative à l'investissement national dans un sens plus néolibéral. L'AMI aurait accéléré et institutionnalisé cette tendance. Comme l'explique William Witherell, haut placé dans la hiérarchie de l'OCDE : " Bien que les régimes d'investissement soient récemment devenus plus ouverts et accueillants, rien ne garantit qu'ils le resteront dans les années à venir. "
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Le vent tourne
Avec la fin des négociations de l'AMI à l'OCDE, les groupes de citoyens pouvaient se réjouir d'avoir remporté une grande victoire internationale sur un traité qui constituait l'épine dorsale du projet politique de mondialisation économique. Il est clair, pourtant, que la lutte contre la philosophie économique et politique sur laquelle était fondée l'AMI ne fait que commencer : la pression pour la mise en place de réglementations du même type continue de s'exercer dans d'autres forums économiques internationaux. Pourtant, il existe de bonnes raisons de se réjouir de ce qui a été accompli jusqu'ici. Le coulage de l'AMI a démontré le potentiel énorme d'une mobilisation de la base à l'échelle mondiale contre des problèmes aussi complexes et lourds de conséquences que la libéralisation du commerce et de l'investissement.
La campagne anti-AMI a été caractérisée par le partage des informations et des stratégies entre un réseau international de citoyens de plus en plus puissant, les ONG, les travailleurs, les groupements écologistes, les organisations internationales de solidarité, les mouvements féministes et les groupes religieux. Insistant sur l'importance d'Internet pour les opposants à l'AMI, la presse écrite donna au phénomène le nom de " Network Guerilla ". Mais le rapport Lalumière au gouvernement français faisait plus judicieusement remarquer que " le développement d'Internet a bousculé l'environnement des négociations. Il permet la diffusion instantanée des textes encore en discussion dont la confidentialité devient de plus en plus théorique. Il permet l'échange des connaissances et des compétences au-delà des frontières nationales. Pour un sujet aussi technique, les représentants de la société civile nous ont parus parfaitement bien informés et leurs critiques bien défendues au niveau légal. "
.../...CHAPITRE XIII
L'OMC rédige la constitution
de l'économie mondiale
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L'OMC est née
Le 15 décembre 1993, la conclusion des négociations sur l'Uruguay Round du GATT cédait à l'OMC le pouvoir de prendre des décisions pouvant affecter des milliards de gens. Aujourd'hui, avec plus de 130 pays adhérents, le mandat de cet organisme couvre un champ nettement plus vaste que celui de son prédécesseur. Dépassant les limites de son rôle historique de prescriptions de tarifs et de quotas, l'OMC s'attaque maintenant aux barrières non-tarifaires au commerce (telles que les normes de santé et environnementales) ainsi qu'à toute réglementation imaginable qui pourrait, d'une façon ou d'une autre, " troubler " ou " obstruer " la libre circulation des biens et des services.
Sous une apparence démocratique - essentiellement due à sa politique de participation équitable des États membres à un système de prise de décision consensuel -, le fonctionnement de l'OMC est opaque et extrêmement antidémocratique. Ainsi, bien qu'ils représentent la grande majorité des nations et des populations mondiales, les pays du Sud n'ont pas de véritable droit de parole pendant les négociations. Europe et USA préparent bilatéralement leurs positions communes au sein du partenariat transatlantique [TEP] et du QUAD (État-Unis, Europe, Japon et Canada). Aussi, le manque de moyens financiers et humains, les discussions à huis clos entre les pays les plus puissants et, surtout, une très forte pression des État-Unis et de l'Europe forcent le plus souvent les pays du Sud à accepter des offres contraire à leurs intérêts.
Le manque de transparence de ce système rend quasi impossible de demander des comptes aux négociateurs et facilite la ratification d'accords très favorables aux intérêts des grandes firmes des pays du Nord. C'est ainsi que les pays les plus puissants modèlent l'économie mondiale presque exclusivement en fonction des desiderata des multinationales des pays industrialisés, et bien souvent après avoir consulté les lobbies industriels.
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À travers l'OMC, tous les États peuvent porter plainte auprès de l'organisme de règlement de litiges contre les politiques ou les lois de tout autre État membre supposer restreindre la libre circulation commerciale. Si le Conseil - composé de bureaucrates non élus - déclare un gouvernement coupable de non-respect des accords de l'OMC, le pays en question doit changer sa législation ou affronter les sanctions commerciales de la partie adverse, y compris dans des secteurs n'ayant aucun rapport avec le contentieux. Le pays ainsi condamné est également passible de lourdes sanctions financières.
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La participation de l'industrie aux négociations de l'OMC
Les grandes firmes ont été, jusqu'ici, les principales bénéficiaires des accords de l'OMC. Ceci n'a rien de très surprenant puisque, dans de nombreux cas, elles ont directement influencé les positions des États membres les plus puissants de l'OMC au cours de la négociation de ces accords. Cela a, sans aucun doute, été le cas lors des négociations du GATT de l'Uruguay Round, où fut élaborée la majeure partie des accords de l'OMC. Outre la soumission des pays pauvres au GATT et à sa discipline ou encore l'intégration de nouveaux secteurs à l'agenda commercial, l'Uruguay Round a offert aux multinationales des pays du Nord un accès plus large aux marchés des pays du Sud. Entamés en 1986, ces sept ans de négociations, ont non seulement aidé les pays riches et leurs grandes firmes à accélérer la libéralisation de leurs secteurs de prédilection tels que les services, mais également à introduire des droits de propriété intellectuelle et bien d'autres mesures visant à protéger les activités des multinationales.
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La Chambre internationale de commerce [CIC], l'un des soutiens industriels les plus importants de l'AMI, est également le groupement industriel international qu'entretient les liens les plus étroits avec le secrétariat de l'OMC. Dirigeant du groupe de travail sur le commerce et l'investissement de la CIC, Stefano Bertasi explique que, " tout au long de ces années, nous avons toujours eu de très étroites relations de travail avec l'OMC parce qu'ils traitent, évidemment, les problèmes qui sont au centre de nos intérêts commerciaux. La CIC a toujours été un vecteur de la participation industrielle au travail de l'OMC, depuis sa propre création comme depuis la création de l'OMC et le début des négociations sur le commerce multilatéral. " Selon Bertasi, la stratégie de la CIC " passe par deux chemins : directement, par les organisations intergouvernementales ; et par nos comités nationaux " - elle dispose de comités nationaux dans plus de 60 pays.
Dans sa longue tradition de lobbying sur les négociations de l'OMC, notons une campagne de six mois précédant la Conférence ministérielle de Singapour, avec ses décisions prises d'éliminer les barrières tarifaires sur les produits informatiques et l'établissement de nouveaux groupes de travail sur l'investissement et la concurrence qui " concordaient avec l'agenda sur la libéralisation de la CIC. " Courant 1998, la CIC commença à se préparer en vue du Millenium Round : " Nous avons déjà eu plusieurs contacts officieux avec l'OMC au sujet des nouveaux problèmes qu'ils sont en train de rencontrer ", déclare Bertasi. Ces connexions bien pratiques s'expliquent partiellement par le fait que le groupe de travail sur les politiques de commerce et d'investissement de l'OMC est dirigé par Arthur Dunkel, directeur général du GATT pendant l'Uruguay Round, négociateur au commerce pour la Suisse, président du GATT de 1980 à 1993, membre officiel du Conseil de règlement des litiges de l'OMC et membre du conseil d'administration de Nestlé. Le " va et vient " entre l'OMC, les institutions européennes et l'industrie garantit que des individus clés tels que Dunkel ou Sutherland puissent maintenir de solides liens au sein de ce puissant trio.
.../...CHAPITRE XV
Rencontres de l'élite mondiale :
les rejetons du groupe Bilderberg
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Le groupe Bilderberg est l'un des plus anciens et des plus impénétrables clubs internationaux dans lesquels de grandes multinationales jouent un rôle majeur pour l'élaboration des agendas. Désireuse à la fois d'assouplir et de renforcer les relations transatlantiques après guerre entre les États-Unis et l'Europe de l'Ouest...
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A la recherche d'un consensus
L'agenda du Groupe Bilderberg reste centré sur les problèmes d'actualité autour d'un discours néolibéral et de l'idée de libre échange. Nombreux sont ceux qui pensent que le consensus élaboré au sein de ce forum sert de base à l'évolution des politiques internationales. Selon un ancien délégué, " Bilderberg fait partie d'une conversation mondiale qui se déroule chaque année lors d'une série de conférences et compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Il y a le Forum économique mondial à Davos en février, les rencontres de Bilderberg et du G-8 en avril-mai et la conférence annuelle du FMI et de la Banque mondiale en septembre. Une sorte de consensus international émerge et se retrouve d'une rencontre à l'autre. Mais personne ne l'impose réellement. Ce consensus devient la toile de fond des communiqués du G-8 ; il inspire le FMI lorsqu'il impose un programme de réajustement à l'Indonésie ; et la politique que le Président américain propose au Congrès. "
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La commission trilatérale
En 1973, les membres du groupe Bilderberg ont institué une Commission trilatérale qui se décrit elle-même comme le rassemblement de " 335 personnes de marque " venues d'Europe, d'Amérique du Nord et du Japon. Outre l'intégration des membres de l'élite politique et économique japonaise, cette commission avait également pour but de créer une structure plus formelle et efficace que la nébuleuse " Bilderberg ". La Commission trilatérale s'entoure de moins de mystère que son modèle mais elle promeut tout autant le " Washington Consensus " - idéologie selon laquelle une économie de marché mondiale et sans barrières d'aucune sorte constitue le seul modèle viable pour toutes les nations du monde.
En fait, de nombreux hommes d'affaires, politiciens et banquiers de haut vol qui participaient au Bilderberg dominent également la Commission trilatérale et d'autres forums similaires. Le puissant banquier et homme d'affaires américain David Rockefeller donna l'impulsion à ce texte de la commission trilatérale et en fut le président pendant les années 1980. À la même époque, celui-ci présidait également le Conseil sur les relations extérieures - un influent groupe de réflexion américain réunissant plusieurs milliers de membres, et donc " contrôlant plus de la moitié des richesses des États-Unis. " Parmi les autres participants importants de la première décennie, on compte Giovanni Agnelli de la dynastie automobile italienne Fiat, John Loundon de la Royal Dutch Petroleum (plus tard Shell) et l'ex-commissaire européen Étienne Davignon. Ex-membre de l'Institut universitaire européen et, plus récemment, responsable du Centre européen d'études d'infrastructure (ECIS, branche des transports de l'ERT), Wolfgang Hager fut le premier secrétaire européen de la Commission trilatérale dans les années 1970. Les présidents américains Jimmy Carter, George Bush et Bill Clinton ont été membres de cette commission, comme l'ont également été d'actuelles personnalités influentes du gouvernement américain tels que le secrétaire d'État Warren Christopher et le président de la Federal Reserve Bank Alan Greenspan.
Parmi l'élite actuelle de la Commission trilatérale figurent l'ex-vice-président de l'Union des patrons européens [UNICE] et membre du Parlement européen, Stelios Argyros ; le commissaire au Marché unique européen, Mario Monti ; et les directeurs de compagnies membres de l'ERT, Oscar Fanjul de Repsol, Paolo Fresco de Fiat, le baron Daniel Janssen de Solvay et Bjorn Svedberg d'Ericsson. Les rencontres annuelles de cette commission traitent généralement des problèmes les plus urgents du moment. La rencontre de 1999 était, par exemple, consacrée à la " guerre de la banane " qui sévit entre Europe et États-Unis dans le cadre de l'OMC.
Il est admis, à la Commission trilatérale, que les États-Unis sont beaucoup plus prêts à jouer le jeu de la mondialisation que les deux autres parties. C'est au " capitalisme familial " (et non, par exemple, aux investissements et spéculations sur les devises) que l'on reproche les malheurs actuels des pays asiatiques. De la même manière, les systèmes européens de sécurité sociale sont considérés comme des boulets qui entravent la compétitivité. Tout à fait logiquement, leur rencontre de 1999 aboutit donc à la recommandation suivante : " L'Europe doit devenir plus compétitive en déréglementant les marchés du travail et en refondant ses systèmes encombrants d'assistance sociale. "
.../...CHAPITRE XVIII
Quand l'ONU drague l'industrie
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C'est aux groupements de citoyens du monde entier que revient maintenant la responsabilité de faire pression sur les gouvernements pour l'adoption de véritables solutions à la crise du climat, pour que les politiques cessent de se coucher devant les menaces, de subir la désinformation des lobbies et de se laisser influencer par l'écologie bidon de l'industrie. Les efforts des multinationales pour ses donner des airs de responsabilité écologique dissimulent les irréparables dégâts qui suivraient irrémédiablement leur gestion des transformations du climat. En fait, la consolidation et la mondialisation des modes de vie et de consommation irresponsables qui sont en usage au Nord représentent l'une des plus graves menaces pesant sur l'écosystème terrestre. Parce que ce projet est au fondement des stratégies du monde industriel qui a fabriqué une économie mondiale déréglementée et installé cette spectaculaire dépendance économique et politique des États envers les multinationales. Une situation qui rend toujours plus difficile aux gouvernements la tâche de contrer l'agenda industriel sur le climat.
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Une vision partagée ?
" Établir une relation plus solide avec le milieu des affaires fait partie de la "révolution tranquille" de Kofi Annan pour construire les Nations unies du XXIe siècle ", expliquait récemment le service d'information publique de l'ONU. Si l'ONU avait déjà pris contact avec le Business Consultative Council (créé à Davos), le Prince of Wales Business Leaders'Group et d'autres coalitions industrielles internationales, il semble, aux dires de Maucher, que la CIC soit finalement " leur partenaire de dialogue préféré. "
La grande question reste de comprendre pourquoi les Nations unies tiennent tant à un partenariat qui s'est pourtant déjà montré sujet à controverses. Il y a, en fait, plusieurs raisons très pragmatiques. Un tel soutien pourrait aider l'ONU à regagner une place centrale dans le processus décisionnel mondial, qui, au cours de ces dernières années de mondialisation économique intense, a surtout été mené par les institutions financières de Bretton Woods. En outre, ce " partenariat " change l'image de l'ONU qui est souvent perçue - dans certains pays comme les États-Unis en particulier - comme une bureaucratie faible et inefficace. Enfin, le retour d'ascenseur : lors des sommets de 1998 et 1999, la CIC défendit devant les dirigeants du G-8 la reprise du financement de l'ONU.
.../...CHAPITRE XIX
Alternatives économiques & politiques
Les chapitres précédents nous ont offert un aperçu des diverses formes de pression politique utilisées par les multinationales. Les moyens énormes dont disposent ces firmes et leurs lobbies pour peser sur les décideurs et se fabriquer une image publique grâce à des campagnes de propagande constituent les facteurs clés de l'influence industrielle sur le milieu politique. Le pouvoir politique des multinationales est également lié à leur accès privilégié aux politiciens et aux fonctionnaires des institutions politiques nationales et internationales. Enfin, le consensus actuel de ces élites sur la nécessité d'une économie mondiale dominée par les multinationales leur fournit le terrain le plus favorable.
Certains des effets négatifs de la main-mise des multinationales sur la politique ont également été abordés. Les politiques protectionnistes de toutes sortes sont de plus en plus subordonnées aux exigences de compétitivité formulées par les milieux industriels avec, pour résultat prévisible, le recul des priorités sociales et écologiques. Les politiques mondiales de " libre-échange " soutenues par les lobbies industriels aboutissent à une concentration accrue du pouvoir économique entre les mains d'un nombre limité de compagnies internationales. En conséquence, dans le monde entier, on assiste à une destruction des structures économiques locales dont le prix social et écologique est très élevé.
Nous avons voulu montrer que le cocktail détonant des pouvoirs économique et politique détenus par les gigantesques multinationales industrielles est un problème particulièrement sérieux méritant qu'on y prête attention de toute d'urgence. Ce dernier chapitre décrit les facteurs politiques et structurels qui donnent à l'industrie un poids croissant sur les législations qui régissent nos vies. Il propose quelques moyens de réduire cette influence disproportionnée.
Le paradis des lobbyistes
L'unification accélérée de l'Europe a provoqué un déficit démocratique fondamental créant un environnement idéal au lobbying industriel. Les pouvoirs du Parlement européen restent beaucoup trop limités pour pouvoir compenser ce recul démocratique dû au transfert de plus en plus fréquent des pouvoirs décisionnels des capitales nationales vers Bruxelles.
Ce transfert vers l'institution européenne tend à déséquilibrer le rapport de force entre les intérêts industriels et les intérêts sociaux au sein même des États membres. Les puissantes multinationales et leurs groupes de pression ont les moyens financiers d'installer des bureaux et de rémunérer suffisamment de personnel à Bruxelles, ainsi que de louer les services de conseillers extérieurs ou d'agences de relations publiques. Ce qui leur permet de ne perdre de vue aucun des détails concernant les politiques européennes concernant leurs activités et de placer des lobbyistes aux endroits où ils peuvent le mieux influencer les décideurs.
Les organisations européennes de citoyens sont, à l'opposé, bien souvent insuffisamment développées, voire déconnectées et manquant de moyens. Les mouvements sociaux sont principalement organisés au niveau local ou national et les débats politiques dans lesquels sont engagés les groupements de citoyens se déroulent généralement dans un contexte national au fait des questions européennes.
De plus - et ce phénomène apparaît tant au niveau national qu'européen - les dirigeants des plus grandes multinationales bénéficient d'un accès privilégié aux décideurs les plus haut placés. Ces relations sont pleinement exploitées par des lobbies tels que la Table Ronde des industriels européens [ERT] et le Dialogue sur le commerce transatlantique [TABD]. Sur des points tels que la politique économique étrangère, la Commission considère les multinationales comme des alliées naturelles dans sa quête d'un pouvoir élargi - des alliées qu'elle remercie en leur offrant un droit de regard en matière de politiques.
Cette connexion si confortable entre les décideurs européens et les lobbies industriels doit être combattue pour sa nature profondément antidémocratique. Les alliances semi-institutionnalisées entre industrie et gouvernement - telles que le TABD et le Groupe consultatif de compétitivité [CAG] - dans lesquelles des représentants de l'industrie non élus se sont vus conférer des pouvoirs illégitimes, doivent, en particulier, être remises en question.
La complexité et l'opacité du dispositif institutionnel européen rendent pratiquement aussi invisible qu'incompréhensible les stratégies de pressions : qui fait pression sur qui ? sur quels problèmes et avec quels effets ? Nous avons, dans cet ouvrage, essayé de faire la lumière sur le milieu des lobbies industriels à Bruxelles et ailleurs, mais ce portrait est évidemment loin d'être complet. Il est vital de se livrer à des recherches et enquêtes supplémentaires sur la nature et l'étendue de l'influence de l'industrie sur la politique.
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Les réglementations actuelles de l'Union européenne sont souvent plus nuisibles que favorables aux objectifs sociaux et écologiques. Les fondations économiques européennes, le Marché et la monnaie uniques sont solides comme le roc alors que de nombreuses réglementations sociales ou écologiques ne se résument qu'à de vagues promesses et quelques accords volontaristes. La législation rigide du marché intérieur, par exemple, empêche de facto certains pays de prendre l'initiative de nouvelles politiques écologiques, qui seraient aussitôt interprétées comme des obstacles au marché libre. De la même manila monnaie unique et les contraintes strictes du pacte de stabilité constituent de sérieux obstacles pour les pays qui ère, daugmenter la part de la dépense publique consacrée à la création de nouveaux emplois.
ésireraient .../...
FIN.