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Isabelle Adjani
Née le 27 juin 1955 à Paris d'un père algérien et
d'une mère allemande, Isabelle Adjani est devenue, en seulement vingt-cinq
films, l'emblème de LA star, actrice célébrée, mille fois couronnée et femme
inaccessible, mystérieuse, dont les absences répétées et les retours calculés
entretiennent tous les fantasmes et les potins. C'est au lycée Courbevoie que
la fièvre du jeu s'empare d'elle, puisqu'elle y monte des classiques avec ses
camarades de classe. Le cinéma s'empare de sa pâleur romantique dès l'âge de 14
ans, où elle incarne une banlieusarde dans Le petit bougnat, puis, deux
ans plus tard, sous la caméra de Nina Companeez dans Faustine ou le bel été.
Un petit tour par la télévision avec le feuilleton "Le secret des Flamands"
et puis s'en va sur les planches, via la Comédie-Française : elle jouera
sous la direction de Robert Hossein dans "La maison de Bernarda
Alba", ira deviser sur les banc de "L'école des femmes", mis en
scène par Jean-Paul Roussillon, et sera la "Ondine" de Giraudoux. En
1974, c'est la claque, ou plutôt La gifle pour tous les spectateurs qui
la découvrent effrontée et rebelle à l'autorité de Lino Ventura. La comédie
pré-boumesque de Claude Pinoteau est un triomphe commercial qui propulse la
belle dans deux univers radicalement différents. Tout d'abord, celui
délicatement lyrique et tragique de L'histoire d'Adéle H., où Adjani, de
tous les plans, incarne la seconde fille de Victor Hugo, détruite à petit feu
par un amour non partagé. Un rôle où l'actrice démontre sa capacité
d'immersion, d'oubli de soi et de démesure qui sera désormais son empreinte,
sublime ou irritante selon les goûts. Un rôle qui la propulse au sommet, à la
fois en France (première nomination aux César) et aux Etats-Unis (elle y décroche
plusieurs prix des critiques américaines et une nomination à l'Oscar). Nouvelle
plongée dans la folie, celle du Locataire, tourné et interprété par
Roman Polanski, où elle n'y tient que le rôle accessoire d'une voisine. Elle
alterne ensuite avec un bel aplomb comédie légère et drames intimistes
pointus : elle sera la fiancée de Depardieu dans un double rôle dans le
trouble et noirissime Barocco, signé Téchiné (seconde nomination aux
César) ; la Bonnie des banlieues à son Dutronc, alias Violette et
François ; la victime diaphane d'un Klaus Kinski, Nosferatu
attristé hantant une Venise lugubre sous le regard de Werner Herzog ; la
boute-en-train d'un orchestre de copains dans Clara et les chics types ;
ou au contraire l'une des trois sinistres Sœurs Brontë, dépeintes avec
une froideur austère par Téchiné.
En 1980, Isabelle Adjani frappe très fort et
chamboule le festival de Cannes dans le paroxystique Possession, où la
voilà amante hallucinée d'une bête visqueuse planquée dans un appartement
miteux lorgnant sur le Mur de Berlin. Le film a ses fans et ses détracteurs,
comme pour tout Zulawski qui se respecte, mais personne n'a oublié la scène de
son pétage de plomb (à côté, L'exorciste c'est Bambi) dans les couloirs du
métro. Le jury révulsé s'incline en lui décernant le Prix d'interprétation (qui
inclut, de manière plus surprenante, sa composition dans le Quartet de
James Ivory, où elle est manipulée par l'insolite tandem Alan Bates-Maggie
Smith) et la profession itou, avec le César de la Meilleure actrice. Fantasmée
par Claude Miller qui en fait la femme fatale de sa Mortelle randonnée,
Adjani revient avec succès à la comédie, avec L'année prochaine si tout va
bien et surtout dans le sophistiqué Tout feu, tout flamme, où elle
s'amuse à courir après Yves Montand, son filou de père. Mais s'il y a un film
qui sacre Adjani chouchoute du public, c'est bien L'été meutrier,
injustement méprisé par la critique qui n'y voit alors qu'un petit polar cousu
de fil blanc. Adapté d'un roman de Sébastien Japrisot, le film mélange pourtant
habilement tragédie grecque et drame populaire, où Adjani orchestre, sous le
soleil de Méditerranée, une vendetta contre les violeurs de sa mère. Souchon
épatant, Suzanne Flon mémorable “sono cassée”, Adjani au top : le film
emballe le public et vaut à l'Actrice son deuxième César.
Celle-ci est alors en pleine gloire, mais c'est à
compter de cette époque que ses apparitions cinéma se font paradoxalement plus
rares. Après un Godard avorté, un loupé sur les planches avec
"Mademoiselle Julie" et une plongée dans la piscine avec le petit
pull marine tricoté par Gainsbourg, Adjani joue les seconds rôles de luxe dans
le branché Subway, mais loupe en beauté sa deuxième aventure américaine
(Ishtar, avec Dustin Hoffman, est un bide sans appel). A partir de là,
l'actrice alterne retours en grâce et coups d'épée dans l'eau : son incarnation
de Camille Claudel, compagne de Rodin-Depardieu flamboie sous la caméra
lyrique de Bruno Nuytten (un nouveau César en poche), Toxic affair fait
cinq ans plus tard l'effet d'un pétard mouillé sur la Croisette (et en salles),
La reine Margot la remet de nouveau en selle dans un rôle extrême comme
elle les affectionne (quatrième César : c'est un record), cette fois dans
l'univers crépusculaire bâti par Chéreau. Diabolique, remake du
chef-d'œuvre de Clouzot, où elle reprend le rôle de Vera Clouzot manipulée par
Sharon Stone, est une catastrophe sans appel. Hormis une apparition clin d'œil
dans son propre rôle à la fin de Paparazzi, silence radio pendant six
ans. Jusqu'à son retour, cette fois triomphal, sur scène avec "La dame aux
camélias", puis, un an plus tard, avec La repentie, film gigogne où
se confond le personnage et l'actrice, et pétard médiatique mouillé puisque le
film est un échec retentissant en salle. Avec Adolphe, Isabelle Adjani
revient à un domaine où elle a beaucoup excellé : la tragédie. Et endosse
le costume d'Ellénore, femme blessée par un amour défaillant. Etp uis comme le
temps du cinéma est revenu pour l'actrice, celle-ci a déjà quasiment achevé son
prochain film, le drame historique Bon voyage, qui prend pour fond la
Seconde Guerre mondiale et dans lequel elle aura pour partenaires Gérard
Depardieu et Audrey Tautou, entre autres.
FILMOGRAPHIE
1969 Le petit bougnat (Michel)
1971 Faustine ou le bel été (Companeez)
1974 La gifle (Pinoteau)
1975 L'histoire d'Adéle H. (Truffaut)
Le
locataire (Polanski)
1976 Barocco (Téchiné)
Violette
et François (Rouffio)
1977 Driver (id.) (W. Hill)
1978 Nosferatu (Herzog)
Les
sœurs Brontë (Téchiné)
1980 Possession (Zulawski)
Clara
et les chics types (Monnet)
1981 Quartet (id.) (Ivory)
L'année
prochaine si tout va bien (Hubert)
1982 Antonieta (Saura)
Tout
feu, tout flamme (Rappeneau)
Mortelle
randonnée (Miller)
1983 L'été meurtrier (Becker)
1985 Subway (Besson)
1987 Ishtar (id.) (May)
1988 Camille Claudel (Nuytten)
1993 Toxic affair (Esposito)
1994 La reine Margot (Chéreau)
1995 Diabolique (id.) (Chechik)
1997 Paparazzi (Berbérian)
2001 La repentie (Masson)
2002 Adolphe (Jacquot)
Bon
voyage (Rappeneau)