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Woody Allen
De son vrai nom Allen Stewart Konigsberg, Woody Allen est né à Brooklyn
(New York) en 1935. Autodidacte de quartier, il devient gagman au kilomètre
afin de monnayer ses études à l'Université de New York, dont il se fait très
promptement éjecter. A 19 ans, il vend des gags à NBC, se marie et entre en
analyse. Doué pour la rédaction des “one-liners” (gags décrits en une seule
ligne), il gagne alors près de 1500 dollars par semaine. Devenu soliste de
cabaret, il se produit dans les universités, à la télévision et en tournée. En
1964, le producteur Charles Feldman lui offre de réécrire le scénario de Quoi
de neuf, Pussycat ?, dans lequel il tient finalement un petit rôle. Même
schéma pour Casino Royale, où, cette fois, il joue le neveu de James Bond. Sa
pièce de théâtre "Don't Drink the Water" fait alors un triomphe à
Broadway, et Allen commence à collaborer au magazine "New Yorker".
Sa première réalisation cinéma (Lily la tigresse) consiste en un
détournement d'un film hongkongais qu'il remonte et qu'il commente librement,
tout en insérant des scènes de son cru. Pour le suivant, sa première véritable
mise en scène, Prends l'oseille et tire-toi, il s'amuse d'une description
burlesque de la petite délinquance avec une scène de hold-up dans une banque
qui restera dans les annales. D'abord parodique et joyeusement déconnant (du
pamphlet politique Bananas au fantasmes sexuels outranciers contenus dans Tout
ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe..., en passant par la
parodie de science-fiction avec Woody et les robots ou de film d'époque avec
Guerre et amour), son cinéma acquiert ensuite en profondeur et en finesse, mais
aussi en nostalgie teintée de romance désabusée. Annie Hall entame ainsi un
cycle consacré aux femmes, grande préoccupation métaphysique de Woody Allen.
Diane Keaton, qui joue la Annie Hall en question, partage alors sa vie.
Exploitant toujours son personnage de binoclard maladroit, intellectuel et
refroidissant, Woody est du casting de tous ses films, et dans le rôle principal.
Intérieurs, en 1978, marque une rupture totale avec le “système allenien”,
puisque ce film, dans lequel son auteur n'apparaît pas, est entièrement
tragique et repose sur une introspection psychanalytique intense. Suit
Manhattan, un film-hommage à New York qui est un succès au box-office et voit
Woody Allen entrer dans le cercle très fermé des auteurs reconnus par la
critique du monde entier et qui font aussi des entrées. La suite est variée à
l'extrême : fantaisie bergmanienne (Comédie érotique d'une nuit d'été),
vie d'un homme-caméléon, dans le sens propre du terme (Zelig), comédie farfelue
sur le monde du spectacle (Broadway Danny Rose)... 1985 et 1986 seront deux
années importantes pour Woody, qui met en scène successivement La rose pourpre
du Caire et Hannah et ses sœurs, tous deux avec Mia Farrow, alors son épouse et
muse cinématographique, et qui le restera jusqu'en 1992, avec Maris et femmes.
Woody Allen est alors au sommet de son art, dont l'œuvre, oscillant entre
légèreté et drame, est définitivement marquée de son empreinte désabusée et
comiquement ironique. Depuis 1989, Allen tourne un film par an, dans lesquels
il tient régulièrement le rôle principal (exceptions : Alice, Coups de feu
sur Broadway et Celebrity), passant comme toujours d'un genre à l'autre :
fantastique (Alice), hommage au cinéma expressionniste (Ombres et brouillard),
intrigues conjugales new-yorkaises (Maris et femmes)... Son meilleur film de
cette période reste sans conteste Meurtre mystérieux à Manhattan, formidable
“whodunnit” (suspense criminel) avec Diane Keaton à la tête d'une extravagante
enquête... Maudite Aphrodite revient à la comédie pure, et, avec Tout le monde
dit I love you, Woody Allen explore pour la première fois la comédie musicale.
Après un retour à l'introspection dans Harry dans tous ses états, et un docu
“vérité”, Wild man blues, dont il est l'objet mais pas le réalisateur, il met
en scène une satire légère des artifices new-yorkais avec un Celebrity en noir
et blanc de luxe. Il s'en retourne à sa grande passion pour le jazz à travers
l'histoire, à demi inventée, du guitariste des années 1930 Emmett Ray, dans
Accords et désaccords. Woody tient ensuite la vedette de Morceaux choisis en
boucher kasher qui découpe sa femme (Sharon Stone) en petits bouts, avant de réaliser
une nouvelle farce, Escrocs mais pas trop, où il joue aux côtés de Hugh Grant
et Michael Rapaport. Toujours dans le registre de la fantaisie, son Sortilège
du scorpion de jade lui permet de tomber sa partenaire Helen Hunt et Hollywood
Ending le voit allègrement se moquer de la Mecque du cinéma. La routine
commence néanmoins à pointer sérieusement son nez, et même les fans invétérés
du maître commencent à se lasser : bien qu'en rajeunissant la
distribution, et en confiant à Jason Biggs le soin d'être son énième alter ego
à l'écran, La vie et tout le reste n'apporte rien de neuf à son palmarès ;
quant à Melinda et Melinda, seul un casting toujours impeccable sauve cette
variation comico-tragique sur le double. Surprise au dernier Festival de Cannes
où Woody Allen présentait son nouvel opus hors compétition : Match point,
qui le voit s'aventurer pour la premier fois en Angleterre, enchante la presse
avec cette peinture cinglante et noire des mœurs de la haute bourgeoisie. Le
climat londonien lui réussit si bien que Woody récidive aujourd'hui avec Scoop,
très bonne occasion de revenir devant la caméra et de retrouver l'irrésistible
Scarlett Johansson.
FILMOGRAPHIE
1965 What's New Pussycat ? (Quoi de neuf, Pussycat ?) (Donner)
(sc., int.)
1966 What's Up, Tiger Lily ? (Lily la Tigresse) (co-sc., co-réal.,
int.)
1967 Casino Royale (id.) (Huston) (co-sc., int. du sketch de Val Guest)
1969 Take the Money and Run (Prend l'oseille et tire-toi) (co-sc.,
réal., int.)
1971 Bananas (id.) (co-sc., réal., int.)
1972 Everything You Always Wanted to Know About Sex but Were Afraid to
Ask (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser
le demander) (sc., réal., int.)
Play It Again, Sam
(Tombe les filles et tais-toi) (Ross) (sc., int.)
1973 Sleeper (Woody et les robots) (sc., réal., int., compositeur)
1975 Love and Death (Guerre et amour) (sc., réal., int.)
1976 The Front (Le prête-nom) (Ritt) (co-prod., int.)
1977 Annie Hall (id.) (co-sc., réal., int.)
1978 Interiors (Intérieurs) (sc., réal.)
1979 Manhattan (id.) (co-sc., réal., int.)
1980 Stardust Memories (id.) (sc., réal., int.)
1982 A Midsummer Night's Sex Comedy (Comédie érotique d'une nuit d'été)
(sc., réal., int.)
1983 Zelig (id.) (sc., réal., int.)
1984 Broadway Danny Rose (id.) (sc., réal., int.)
1985 The Purple Rose of Cairo (La rose pourpre du Caire) (sc., réal.)
1986 Hannah and her Sisters (Hannah et ses sœurs) (sc., réal., int.)
1987 Radio Days (id.) (sc., réal., narrateur)
September (id.) (sc., réal.)
1988 Another Woman (Une autre femme) (sc., réal.)
1989 New York Stories (id.) (sc., réal., int. du sketch "Le complot
d'Oedipe")
Crimes and
Misdemeanors (Crimes et délits) (sc., réal., int.)
1990 Alice (id.) (sc., réal.)
1991 Scenes from a Mall (Scènes de ménage dans un centre commercial)
(Mazursky) (int.)
1992 Shadows and Fog (Ombres et brouillard) (sc., réal., int.)
Husbands and Wives
(Maris et femmes) (sc., réal., int.)
1993 Manhattan Murder Mystery (Meurtre mystérieux à Manhattan) (sc., réal.,
int.)
1994 Bullets Over Broadway (Coups de feu sur Broadway) (co-sc., réal.)
1995 Mighty Aphrodite (Maudite Aphrodite) (sc., réal., int.)
1996 Everyone Says I Love You (Tout le monde dit I love you) (sc. réal.,
int.)
1997 Wild Man Blues (id.) (Kopple) (int.)
Deconstructing
Harry (Harry dans tous états) (sc., réal., int.)
1998 Celebrity (id.) (sc., réal.)
1999 Sweet and Lowdown (Accords et désaccords) (sc., réal., petit rôle)
Picking up the
Pieces (Morceaux choisis) (Arau) (int.)
Company Man (id.)
(Askin, McGrath) (int.)
2000 Small Time Crooks (Escrocs mais pas trop) (sc., réal., int.)
2001 The Curse of the Jade Scorpion (Le sortilège du scorpion de jade)
(sc., réal., int.)
2002 Hollywood ending (id.) (sc., réal., int.)
2003 Anything Else (La vie et tout le reste) (sc., réal., int.)
2005 Melinda and Melinda (Melinda et Melinda) (sc., réal.)
Match Point (id.)
(sc., réal..)
2006 Scoop (id.) (sc., réal., int.)