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Pedro Almodóvar
Pedro Almodóvar est né à Calzada de
Calatrava, dans la province de Ciudad Real, le 25 septembre 1951. A l'âge de 8
ans, il émigre avec sa famille (dont son frère Agustin, qui deviendra son
producteur attitré) en Estrémadure, et étudie jusqu'au baccalauréat avec les
pères salésiens et franciscains, qu'il n'apprécie pas trop. Sa mauvaise
éducation religieuse ne lui apprendra en fait qu'à perdre sa foi en Dieu. C'est
à cette période, à Caceres, qu'il commence à aller au cinéma de manière
quasi-obsessive. A 16 ans, il s'installe à Madrid, seul et sans argent, mais
avec un projet très concret : étudier le cinéma et en faire. Impossible
néanmoins de s'inscrire à l'Ecole Officielle du Cinéma, Franco venant de la
fermer. Almodóvar se contente alors de vivre sa vie. Nous sommes alors à
la fin des années 60 et, malgré la dictature, Madrid représente, pour un
adolescent de province, la ville de la culture et de la liberté. Le jeune homme
y fait toutes sortes de petits boulots, mais ne réussit à se payer sa première
caméra Super-8 que lorsqu'il décroche son premier job “sérieux” à la Compagnie
Nationale Espagnole du Téléphone. Il y passera douze ans en tant qu'auxiliaire
administratif. Des années durant lesquelles il sera en contact direct avec la
classe moyenne de son pays, au début de la société de consommation. Ses drames,
ses misères. Le soir, Pedro écrit et fait du théâtre avec Los Goliardos (“les
débauchés”), tourne des courts en Super-8, dont certains relativement peu
recommandables aux jeunes filles de bonne famille. Il collabore à diverses
revues underground, écrit des récits, fait partie d'un groupe de punk-rock
parodique, Almodovar y McNamara.
Après un premier long en Super-8, 1978, Folle...
folle... fólleme Tim !, dans lequel apparaît déjà son égérie Carmen
Maura, la sortie de son premier “vrai” film, Pepi, Luci, Bom et autres
filles du quartier (dont le tournage a duré plus d'un an et demi) coïncide
avec le début de la démocratie, relayée par un mouvement culturel qui fera long
feu, la célèbre Movida, revival culturel espagnol consécutif à la destitution
de Franco. Le cinéma du jeune réalisateur est alors empli de cette fureur de
vivre bariolée : débauche sexuelle, drogue et musique en sont les trois
mamelles nouricières. Reconnu, Almodóvar tourne régulièrement, son cercle de
fans s'élargissant progressivement (notamment grâce à Labyrinthe des
passions, drame de la jalouise gay qui révèle un débutant, Antonio
Banderas, et au trashissime Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, une
histoire de drogue et de prostitution dans une famille tenue par Carmen Maura
accro aux amphétamines) jusqu'à finir par dépasser les frontières au moment de Matador.
C'est le film qui installe le réalisateur – comme son acteur fétiche
Banderas – dans les très sûrs espoirs du cinéma espagnol. L'histoire d'un
matador qui, suite à son retrait de la scène, devient tueur de femmes.
Mais le film qui fait littéralement exploser
Almodóvar sur la scène mondiale, outre le très beau et flamboyant La loi du
désir, sera Femmes au bord de la crise de nerfs, avec Carmen Maura
et Rossy De Palma dans des rôles de femmes amoureuses et jalouses jusqu'à la
folie. Un film théâtral et baroque, kitsch, parodique, sensuel et terriblement
romantique : bref, l'essence même du cinéma selon Pedro qui, avec le
succès, ne calme pas ses ardeurs... Ainsi, après avoir fait kidnapper Victoria
Abril par Antonio Banderas dans Attache-moi, fait se confronter mère et
fille sur la scène des larmes dans Talons aiguilles et fait exploser les
couleurs dans Kika, où Victoria Abril incarnait une présentatrice de
télévision d'un genre radicalement nouveau, ce n'est qu'avec La fleur de mon
secret que le réalisateur, ayant poussé le paroxysme des situations et des
passions au plus loin, revient à un cinéma plus intimiste, plus
introspectif : il s'attache ici aux relations mère-fille (un de ses grands
thèmes de prédilection) entre Rossy de Palma et Marisa Paredes, sur un mode
mineur, plus grave, plus posé...
En chair et en os, qui raconte l'implication dans un engrenage
criminel d'un ex-basketteur devenu paraplégique, est ensuite une belle
incursion d'Almodóvar dans le film noir, ce qui ne l'empêche pas d'y instiller
sa patte récurrente : exacerbation des sentiments, tensions amoureuses
portées à leur apex, personnages hauts en couleur, intrigues noueuses... Des
caractéristiques toujours présentes dans le film suivant, Tout sur ma mère,
célébré dans le monde entier comme le plus abouti de l'auteur (et récompensé
d'un Prix Spécial du Jury à Cannes 1999) : encore une complexe relation
mère-fille, troublée par la mort d'un enfant et l'apparition d'un père
transsexuel, dans un univers de drogués et de personnages sexuellement
ambivalents... Dit comme ça, ça pourrait être glauque, mais l'univers
almodovarien ne l'est jamais : il célèbre au contraire la beauté des
émotions et la force des passions avec un panache et une folie dont on ne
connaît aucun équivalent. Après avoir renoncé à réaliser son western gay aux
Etats-Unis, le réalisateur reste en Espagne avec Parle avec elle, huis
clos ambitieux mais sans stars, sur la vivacité d'une amitié entre deux hommes
dans une clinique.
FILMOGRAPHIE
1978 Folle... folle... fólleme Tim !
1980 Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton
(Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier)
1982 Laberinto de los pasiones (Labyrinthe des
passions)
1983 Entre tinieblas (Dans les ténèbres)
1984 ¿ Que he hecho yo para merecer esto ?
(Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?)
1985 Matador (id.)
1986 La ley del deseo (La loi du désir)
1987 Mujeres al borde de un ataco de nervios (Femmes
au bord de la crise de nerfs)
1989 ¡ Atame ! (Attache-moi !)
1991 Tacones lejanos (Talons aiguilles)
1993 Kika (id.)
1995 La flor de mi segreto (La fleur de mon secret)
1997 Carne tremula (En chair et en os)
1999 Todo sobre mi madre (Tout sur ma mère)
2002 Hable con ella (Parle avec elle)