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Jacques Doillon
Jacques Doillon est né le 15 mars 1944 à Paris.
Etudiant en philosophie, il quitte l'université pour entrer dans la vie active,
et débute comme facteur, puis rédacteur pour une compagnie d'assurances. A
partir de 1965, très cinéphile, il se lance dans l'apprentissage du montage,
dont il fera son premier métier. Ainsi, de 1967 à 1971, il montera une petite
dizaine de longs et de courts métrages, débutant dans la réalisation en 1969
avec des films de commande, notamment pour le Ministère de l'Agriculture (Les
demi-jours, Les laissés pour compte) et sur le sport (Trial, Bol d'or,
Vitesse oblige, Autour des filets), qui impriment d'emblée son grand souci
de justesse et son refus de trahir la sincérité des personnages qu'il filme.
Ses vrais débuts au cinéma, il les fait pour le compte de L'an 01, film
conçu par le dessinateur Gébé et dont il assure le court métrage
d'introduction, On ne se dit pas tout entre époux. Très influencé par
les retombées utopistes de mai 68, L'an 01 trouve un bon accueil public
et permet à Jacques Doillon de produire et de réaliser son premier “vrai” film,
le triangle adolescent ultra-réaliste Les doigts dans la tête, réalisé
en 16 mm et en noir et blanc, et qui navigue adroitement entre chômage, petits
boulots et amours naissantes. Le film suivant, Un sac de billes,
apparaît déjà comme une anomalie dans l'œuvre à venir du réalisateur, puisqu'il
s'agit d'un film de commande de facture plutôt classique, d'après le roman de
Joseph Joffo. Mais la encore, la capacité de Doillon de diriger de jeunes
adolescents est bluffante de véracité. L'analyse psychologique dont il fait
preuve, de film en film, ira d'ailleurs en s'affinant, avec des films souvent
très dialogués, très complexes dans leurs enjeux émotionnels, d'autant que ce
sont souvent des non-professionnels qui tiennent les rôles principaux. Ainsi
Mado dans La drôlesse, premier chef-d'œuvre de Doillon, l'histoire d'un
drôle d'amour platonique entre un simplet et une petite fille qu'il a
“kidnappée”. Ni sentimentalisme ni fausse psychologie dans ce film sincèrement
rural, simplement l'émotion dans toute sa brutalité. A partir du film suivant, La
femme qui pleure, Jacques Doillon va s'attacher à son autre grand sujet de
prédilection (hormis les enfants) : les femmes. Et va composer, pendant une
dizaine d'années, toute une série de portraits qui vont souvent révéler des
comédiennes. Ainsi Dominique Laffin dans La femme qui pleure, Laure
Marsac dans La pirate (qui sera le premier vrai succès commercial du
réalisateur), Ann-Gisel Glass dans La tentation d'Isabelle, Juliette
Binoche dans La vie de famille et Judith Godrèche dans La fille de
quinze ans. Des films axés sur la communication fragile entre des êtres
tourmentés, qui s'aiment mais se déchirent, sujets à des dépressions ou à des
remises en cause existentielles, autant d'éléments qui feront dire aux
détracteurs du cinéaste qu'il pratique un cinéma intello passablement
hystérique, ce qui n'est pas toujours faux.
Les années 80, ce seront aussi, pour Jacques
Doillon, celles ou il fera tourner sa muse (mais aussi sa femme) Jane Birkin
dans les rôles les plus complexes de sa carrière : La fille prodigue,
La pirate, Comédie. Confrontant Isabelle Huppert, Béatrice Dalle
et le chanteur Jean-Louis Murat pour La vengeance d'une femme, c'est
avec Le petit criminel que Jacques Doillon renoue avec son obsession
initiales : les adolescents, et comment se nouent les rapports complexes
entre eux, mâtinés de passions à l'état d'ébauche. Ici, c'est entre un jeune
garçon désaxé (Gérald Thomassin, César du meilleur espoir), sa sœur (Clotilde
Courau dans son premier rôle) et un flic (Richard Anconina, méconnaissable).
C'est un grand succès commercial, qui sera suivi par une errance sentimentale
plus cahotique (Amoureuse, avec Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal).
Travaillant avec des enfants d'une douzaine d'années pour Le jeune Werther,
dans lequel des collégiens sont confronté au suicide d'un de leurs camarades,
Doillon réalise ensuite l'impossible avec Ponette : donner chair à un
personnage incarné par une petite fille de 4 ans, dont la mère vient de mourir
et qui ne comprend évidemment pas la notion de deuil. Dans le rôle-titre, la
petite Victoire Thivisol est étonnante et remporte, dans un frimas de scandale,
le Prix d'interprétation au Festival de Venise. Dans la foulée, Ponette
trouve un énorme écho aux Etats-Unis, où il est distribué. Avec Trop (peu)
d'amour, Doillon revient vite aux émois adolescentes et met en scène pour
la première fois sa fille Lou, qu'il a eue avec Jane Birkin. Changement
d'univers pour Petits frères, pour lequel le réalisateur abandonne les
quartiers huppés de la capitale afin de réaliser un portrait d'une grande
justesse des ados de la cité. Avec Complètement à l'ouest, Jacques
Doillon retrouve sa fille Lou et réalise, une fois n'est pas coutume, un
étouffant huis-clos...
FILMOGRAPHIE
1972 L'an 01 (co-réal. Gébé, Jean Rouch, Alain
Resnais)
1974 Les doigts dans la tête
1975 Un sac de billes
1978 La femme qui pleure
1979 La drôlesse
1980 La fille prodigue
1983 La pirate
1985 La vie de famille
La
tentation d'Isabelle
1986 La puritaine
1987 Comédie
L'amoureuse
1988 La fille de quinze ans
1990 La vengeance d'une femme
1991 Le petit criminel
1992 Amoureuse
Le
jeune Werther
1994 Du fond du cœur
1996 Ponette
1998 Trop (peu) d'amour
1999 Petits frères
2001 Complètement à l'ouest