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Bertrand Blier

 

Né le 14 mars 1939 à Paris, fils du comédien Bernard Blier, Bertrand Blier a vu s'ouvrir devant lui, très tôt, les portes de l'univers cinématographique. Ses études secondaires achevées et alors qu'il a tout juste 20 ans, il est assistant de John Berry sur OK mambo, avec Eddie Constantine. Il apprend son métier de cinéaste aux côtés de réalisateurs éprouvés tels que Georges Lautner, Jean Delannoy, Denys de la Patellière ou Christian-Jaque. En 1962, il décide de passer à la réalisation et parcourt la France pour recueillir les témoignages de dizaines de jeunes sur leur vécu quotidien et l'idée qu'ils se font de leur avenir. Le résultat, Hitler connais pas, étrange exercice de cinéma-vérité sans concessions, démontre que le cinéaste n'entend pas se couler dans un moule à la mode, en l'occurrence celui de la Nouvelle Vague. Il rédige alors plusieurs scénarios, dont seul un trouve un producteur : Si j'étais un espion, plongée dans l'univers froid et inhumain des polices parallèles, se voulait, aux dires de son auteur, une “réflexion sur le racisme” bien loin des James Bond tant appréciés à l'époque. De 1967 à 1974, Blier traverse une période de vaches maigres, avec, pour seule oasis, l'écriture en 1970 du scénario de  Laisse aller... c'est une valse, de Georges Lautner.

Et puis sur un coup de tête, sur un accès de colère face à l'immobilisime d'un certain cinéma à la papa, naît un récit intitulé "Les valseuses". D'abord roman, puis film, Les valseuses, balade délétère de deux jeunes hommes indolents et d'une shampouineuse à la cuisse ultra-légère, sera, en 1973, un triomphe qui fait alors de Gérard Depardieu de Patrick Dewaere et de Miou-Miou un trio de vedettes. Ce film, souvent rejeté par la critique pour vulgarité, imposa l'image d'un Bertrand Blier non conformiste et provocateur. Calmos, charge anti-féministe ne reculant devant aucune outrance, enfonce la clou. Blier est soit adoré, soit honni. Pour Préparez vos mouchoirs (1977), Bertrand Blier retrouve son tandem fétiche Depardieu-Dewaere, aux prises, cette fois, avec Carole Laure, dans une colonie de vacances, qui s'entiche d'un tout jeune garçon. Le film reçoit l'Oscar 1979 du meilleur film étranger. Buffet froid, salve de mots d'auteurs sur fond glacial de modernité déjà décadente, reste dans un premier temps mal compris du public, qui préférera l'intrigue plus linéaire, moins tordue de Beau-père, que Bertrand Blier adapta de son propre roman. La femme de mon pote, huis-clos psychologique avec Coluche, Isabelle Huppert et Thierry Lhermitte, surprit tous ceux qui espéraient un film comique traditionnel. Même malentendu avec Notre histoire, César 1984 du scénario (comme Buffet froid), qui fit d'Alain Delon un alcoolique sur le retour, battu, cocu et malheureux…

Spécialiste de la provocation raffinée et intellectualisée dans le meilleur sens du terme, Bertrand Blier lance, en 1986, une nouvelle bombe : Gérard Depardieu et Michel Blanc fagotés en travestis amoureux dans Tenue de soirée. Contre toute attente, le film obtient un immense succès public, et permet à Michel Blanc de sortir des ornières “cinéma comique de base" ainsi que d'obtenir le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes. Après Trop belle pour toi, qui raconte comment un homme quitte une femme “belle” (Bouquet) pour une autre “laide” (Balasko), et très grand succès commercial et critique en 1989, Bertrand Blier prend Anouk Grinberg comme actrice centrale de deux films déroutants dans leur façon d'aller contre les repère temporaux. Flash-backs incongrus, surréalisme poétique, Merci la vie et Un, deux, trois, soleil ne se hissent pas à la hauteur des succès précédents de l'auteur, dont la verve satirique ne parvient néanmoins pas à s'épuiser. En 1995, Mon homme achève la trilogie “Grinberg” et épouse un format plus classique (quoique) autour de la vie sentimentale d'une prostituée. Grand amoureux des actrices et de la gastronomie, Bertrand Blier reste un des derniers monstres sacrés du cinéma français, avec Mocky et Chabrol. Et pourtant... Les acteurs aurait dû être l'occasion rêvée de prouver son amour à cette profession, puisqu'il leur a dédié intégralement ce film, mais le public peine à se retrouver dans l'alignement de saynètes inégales. Le passage au grand écran des Côtelettes, une pièce à succès qu'il avait écrite, ne convainc pas davantage en dépit du tandem Michel Bouquet/Philippe Noiret, et se récolte une volée de bois vert lors de sa sélection officielle au Festival de Cannes en 2003. On préfère oublier qu'il a collaboré au scénario de l'insanité qu'est Pédale dure pour lui souhaiter une verve renouvelée avec Combien tu m'aimes ?, où Blier joue une fois encore avec l'image de LA femme, cette fois personnifiée par Monica Bellucci.

 

FILMOGRAPHIE

 

1963 Hitler connais pas

 

1967 Si j'étais un espion

 

1974 Les valseuses

 

1975 Calmos

 

1976 Préparez vos mouchoirs

 

1979 Buffet froid

 

1981 Beau-père

 

1983 La femme de mon pote

 

1984 Notre histoire

 

1986 Tenue de soirée

 

1989 Trop belle pour toi

 

1991 Merci la vie

 

1993 Un, deux, trois, soleil

 

1995 Mon homme

 

2000 Les acteurs

 

2003 Les côtelettes

 

2005 Combien tu m'aimes ?